Hist. de Vcsduvage. 1. 1, p
L ESCLAVAGE EN OEIENT ET EN GEECE. 21
usage dans les maisons riclies (1) : je suis tenté de ne réduire que dans une faible mesure le chiffre donné par Athénée d'après le recensement de Démétrius de Phalère. Même en admettant l'évaluation de M. Wallon, il demeure certain que la population esclave dépassait considérablement, dans l'Attique, la population libre.
■^ Rien, à Athènes, ne se faisait sans les esclaves. ' v*^ i On les rencontrait oii, dans les sociétés modernes, on rencontre les ouvriers et les serviteurs. Dans les'jV V
' mines, c'étaient eux qui fouillaient les profondeurs du sol ; dans les campagnes, c'étaient eux qui gar- ' ■, daient les troupeaux, sciaient les moissons, et tra- i
vaillaient sous les ordres des cultivateurs libres ; , } dans les manufactures, c'étaient eux qui fabriquaient /
les étoffes, les meubles, les armes. Ils composaient ^ en partie l'équipage des innombrables navires frétés / par les armateurs du Pirée. Ils étaient employés / dans les maisons de banque et de commerce. Dans \ les demeures privées ils faisaient tout le service domestique. Que l'on parcoure les plaidoyers de Démosthène, d'Eschine, de Lysias, on sera fi'appé du rôle considérable joué par l'esclavage dans les '
affaires les plus délicates et les plus compliquées de *
la vie athénienne. Il est partout, rien ne se fait sans '
1. Platon, Bépiihliquc, IX ; Œuvres, tr. Cousin, t. X, p. ^fX). Xénophon, Cyropédie, VIII, 2.
22 ESCLAVES, SERFS, MAINMORTABLES.
f lui, tout se fait par lui ; de là, une conséquence for- ' cée : le travail échappe aux hommes libres, à ceux ' du moins qui, ne pouvant aspirer à devenir patrons, n'ont, pour vivre, d'autre ressource que de louer leurs bras moyennant un salaire. Ul faut que l'État nourrisse ces citoyens pauvres, qui tombent chaque jour plus nombreux à sa charge. On recourt, pour cela, aux expédients les plus extraordinaires : le pauvre athénien, qui vit oisif, est payé pour aller voter à l'agora, payé pour siéger au tribunal : et le service des tribunaux, dans la seule ville d'Athènes, absorbe chaque année le tiers des citoyens (6,000 sur 20,000), appelés par le sort à juger. Pendant que les esclaves travaillent, l'État nourrit l'homme libre qui ne travaille pas.
C'est ainsi que, par un détour, Athènes vient rejoindre Sparte : le communisme chez celle-ci, le socialisme chez celle-là : chez toutes deux, le mépris du travail et l'esclavage.
A première vue, la situation de Tesclave paraît avoir été moins dure à Athènes qu'elle n'était à Sparte, qu'elle ne fut à Rome. Xénophon constate la licence dont jouissaient les esclaves. Les comédies les montrent causant familièrement avec leur maître, partageant avec lui les travaux des champs, prenant pari aux solennités domestiques. Mais les comiques aiment aussi à présenter au public le tableau grotesque de l'es slave « sur lequel le fouet alâchél'ar-