LrNGARD, Histoire ^Angleterre, t. Il, p
2. L. Davesies de Pontés, Études sur r Angleterre, Paris, 1865, p. 105.
3. Edotjakd Biot. De l'abolition de V esclavage ancien en Occident, Paris, 1840, p. 298.
204 ESCLAVES, SERFS, MAINMOETABLES.
fléau national. On voit que si, par la suppression de la propriété monastique, la Iléforme amena indirectement, en Angleterre, l'affi^ancliissement de quelques serfs, ce bienfait relatif fut grandement atténué par un accroissement presque proportionnel dans la misère publique.
Nous avons vu qu'en Angleterre les terres et les personnes ne se sont point dégagées en même temps des liens du servage (1). C'est une singularité particulière à ce pays. Sur im autre point, l'histoire de la condition des terres et des personnes s'y distingue de ce qu'elle fut en France. Chez nous, le serf devint peu à peu le paysan libre, et, en même temps, sa tenure se transforma progi^essivement en propriété ; les paysans propriétaires, si nombreux en France à la veille de la Eévolution, sont en partie les descendants des anciens serfs, et leur petit bien, auquel à toute époque on les trouve si attachés, n'est que la tenure, le manse, devenu héréditaire et dégagé des obligations serviles. En Angleterre, la tenure at tvill s'est transformée en copyhold., ou propriété coutumière. Mais au lieu qu'en France la petite propriété s'est consolidée, en Angleterre elle a dispani. C'est encore une des conséquences sociales de la révolution
1. Sur la condition jviridique de la propriété anglaise, voir l'étude très approfondie de M. Doniol, La Révolution française et la Féodalité, 2e édit., Paris, 1876, p. 265-345, 303-368.
LE SEEVAGE EN ANGLETEEEE. 205
religieuse inaugurée dans ce pays par Henri VIII. ^ Beaucoup de domaines enlevés aux seigneurs catholiques ou aux monastères furent donnés par le roi aux légistes qui l'avaient aidé dans son œuvre de confiscation et assisté de leurs conseils. Ceux-ci mirent la ruse et la chicane au service de leurs intérêts. Méprisant la coutume, qui garantissait au copyliolder\2i jouissance héréditaire de sa tenure, ils invoquèrent la loi, qui ne l'avait jamais reconnue. A leur exemple, beaucoup de seigneurs anglais cessèrent d'être les patrons naturels, les nourriciers (1) de leurs paysan s^ pour devenir des hommes d'affaires, ardents à les tondre et à les pressurer. Clore les terres vaines et vagues où s'exerçaient les jouissances communes, hausser le taux de la rente fixée autrefois par la coutume locale, et désormais par la concurrence, chasser les tenanciers pour convertir les terres arables en pâturages, quand on trouvait plus d'avantage à nourrir des moutons que des hommes, tel fut l'exemple donné à l'aristocratie par ces légistes, « gros acquéreurs de biens-fonds, w que maudit éloquemmentShakspeare (2). Cet exemple fut suivi. « Pendant que les tenanciers du continent arrivaient, sinon à la propriété, du moins à une possession assurée, ils n'acquirent en Angleterre que le droit