Augustin Thierry, Histoire du Tiers-Etat, p
186 ESCLAVES, SEEFS, MAINMORTABLES.
leur fut refusée, ils désertèrent souvent et se retirèrent, comme nous l'avons vu, dans les villes fi^anclies. La coutume donnée, en 1153 , par Louis yil aux habitants de Seaus, en Gâtinais, fait de cette commune un lieu d'asile pour tous ceux qui s'y réfugient. Une charte octroyée en 1219 par Raymond, vicomte de Tm^enne, stipule que tout liomme de condition servile qui viendra s'unir à la communauté de Martell, en Quercy, cessera d'appartenir à son ancien maître. D'après la coutume de Carcassonne, tout serf qui s'établit en cette ville devient aussitôt libre. A la fin du douzième siècle, Béziers obtient le même privilège. " La ville de Toulouse, dit la coutume de celle-ci, fut et sera éternellement libre, de telle sorte que serfs et servantes, sclavi et sdavœ, ayant maîtres ou maîtresses, qui, avec ou sans lem^s meubles, entreront dans Toulouse ou francliiront les limites communales en dehors de la ville, acquerront la liberté. >, La commune de Toulouse avait fait prévaloir cet article de sa coutume, malgré Philippe le Bel, qui refusait de l'approuver. On voit, en 1402, les capitouls maintenir en liberté, contre les réclamations de leurs maîtres, quatre esclaves retirés dans la ville. En 1406, une fille esclave, " d'une beauté extraordinaire, » s'y réfugie : la commune de Toulouse refuse de la rendre au gouverneur aragonais du Roussillon. Un si grand nombre de serfs quit-
talent la Catalogne pour venir clierclier à Toulouse la liberté personnelle et les francliises municipales, que les seigneui^s catalans ofn^irent à la ville cinquante mille florins cVor pour renoncer à son droit d'asile : elle refusa.
Le douzième siècle est peut-être la plus grande époque du moyen âge, car il renferme dans son sein le germe de tous les progrès futurs : il voit commencer la&ancliissement des serfs et naître les premières communes. Beaucoup de localités de l'ancienne France ont consacré, par un cliangement de nom, le souvenir de l'un ou de l'autre événement, quelquefois peut-être de tous deux ensemble : Franche ville, Francon, Franconville, Franqueville, Franquemont, Franquetot, Franquevaux, Fransières, les Frans, les Franclies-Gens. En affrancliissant le village de Fromenteau, l'an 1159, Hugues, arclievêque de Sens, voulut qu'il s'appelât dans l'avenir Franca ValUs. Quand on lit dans la GaUla clirlstiana (1) la charte de l'archevêque Hugues, on se rappelle, malgré soi, le décret de la Convention ordonnant, en 1793, que Lyon s'appellerait désormais Commune Affranchie. Mais avant de changer son nom, la Convention avait mitraillé la courageuse ville, et fait tomber sur l'échafaud les têtes