ALDOBRANDIN, HORACE
Aldobrandin.
Eh ! bien , mon frère , vous venez de la voir , vou* venez de l’entendre î
Horace.
Eh ! bien , mon frere , ce n’est pas h première fois. Aldobrandin.
Je suis suc que vous la trouvez toujours plus char» mante ?
Horace.
Assurément.
Aldobrandin.
La voilà dans un âge ou un mari ne lui siéra pas mal }
Vous avez raison.
Aldobrandin.
Sa beauté est dans tout son éclat , rien n’y manque; je gage que vous n’en connoisscx gucrcs de plus touchante ?
Horace.
Il est vrai.
Aldobrandin.
Vous voycE la bonté de son esprit, sa douceur , sa docilité , pour tout ce que je veux ?
Horace.
11 me semble que vous devez en être assez content ?
Aldobrandin.
Vous savez, de plus, que je suis son tuteur, et que la volonté de ses païens me laisse le maître de disposée de son sort i
Horace.
Eh J bien, qu’en concluez-vous?
Que j’aurois grand tort de ne pas recueillir moimeme le fruit des soins que j’ai pris d’elle , depuis son enfance, et que ce sera l’action d’un homme sage de l’épouser , plus tôt que plus tard.
Horace.
Ce n’est pas tout-â-fait ce que je conclurols , moi.
Aldobrandin.
Pourquoi donc , s’il vous plaît?
• Horace.
Seigneur Aldobrandin, vous n’Stes point jeune.
Aldobrandin.
Je ne suis pas vieux.
COMEDIE
Horace.
Vous êtes avare.
Aldobrandin.
Dites que je ne suis pas dissipateur.
£t vous êtes ja!ou^r.
Aldobrandik.
3*cn conviens.
Horace.
D’où je conclus , Monsieur mon frère, que rien n’est plus imprudent que le dessein de ce mariage , et que vous vous préparez des accidens dont personne ne vous plaindroit.
Aldobramoin.
Vous n’y entendez tien, mon frere. Je n’ai plus qu’un reste de jeunesse; j’en ai moins de tems à perdre. Je ne suis pas dissipateur ; une personne élevée dans la simplicité , et accoutumée à la retraite , comme Lucelle , ne dérangera pas mon économie. Je suis jaloux, d’accord ; ma jalousie fera mon repos et ma sûreté , et je prendrai de si bonnes mesures que je défie tous les muguets de Florence de me jouer le moindre petit tour.
Horace.
He défiez pas tant , mon frere, ne défiez pas tant, I Un jaloux est déjà plus d’à-demi-trompé.
Aloobrandin.
Oh ! je ne donne point dans vos belles maximes. Vous croyez , vous , que la grande précaution avec une femme , c’est sa confiance ; que sa plus grande garde , c’est sa vertu ? Je soutiens moi qu’il n’y en a pas dq
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<f LE MAGNIFIQUE,
plus mauvaise , et que la femme ’.a plus sage est toujours celle à qui on a ôtd les moyens de faillir.
Horace.
Oui , si on pouvoit les lui ôter tous: mais vous seriez le premier qui auriez trouvd ce secret.
Aldobrandin.
Le premier, soit: comptez du moins que je n’y épargnerai rien. J’attends, des aujourd’hui, de Bologne une personne admirable pour veiller sur une jeune femme. Un de nos amis communs , que j’avois chargé de cette recherche, m’a assuré que c’est unprodigedanscegcnre, et qu’elle a déjà formé trois ou quatre Lucrcccs dans la Tille , qui y ont mis la vertu à la mode.
Horace.
Eh ! mon frère, on trompe tous les joursces argus-là, et souvent ce sont eux qui nous trompent les premiers.
Aldobrandin.
Nous y prendrons garde. De plus, je veux faire accommoder cette maison à ma fantaisie, en retrancher exactement toutes les vues qu’elle a sur la place , n’y laisser de fenêtres que sur le jardin , dont je ferai cncote élever les murs le plus haut qu’il me sera pos • siblc ; et c’est pour en être le maître que je veux acheter la maison. J’ai fait prier le Seigneur Zima , dont je la tiens, de vouloir bien passer ici, etj’espcre conclure le marché tout;à l’heure.
Horace.
Le marché sera difHcile. Je vous ai déjà dit que vous Stes avare.
COMÉDIE
Aldobrandin.
A la bonne heure ; mais il est magnifique , Jui : il n’y regardera pas peut-être de si près. Vous ledirai-jc? c’est pour medébarrasserdc lui-même que j’achctc sa maison. Il vient souvent ici , sous divers prétextes , pour épier l’occasion de parler à lucelle; il n’en est pas encore venu ü bout. D’ailleurs, il donne tous les jours des fêtes dans la place; toutes les nuits des sérc'nades. Lucellc prend plaisir à tout cela; et il faut, une fois pour toutes, me délivrer de cette inquiétude.