LE SERVAGE EN ANGLETERRE
mente la masse du peuple dans toutes les contrées de l'Europe. Nulle part cette fermentation ne fut aussi vive qu'en Angleterre. Les doctrines de Wicleff, en . se répandant jusque dans les campagnes, avaient déposé au fond des esprits un levain d'indépendance et de révolte. Mais surtout les succès des armes r anglaises sur le continent avaient appris aux paysans leur force. Les lois qui, en certains pays, interdisaient aux serfs le service militaire, étaient prévoyantes; dès qu'on leur remet des armes dans la main, ils se sentent libres, et obligent un jour ou l'autre les maîtres à compter avec eux. Or, en Angleterre, comme l'a montré M. Siméon Luce dans un des cliapitres les plus remarquables de son JDu GuescUn (1), le service militaire était, depuis Edouard III, devenu obligatoire pom^ tous. Dans les rangs de la « nation armée » figniraient les paysans, les vilains, exercés cbaque dimancbe au maniement des armes, et devenus ces solides archers qui eurent raison, à Crécy et à Poitiers, de la brillante chevalerie française. Mais, revenus chez eux, après avoir aidé leurs rois à remporter des victoires sur le continent, ils s'indignaient de se retrouver, à peine rentrés dans leur copyhold, encore attachés au sol, taillables au caprice du seigneur, obligés de payer une amende pour le mariage de leurs filles, de faire
1. Siméon Luce, Histoire de Bertrand du Guescîin, p. 147 et suiv.
des corvées (1), de remplir des obligations serviles dont s'étonne Froissart, habitué au spectacle des libres campagnes françaises. En beaucoup de lieux ils s'associèrent pour la défense de leurs libertés, refusant les services auxquels ils étaient tenus par la loi et la coutume. Des vilains se procurèrent des copies du Bomesday Booh, et, soit qu'ils les comprissent mal, soit qu'elles fussent falsifiées, s en autorisèrent pour se déclarer exempts des servitudes attachées à leurs personnes et à leurs tenures. Enfin, t en 1381, sous Richard II, la révolte éclata, dans les comtés d'Essex et de Kent. Cent mille paysans marchèrent sur Londres. Leurs pétitions, qu'ils présentèrent au roi, contenaient quatre demandes : l'abolition du servage, la réduction de la rente des terres, la franchise d'achat et de vente aux foires et marchés, et le pardon général de toutes les offenses. On rédigea à cet effet une charte pour chaque paroisse et municipalité, et, quand le sceau royal y eut été apposé, la multitude des paysans se retii'a. Malheureusement, dans plusieurs provinces, la révolte n'avait pas cessé. Le roi et les seigneurs parvinrent à reprendre le dessus : un grand nombre d'insurgés furent tués. Victorieux, Richard révoqua les chartes d'affranchissement que la peur lui avait arrachées.
1. Depuis le treizième siècle, elles étaient rachetables à prix d'argent pour les t?tWa?w'; mais non pom-les cotarii et les servi.