‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 2 sur 118 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

On n’a pas donné cet Ouvrage au Public comme une Piece fort exacte dans toutes le réglés du Théâtre j mais comme d’excellens traits de morale , et de parfaitement beaux vers qu’avoit composés feu M. Boursault , en attendant qu’il y donnât lui-mcme tout le jeu et toute la liaison qui y étoient nécessaires. La mort l’a empêché d’y mettre la derniere main i et c’est ce qui y a laissé quantité d’endroits , auxquels il n’eût pas manqué de donner toute une autre forme.

On sait assez quel étoit son heureux génie et sa facilité à mettre ses Ouvrages dans le point qu’il faut pour plaire j et cela suffit pour le justifier y et pour foire passer les bons esprits sur tout ce qui a arreté les esprits critiques et difficiles. On ne dit lien ici de plus ni sur l’Ouvrage , ni sur l’Auteur, dont le Public connoît tout le mérite. On avertit seulement que la troisième scene du troisième acte n’est imprimée avec des guillemets que parce

t) AVIS AU LECTEUR,

qu’on ne la joue pas sur le Théâtre , n’y étant par tout-à-fâit convenable. Il faut pourtant avouer que cette scene est très-bonne en soi j et que le motif sur lequel Esope presse son athée de croire , s’il n’est pas bien convainquant , est , du moins, très-raisonnable. Il ne s’agissoit pas ici de convaincre un Philosophe sur l’existence des Dieux } mais de combattre dans un Courtisan un défaut commun à la Cour , de n’y pas croire grand* chose. Or il est constant que la plupart des gens de ce caractère ne doutent pas avec fondement, mais seulement par libertinage, et parce qu’ils veulent douter , et qu’ils n’envisagent la mort que comme fort éloignée. L’expérience fait assez voir que rien au monde n’est plus foible dans le péril et à la vue d’une mort prochaine que la plupart de ces esprits forts. C’en est assez pour autoriser Ésope à leur faire des reproches de ce qu’ils ne veulent pas croire dans leur vie ces memes Dieux , qu’ils invoquent à la mon. -

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