LE SERVAGE EN ANGLETEEEE
des vaincus, qu'ils condamnaient à cet excès d'infortune et de honte ; c'étaient leurs parents, leurs compatriotes ; c'était, comme les frères de Joseph, leur propre sang ; c'étaient leurs fils et leurs filles qu'ils mettaient à l'encan et qu'ils vendaient à des marchands venus du continent pour s'approvisionner chez les Ansrlo-Saxons de cette denrée humaine. C'était par ce commerce infâme que la Grande-Bretagne, redevenue presque aussi étrangère au reste de l'Europe qu'elle l'était avant César, rentrait dans le cercle des nations policées, et elle j renti^ait comme au temps de César, où Cicéron n'entrevoyait d'autre profit pour Kome de l'expédition du proconsul que le produit de la vente des esclaves (1). « La Eome du sixième siècle était l'un des marchés que ce commerce alimeotait de préférence. On sait comment saint Grégoire le Grand, touché de la beauté angélique de jeunes enfants anglais exposés en vente sur le Forum, conçut le dessin de l'évangélisation de l'Angleterre, et, plus tard, devenu pape, l'accomplit. Quand le christianisme eut repris possession de ce pays, les évêques et les moines réunirent leurs efforts pour y rendre meilleure la condition des esclaves. « Les moines, dit Kemble, fm^ent des médiateurs permanents entre le riche et le pauvre, entre le fort et le faible, et, il faut le dire à leur éternel honneur,