‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 21 sur 118 · LE JARDINIER ET L’ANE · texte numérisé non relu

LE JARDINIER ET L’ANE

Fa B t B.

L’Ane d’un Jardinier fleuriste.

Ayant pour le marché des paniers pleins de fleurs,

Pour en savourer les douceurs Une foule de gens le suivoient à la piste.

Mais il trouve au retour un contraire destin ;

Pour se faire maudire il suffit qu’il se montre i Ceux qui le suivoient le matin Le soir évitent sa rencontre, et Ne t’en étonne pas , lui dit le Jardinier ;

Ces effets differens ont differentes causes :

Ce marin tu porrois des roses , .

« Ce soir ru portes du fumier, av Qui suivoit ce matin ta senteur agréable ,

37 Ce soir fuit ta puanteur. 37 Tant on devient effroyable Quand on peid sa bonne odeur!

Vous reconnoissez-vous , Rodope , en cette Fable ?

Non ; l’application n’en est pas raisonnable.

Je veux bien ressembler à l’Ane du matin ;

Mais à celui du soir , j’en aurais du chagrin.

^’ai retenu de vous mille agréables choses,

P’ une aussi bonne odeur ^ue Us paniers de roseff

Mais on ne m’a point vue , oubliant mon devoir, te matin vertueuse et coupable le soir.

Je hais l’honneur Kroce et la vertu chagrine :

Je vous l’ai déjà dit, je ris , chante , badine;

Et croyant ma conduite exempte de remords Je ne prends aucun soin de sauver le dehors.

Il est vrai qu’on en parle , et que de vieilles Dames ^ Dont le cœur est encor susceptible de flammes ,

Faciles â remplir les désirs d’un amant ,

Ne peuvent présumer qu’on rie innocemment;

Et jamais à l’Amour n’ayant été rebelles,

Elles jugent de moi comme elles jugent d’elles.

Bien n’est plus dangereux , dans leurs petits complots» Que ces femmes de bien qui le sont à huis-clos ,

Qui des moindres plaisirs condamnent l’inhoccnce.

Et trouvent tout permis, en sauvant l’apparence.

Four moi qui marche droit , je ne me contrains pas,

Que vous avez , traîtresse ! et d’esprit et d’appas !

Quand le Ciel vous forma sur un si beau modèle.

Que ne vous faisoit-il aussi sage que belle 1 Il vous a dénié le plus grand bien de tous.

Et je vais être foible autant et plus que vous J Mc trompé' je? êtes vous fldelle Avoue gloire?

Tachez, s’il est possible , à me Iq^aire croire!

Vous aurc7. pçu de peine à me persuader ;

Mon coeur à se trahir demande à vous aider:

Vous le verrez sc rendre à la plus foible excuse, rarlcz.

.COMÉDIE Héroïque. ^

Mdrircz-vous que je vous désabuse ?

Combien d’injures....

Ésope.

Trop pour d’mnoccns appas ; Trop peu si j’ai raison et qu’ils ne le soient pas ! , .»

. Xlais, adieu; le Roi vient. Retirez-vous, de grâce.

Soit que je vous épouse , ou qu’un autre le fasse ,

S’il en est tems encor , faites que votre époux K’ait aucune raison de se plaindre devons;

Et portez-lui pour dot, comme une rare offrande» Toute l’intégrité que l’hymen vous demande.

( RoJope sort. )

Page 1