JUGEMENS ET ANECDOTES
SUR
Nous avons dit dans le^Catalogue des Pièces de Houdart de La Motte , tome onzième des Tragédies de notre Collection , que la Comédie du Magnifique avoit d’abord fait partie d’un Spectacle composé de trois Pièces , Le Talisman , i?ichard Minutolo et celle-ci , toutes les trois comprises sous le titre général de Vltalie galante , ou Les Contes. La première des trois avoit été précédemment jouée seule , et cette dernière fut ençuite aussi séparée des deux autres. Ce fut celle qui réussit le plus pendant leur réunion , et c’est la seule qui , séparée , se soit conservée au Théâtre. Elle est , comme les deux autres , pour le fonds , tirée d’un Conte de Boccace , du même fitre , et imité par La Fontaine.
« Jamais Conte de La Fontaine n’a été si bien
Vf JUGEMENS ET ANECDOTES.
mis en action , au jugement des Auteurs du Dic^ tionnairc Dramatique ; c’est un modèle de délicatesse et de goût. Les autres Contes métamorphosés en Comédies , par le même Auteur , sont bien inférieurs à celui-ci , quoiqu’il y ait cependant de jolies choses. »
Tel est aussi , sur le Magnifique , le jugement de M. d’Alembert , dans son Éloge de La Motte» ou il dit que cette Piece « plaît encore aujourd’hui pat la finesse des détails et l’agrément du Style. 35
cc Le Magnifique est la première Piece en deux actes qui ait été donnée au Théâtre François , 3>. scion le Dictionnaire des Théâtres de Paris d& Léris , et V Histoire du Théâtre François du Chevalier de Mouhy.
« Cette Comédie eut le succès le plus éclatant qu’un Auteur puisse souhaiter , dit le Mercure du mois de Mai 1731. Le Divertissement fut composé , pour la Musique , par Quinault , l’aîné ; pour la Danse , par Dangeville. La Musique eti est vive , enjouée ou tendre, selon que les caractères l’exigent , et le Ballet est galant et comique. La Demoiselle Gaussin chanta dans ce Divertis-
Digilized by Googïe
JUGEMENS ET ANECDOTES, vi?
sement et y fut fort applaudie. Les Demoiselles Labate et Dangeville firent aussi grand plaisir dans le Ballet, au milieu duquel la jeune Demoi^ selle Dubreuil parut en chauve-souris, dansant toujours, poursuivie pat les autres personnages du Ballet qui vouloient l’attraper. »
Le Mercure de Juillet 1740, et celui de Septembre I74Î , nous apprennent « que cette Piece fut jouée à la Cour le 2z Juin 1740 , par les Comédiens François , pour la Comédie, et par les Chanteurs et Danseurs de l’Opéra , pour le Divertissement , et qu’elle fut remise à Paris \t x6 Septembre 1743, avec autant de succès qu’elle en avoit eu dans sa nouveauté. Le tôle du Magnifique , qui avoit été supérieurement joué d’abord par Dufresne, le fut, à cette reprise , par Grandval. »
Cette Comédie forma encore un charmant Spectacle pendant le séjour du Roi à Fontainebleau , en 1753 , où elle fut représentée le 15 Novembre.
cc Trois Intçrmedes , qui ayoient été préparés pour une autre Piece , furent conservés et liés au Magnifique , pat un Prologue, espece d’impromptu.
vü; jugemens et anecdotes.
qui avoir rapport aux circonstances , et qui fit tout l’effet qu’on en avoir espéré', dit encore le Mercure , Janvier 1754. Les rôles en furent rendus , avec une grande vérité , par Grandval , La Noue, Armand , Dehesse et Rochard. Une entrée d’un Faune, d’une Nymphe et d’un Satyre , exécutée par les sieur et Demoiselle Vestris et le sieur Lani , offroit , dans le premier Intermcde , un des plus beaux tableaux dont la danse soit susceptible. Le pas étoit de la composition du sieur Vestris. On fut satisfait de la danse régulière de la Demoiselle Carville , et l’on entendit , avec plaisir , la Demoiselle Chevalier et le sieur Bêche qui chantoient les airs de ce Divertissement. Le sujet du second Intermede étoit la naissance de Vénus, qui sortoit du sein des flots, entourée des Grâces et des Plaisirs. Elle rétablissoit l’harmonie sûr la terre , et détriiisoit l’antipathie qui divisoit les mortels. Les talens de la Demoiselle Puvigné et du sieur Jélyote embellirent ce Divertissement , et l’on admira la netteté , la justesse et l’étendue de la voix de la Demoiselle Davaux. »
L’Abbé de La Porte prétend que « Le Magni^^
JUGEMENS ET ANECDOTES. i*
fique étoit d’abord en trois actes , mais que quelques scenes vuides , et quelques défauts d’action firent suivre à La Motte l’avis de ses amis , qui lui conseillèrent de réduire sa Piece à deux actes j qu’il eut de la peine à s’y déterminer , parce qu’il étoit timide , et craignoit que cette nouveauté ne prévînt le Public contre son Ouvrage. « On n’avoit point encore osé hasarder de Pièces en deux actes, ce Mais , ajoute l’Abbé de La Porte , les amis de La Motte le rassurèrent , en lui disant qu’on ne siffleroit sûrement pas le troisième acte , puisqu’il n’y en auroit point , et qu’ils voudroiciit bien avoir cette même certitude sur les deux autres actes. « Vaudous Dramatiques.
Si cçtte anecdote est vraie, l'événement prouva à La Motte qu’il est quelquefois d’heureuses innovations que le talent et le bon goût peuvent hasarder 3 mais ce n’est pas à cet Auteur que l’on a pu reprocher trop de timidité à innover -, témoin son système sur la Poésie , en général , et , particulièrement, sur les Tragédies et les Odes en prose.
Le sujet du Magnifique a été traité aussi pour le Théâtre Lyrique de la Comédie Italienne ,
t JUGEMENS ET ANECDOTES.
par M. Sédaine, et mis en Musique par M. Grétiy. Leur Comédie, en trois actes en prose , mêlée d’ariettes , et sous le même titre , fut jouée , à ce Théâtre , le 4 Mars 1773 , avec succès. On la redonne souvent , et elle est imprimée dans les (EBuvres de M. Sédaine , a P^is , ches JBrunet, Place du Théâtre Italien.
COMÉDIE EN DEUX ACTES, EN PROSE, Par HOUDART DE LAMOTTE ;
Représentée , pour la première fois , au Théâtre français , le ii Mai 1731 , faisant partie de ritalie Galante ou Les Contes , Spectacle composé de trois Pièces du même tuteur.