‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 101 sur 118 · ALDOBRANDIN, HORACE · texte numérisé non relu

ALDOBRANDIN, HORACE

Aldobrandin.

Eh ! bien , mon frère , vous venez de la voir , vou* venez de l’entendre î

Horace.

Eh ! bien , mon frere , ce n’est pas h première fois. Aldobrandin.

Je suis suc que vous la trouvez toujours plus char» mante ?

Horace.

Assurément.

Aldobrandin.

La voilà dans un âge ou un mari ne lui siéra pas mal }

Vous avez raison.

Aldobrandin.

Sa beauté est dans tout son éclat , rien n’y manque; je gage que vous n’en connoisscx gucrcs de plus touchante ?

Horace.

Il est vrai.

Aldobrandin.

Vous voycE la bonté de son esprit, sa douceur , sa docilité , pour tout ce que je veux ?

Horace.

11 me semble que vous devez en être assez content ?

Aldobrandin.

Vous savez, de plus, que je suis son tuteur, et que la volonté de ses païens me laisse le maître de disposée de son sort i

Horace.

Eh J bien, qu’en concluez-vous?

Que j’aurois grand tort de ne pas recueillir moimeme le fruit des soins que j’ai pris d’elle , depuis son enfance, et que ce sera l’action d’un homme sage de l’épouser , plus tôt que plus tard.

Horace.

Ce n’est pas tout-â-fait ce que je conclurols , moi.

Aldobrandin.

Pourquoi donc , s’il vous plaît?

• Horace.

Seigneur Aldobrandin, vous n’Stes point jeune.

Aldobrandin.

Je ne suis pas vieux.

COMEDIE

Horace.

Vous êtes avare.

Aldobrandin.

Dites que je ne suis pas dissipateur.

£t vous êtes ja!ou^r.

Aldobrandik.

3*cn conviens.

Horace.

D’où je conclus , Monsieur mon frère, que rien n’est plus imprudent que le dessein de ce mariage , et que vous vous préparez des accidens dont personne ne vous plaindroit.

Aldobramoin.

Vous n’y entendez tien, mon frere. Je n’ai plus qu’un reste de jeunesse; j’en ai moins de tems à perdre. Je ne suis pas dissipateur ; une personne élevée dans la simplicité , et accoutumée à la retraite , comme Lucelle , ne dérangera pas mon économie. Je suis jaloux, d’accord ; ma jalousie fera mon repos et ma sûreté , et je prendrai de si bonnes mesures que je défie tous les muguets de Florence de me jouer le moindre petit tour.

Horace.

He défiez pas tant , mon frere, ne défiez pas tant, I Un jaloux est déjà plus d’à-demi-trompé.

Aloobrandin.

Oh ! je ne donne point dans vos belles maximes. Vous croyez , vous , que la grande précaution avec une femme , c’est sa confiance ; que sa plus grande garde , c’est sa vertu ? Je soutiens moi qu’il n’y en a pas dq

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plus mauvaise , et que la femme ’.a plus sage est toujours celle à qui on a ôtd les moyens de faillir.

Horace.

Oui , si on pouvoit les lui ôter tous: mais vous seriez le premier qui auriez trouvd ce secret.

Aldobrandin.

Le premier, soit: comptez du moins que je n’y épargnerai rien. J’attends, des aujourd’hui, de Bologne une personne admirable pour veiller sur une jeune femme. Un de nos amis communs , que j’avois chargé de cette recherche, m’a assuré que c’est unprodigedanscegcnre, et qu’elle a déjà formé trois ou quatre Lucrcccs dans la Tille , qui y ont mis la vertu à la mode.

Horace.

Eh ! mon frère, on trompe tous les joursces argus-là, et souvent ce sont eux qui nous trompent les premiers.

Aldobrandin.

Nous y prendrons garde. De plus, je veux faire accommoder cette maison à ma fantaisie, en retrancher exactement toutes les vues qu’elle a sur la place , n’y laisser de fenêtres que sur le jardin , dont je ferai cncote élever les murs le plus haut qu’il me sera pos • siblc ; et c’est pour en être le maître que je veux acheter la maison. J’ai fait prier le Seigneur Zima , dont je la tiens, de vouloir bien passer ici, etj’espcre conclure le marché tout;à l’heure.

Horace.

Le marché sera difHcile. Je vous ai déjà dit que vous Stes avare.

COMÉDIE

Aldobrandin.

A la bonne heure ; mais il est magnifique , Jui : il n’y regardera pas peut-être de si près. Vous ledirai-jc? c’est pour medébarrasserdc lui-même que j’achctc sa maison. Il vient souvent ici , sous divers prétextes , pour épier l’occasion de parler à lucelle; il n’en est pas encore venu ü bout. D’ailleurs, il donne tous les jours des fêtes dans la place; toutes les nuits des sérc'nades. Lucellc prend plaisir à tout cela; et il faut, une fois pour toutes, me délivrer de cette inquiétude.

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