‹ Esclaves, serfs et mainmortablesChapitre 69 sur 111 · WalloX; Histoire e Vesclavage, t. m, p · texte numérisé non relu

WalloX; Histoire e Vesclavage, t. m, p

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du patrimoine de l'affi^anclii. Bien que la tradition romaine, reconnaissable dans ces divers droits, ne permette pas de supposer qu'ils n'aient point existé entre les dernières années de la domination romaine en Occident et les premiers temps de la féodalité, cependant on doit reconnaître qu'à l'époque carolingienne, au moins dans les domaines ecclésiastiques, ils ont semblé sommeiller. Les serfs du Polyptique d'Irminon paraissent se mouvoir plus librement, et quant à la propriété et quant au mariage, que ceux des premières cbartes féodales et des plus anciennes coutumes. Ajoutons que parmi les personnes de condition servile dont la vie nous est révélée par cet inappréciable document, se rencontrent bien peu de serfs de corps, sans terres, soumis comme des esclaves à l'arbitraire volonté du maître, pareils à ceux dont l'état est décrit, au douzième siècle, par V Urharium de l'abbaye de Marmoutiers ou, au siècle suivant, par Beaumanoir et par l'auteur du Myrror of justice. Enfin, les redevances des serfs ecclésiastiques et royaux du neuvième siècle sont stables, définitives, fixées ne varietur par la loi ou la coutume : l'arbitraire ne s'y rencontre pas. Quelle diffé- * rence avec le " taillable et corvéable à merci n de l'époque féodale !

La situation du serf irait donc en s'aggravant et retournerait peut-être aux horreurs des temps antiques et des temps barbares, si la royauté,

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adversaire naturel des abus du régime féodal, et, par intérêt autant que par devoir, protectrice-née des faibles, n'intervenait en sa faveur. L'Église lui a tendu la première une main tutélaire : le roi à son tour s'incline pour le relever. L'Église a lutté pour lui contre les païens, puis contre les barbares, et a fait le serf stable du quatrième siècle, le serf heureux du neuvième : le roi va lutter pour lui contre l'oppression féodale, et peu à peu le faire passer de la condition de serf à celle de paysan libre.

« L'affrancliissement des serfs et la conversion de la mainmorte en simple villenage ont commencé au douzième siècle, sous Louis le Gros et Louis YII, et, depuis cette époque, les chartes royales et seigneuriales d'afcanchissement sont devenues très j fréquentes : affi'anchissement des serfs de Saint-Denis en 1125, d'Orléans en 1180, de Creil en 1197, de Beaumont-sur-Oise et de Chambly en 1221, d'Auxerre en 1223, de Saint-Germain en 1250, d'Antony. Verrières, Villeneuve-Saint-Georges, Valenton, Crône, Thiais, Choisy et Grignon par Thomas, abbé de Saint-Germain des Prés, au treizième siècle, de Pierrefonds et de Chatenay par la reine Blanche ; vers le même temps, de Chevilly et l'Hay en 1258, d'Orly en 1263, de Vitiy en 1269, d'une partie du Languedoc en 1298 et 1302, de tout le domaine royal par la célèbre ordonnance du 3 juillet 1315,

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du Dauphiné en 1367, d'une partie de la Bretagne en 1484 (1). » On pourrait ajouter bien d'autres indications à celles-ci ; ainsi, en Bourgogne et en Franche-Comté, le servage fut aboli au douzième ^ siècle sur les domaines du duc; en Normandie, selon M. Léopold Delisle (2), en Touraine, selon M. Grandmaison (3) , on n'en trouve plus de trace à partir de la même époque : on ne sait s'il exista jamais en pays basque. Quant à la Bretagne, l'ordonnance rendue par le duc François II en 1484 s'applique seulement aux serfs de motte des évêcliés de Cornouailles et de Léon, car, pour le reste du duché, on ne rencontre dans les cartulaires, au témoignage de M. de Courson et de M. de la Borderie, a,ucune trace de servitude après le dixième siècle et * l'invasion normande (4).

Les motifs qui portèrent les rois et les seigneurs à donner l'impulsion décisive à ce mouvement général d'affranchissement fm^ent multiples ; on peut les ramener à trois : la religion, l'intérêt de la culture, l'intérêt fiscal.

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