‹ Esclaves, serfs et mainmortablesChapitre 74 sur 111 · Tome XII, p · texte numérisé non relu

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de ses meilleurs citoyens. Mieux vaut la manière dont se donnait la liberté au douzième siècle.

Parmi les événements qui, alors et au siècle suivant, contribuèrent, au moins indirectement, à l'émancipation des serfs, on ne doit point oublier les Croisades. En France, où elles prirent naissance sous l'ardente parole d'un pape français, elles eurent dès le début et conservèrent plus longtemps qu'ailleurs le caractère d'un mouvement national et populaire. Ces grandes expéditions, entreprises en commun pour la délivrance du tombeau de Jésus-Christ, achevèrent de mêler tous les rangs sociaux, qui avaient déjà commencé à se confondre dans les associations pour la paix. Elles complétèrent l'œuvre de ces associations en faisant presque partout cesser les guerres privées, et en détournant vers une noble cause les ardeurs belliqueuses de la noblesse. Mais la noblesse ne se leva pas seule : le peuple prit la croix avec elle, avant elle. Entre ces vilains et ces chevaliers engagés dans la même guerre sainte, une fraternité d'armes inconnue jusque-là s'établit. Beaucoup, d'ailleurs, serfs avant la croisade, partirent libres : afin de subvenu^ aux fixais d'équipement, des seigneurs besogneux avaient vendu à leurs hommes les franchises personnelles ou même municipales. Metz doit sa commune à Godefroy de Bouillon. D'autres I avaient affi^anchi leurs serfs par piété, pour attirer sm' la guerre sainte la bénédiction de Dieu. Ils ne

voulaient laisser en an^ière personne qui pût leur reprocher des torts ou les maudire. Rappelons-nous comment se passa au cliâteau du sire de Joinville la semaine de Pâques de 1248. Il rassembla tous ses hommes et tous ses vassaux dans sa terre. La moitié de la semaine s'écoula en réjouissances, car, la veille de la fête, un fils lui était né. Mais, le vendredi, les pensées sérieuses eurent leur tour. Joinville prit la parole et dit à ses hommes : « Seigneurs, je m'en vais outre-mer, et ne sais si je reviendrai. Or, avancez : si je vous ai de rien méfait, je vous le repaierai l'un après l'autre. ;? Il chargea tous les habitants, « tout le commun de sa terre, ;; de recevoir les réclamations ; afin de n'exercer sur leur esprit aucune infl.uence, il s'abstint de siéger parmi eux, et promit d'accepter leurs décisions sans débat. H se dépouilla ainsi d'une somme considérable, " pour ce que je n'en vouloie porter nulz derniers à tort, n ditil (1). Joinville ne parle point de serfs affranchis par lui, et il est très vraisemblable quêtons ses hommes étaient libres; mais si, du « commun « de sa terre ainsi constitué en conseil et en tribunal, une réclamation contre la servitude, contre la main-morte, contre la taille ou la corvée à merci, contre l'intefdiction du formariage, avait pu s'élever, qui doute-

1. Joinville, Histoire de saint Louis, xxv; édition de la Société de l'histoire de France, p. 40, il.

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rait que le bon sénéchal, à ce moment solennel, n'y eût donné droit ? Le récit de Joinville nous fait connaître la disposition d'esprit où. se trouvaient les plus honnêtes et les plus sincères parmi les seigneurs à la veille d un départ pour la croisade ; les serfs suivent certainement en profiter, et plus d'un preux, en s'éloignant bardé de fer du donjon féodal, se sentit le cœur plus léger à la pensée que sa femme et ses enfants seraient gardés, en son absence, par la reconnaissance de ses paysans affranchis.

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