LE JARDINIER ET L’ANE
Fa B t B.
L’Ane d’un Jardinier fleuriste.
Ayant pour le marché des paniers pleins de fleurs,
Pour en savourer les douceurs Une foule de gens le suivoient à la piste.
Mais il trouve au retour un contraire destin ;
Pour se faire maudire il suffit qu’il se montre i Ceux qui le suivoient le matin Le soir évitent sa rencontre, et Ne t’en étonne pas , lui dit le Jardinier ;
Ces effets differens ont differentes causes :
Ce marin tu porrois des roses , .
« Ce soir ru portes du fumier, av Qui suivoit ce matin ta senteur agréable ,
37 Ce soir fuit ta puanteur. 37 Tant on devient effroyable Quand on peid sa bonne odeur!
Vous reconnoissez-vous , Rodope , en cette Fable ?
Non ; l’application n’en est pas raisonnable.
Je veux bien ressembler à l’Ane du matin ;
Mais à celui du soir , j’en aurais du chagrin.
^’ai retenu de vous mille agréables choses,
P’ une aussi bonne odeur ^ue Us paniers de roseff
Mais on ne m’a point vue , oubliant mon devoir, te matin vertueuse et coupable le soir.
Je hais l’honneur Kroce et la vertu chagrine :
Je vous l’ai déjà dit, je ris , chante , badine;
Et croyant ma conduite exempte de remords Je ne prends aucun soin de sauver le dehors.
Il est vrai qu’on en parle , et que de vieilles Dames ^ Dont le cœur est encor susceptible de flammes ,
Faciles â remplir les désirs d’un amant ,
Ne peuvent présumer qu’on rie innocemment;
Et jamais à l’Amour n’ayant été rebelles,
Elles jugent de moi comme elles jugent d’elles.
Bien n’est plus dangereux , dans leurs petits complots» Que ces femmes de bien qui le sont à huis-clos ,
Qui des moindres plaisirs condamnent l’inhoccnce.
Et trouvent tout permis, en sauvant l’apparence.
Four moi qui marche droit , je ne me contrains pas,
Que vous avez , traîtresse ! et d’esprit et d’appas !
Quand le Ciel vous forma sur un si beau modèle.
Que ne vous faisoit-il aussi sage que belle 1 Il vous a dénié le plus grand bien de tous.
Et je vais être foible autant et plus que vous J Mc trompé' je? êtes vous fldelle Avoue gloire?
Tachez, s’il est possible , à me Iq^aire croire!
Vous aurc7. pçu de peine à me persuader ;
Mon coeur à se trahir demande à vous aider:
Vous le verrez sc rendre à la plus foible excuse, rarlcz.
.COMÉDIE Héroïque. ^
Mdrircz-vous que je vous désabuse ?
Combien d’injures....
Ésope.
Trop pour d’mnoccns appas ; Trop peu si j’ai raison et qu’ils ne le soient pas ! , .»
. Xlais, adieu; le Roi vient. Retirez-vous, de grâce.
Soit que je vous épouse , ou qu’un autre le fasse ,
S’il en est tems encor , faites que votre époux K’ait aucune raison de se plaindre devons;
Et portez-lui pour dot, comme une rare offrande» Toute l’intégrité que l’hymen vous demande.
( RoJope sort. )