LE SEEYAGE EN ITALIE
tolérance des lois, qui permettaient aux esclaves de se yêtir comme les hommes libres. Gênes fut plus hardie que Rome et Athènes : en 1449 , elle interdit aux esclaves et aux afcanchis tout habit de luxe, toute soie et fourrure précieuse. Du reste, plus heureuses que dans les sociétés antiques, les femmes esclaves virent en Italie la loi prendi'e soin de leur honneur : le statut de Gênes punit d'une peine pécuniaire le libertin trouvé dans la chambre d'une esclave, celui d'Albenga déclare même qne le séducteur peut être tué impunément. A Venise, en 1360, un maître ayant placé son esclave dans une maison de débauche est condamné à un mois de prison, 25 livi-es d'amende, frappé de dégradation civique ; l'esclave est déclarée libre. Trois ans plus tard, dans la même ville, un maître ayant abusé de son esclave, celle-ci reçoit également la liberté.
Je ne puis analyser plus longuement les documents publiés par M. Cibrario, et en particulier les très nombreux actes d'émancipation qu'il a recueillis : je me bornerai à quelques observations statistiques. Sur cent soixante-dix actes de vente, de 1192 à 1320, -conservés dans les archives des notaires de Gênes, la proportion des esclaves chrétiens aux esclaves musulmans est de 1 à 3. Les esclaves de sexe féminin étaient beaucoup plus recherchées que les esclaves mâles : sur cent cinquante-quatre ventes mentionnées dans un registre manuscrit de 1393 à 1491, ces
240 ESCLAVES, SERFS, MAINMORTABLES.
derniers représentent seulement le cinquième du clii&e total. Enfin, le prix des esclaves va toujours en augmentant, indice de la diminution de leur nombre : au treizième siècle, le prix maximum est de 7Ç>4< livres, il est de 1,405 livres au quatorzième, et de 2,093 au quinzième (1).
« Sotte condition que celle d'un esclave, de ne vivre jamais pour soi, et d'être toujours tout entier aux passions d'un maître, de n'être réglé que par ses humeurs, et de se voir réduit à faire ses propres affaires de tous les soucis qu'il peut prendre ! n Ainsi parle, en 1667, à Messine, dans Le Sicilien de Molière, l'esclave turc Hali. Outre celui-ci, le grand poète met en scène, dans cette petite pièce, l'esclave grecque Isidore, l'esclave Zaïde ; une troupe d'esclaves maures et mauresques danse dans le ballet. Dans V Étourdi, dont la scène se passe également à Messine, en 1653, Clélie est l'esclave du grotesque bonhomme Trufaldin.Ce n'est point là une fantaisie, mais un trait de mœurs. M. Cibrario cite des ventes d'esclaves, à Gênes, en 1629, 1638, 1645, 1677."
Je ne puis finir ce chapitre sans dire un mot d'une classe de personnes placée, à Venise, à égale distance
1. Dans les Xnove Effemeridi Siciliane, septembre-octobre 1880, M. de Giovanni publie une pièce relative à la vente, en 1:347, à Trapani, d'une esclave blanche de Eoumanie, nommée Irène, âgée de seize ans, de sang grec, vendue 4 onces 16 tarins 5 grains ; à la même époque, un petit cheval se vendait une once.
des libres et des esclaves : c'étaient des esclaves temporaires à qui l'on donnait le nom singulier à' anime, âmes, comme pour montrer qu'il leur restait une étincelle de liberté. On appelait ainsi des enfants nés de parents ingénus ou affranchis, et vendus par eux avant d'avoir achevé leur dixième année. Des spéculateurs en ramenaient de Corfou, d'Albanie, de Dalmatie, de Lombardie, du Tyrol. Ils gardaient le droit de se racheter moyennant six ducats (300 livres) : s'ils ne les avaient pas, ils devaient servir pendant quatre années. En 1388, les années de service dues par les anime incapables de se racheter furent portées à dix. Le trafic des anime devait être peu lucratif : aussi n'en trouve-t-on plus trace après le quinzième siècle.