Gaesonnet, Histoire des locations perpétuelles, p
2. Hannauer, La Constitution des campagnes de V Alsace au moyen, âge; — Les paysans de V Alsace au moyen âge, Paris, 1865.
212 ESCLAVES, SERFS, MAINMOETABLES .
tique, dont l'origine remonte aux temps qui ont précédé la féodalité, n'a pas empêché la servitude personnelle, les abus de pouvoir et les vexations qui ^ en résultaient (1). » Nous voyons, en effet, la servitude exister dans les seigneuries allemandes. Les Mrigeii sont de véritables serfs de la glèbe : ils ne peuvent, sans le consentement du seigneur, quitter leur tenure, l'aliéner ou la transmettre à un héritier étranger au domaine, « à moins qu'une coutume plus favorable n'existe dans la seigneurie, dit l'écrivain que j'ai cité, ou qu'ils n'appartiennent à l'Église. Celle-ci promet à ses hurlgen un traitement plus doux et le leur assure quelquefois perpétuellement, è en s'engageant à ne pas les aliéner : ils peuvent disposer librement de leur bien et ne paient qu'un cens peu élevé. Dans tous les cas, Vliôrigkeit confère la fixité de tenure, car si Vhôrige ne peut quitter la terre, elle ne peut lui être enle- «vée (2). J5 A côté de Vhôrige existe un serf de condition inférieure, véritable serf de corps, le leiheigene : cette distinction, faite par les lois allemandes du moyen âge, se trouve en germe, dès les premières années du douzième siècle, dans VUrharium de l'abbaye alsacienne de Marmou-
(1) Garsonnet, ibid., p. 433.
(2) Id.,iUd., p. 501.
tiers (1). Le leïbeigene « n'est pas esclave, car le . droit germanique répudie l'esclavage, mais il appartient en propriété à son seigneur, qui le transmet par succession, le vend et l'échange, le revendique s'il s'enfuit, et le châtie comme il veut. Il n'a rien à lui, et, quoi qu'il possède, son seigneur en peut disposer à son gré, ou le recueillir par droit de déshérence. Il n'y a pas pour lui de wehrgeld, et l'af&L'anchissement, qui peut seul le tirer de cette condition misérable, ne rompt pas tous les liens qui l'attachent au seigneur, car le serf allemand émancipé retombe dans le servage comme l'affranchi romain, s'il paie par ingratitude le bienfait qu'il a reçu (2). » Cependant, les conditions de VJiôrige et du leïbeigene finirent par se confondre : ce dernier cessa de pouvoir être aliéné sans sa tenure, en devint propriétaire, et fut enfin protégé dans sa personne.
Le mouvement d'affranchissement des serfs com- * mença de bonne heure dans les pays dépendant de l'Allemagne. En 967, l'abbé de Saint-Arnould de Metz affranchit les habitants de Morville-sur-SeiUe, à condition qu'ils lui paieront une redevance. En 1248, Henri, duc de Brabant, donna la liberté à
1. UUrbarium de Marmoutiers, publié dans VAlsatia illmtrata de Schœflin, a été très clairement résumé par M. Daeeste de la Chavanne, Histoire des classes agricoles en France, Paris, 1858, p. 175-182.