‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 22 sur 118 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

CRÉSÜS, TRASIBULE , TIRRENE , ÉSOPi.

C R É s VS.

A.ssiyet-vou$.

( Il s'atsitd , ainsi que Trasibule et Tirreae. ) Ésope, à X^resus.

Seigneur , je ne suis pas d’un sang..,^ C R É s U s.

Ton mérite y supplée , et vaut le plus haut rang. Assieds-toi» je le veux.... Depuis plus d’une année » Mes sujets de leur Roi souhaitent l’hymenéc;

Et tous contens de moi » comme je le suis d’eux ,

S’ils me voyoient un fils s’estimeroient heureux.

Cotis , pere d’Argie , dpuisé par les guerres ,

Qui fatiguent son peuple et ddsolent ses terres ,

Pour nous unir ensemble , à ne rompre jamais ,

Me fait ofFiir sa fille , et demander la paix.

Sa Couronne , lui mort, appartient à sa fille; .

Mais en vain à mes yeux cette Couronne brille.

Arsinoé , soumise à tout ce que je veux ,

A trouvd le secret de s'attirer mes voeux :

En s’assujdtissant à mon pouvoir suprôme ,

Elle m’a d’un coup d’ocil assujeti moi-même.

Le trône de Phrygie à mon trône drant joint ,

Sans doute ma puissance iroit au plus haut point :

Pour balancer mon choix cette raison est forte ;

Mais enfin sur mon cœur Arsinod l’emporte ^ Etj’attensde vos soins, une décision En faveur de l’amour , ou de l’ambition. >

Parlez moi librement, et qu’un pur zele dclate.

Seigneur, cette matière est un peu ddlicato.

Vous aimez ; il faudroit, pour vous faire ma cour , Approuver votre choix et flatter votre amour. '

Une si vertueuse et si belle Princesse

D’un Monarque si grand mérite la tendresse;

Mais les raisons d’Etat , qui par d’austeres loix Sont toujours les raisons les plus fortes des Rois , M’obligent à vous dire , avec un cœur sincei e ,

Qu’à l’hymen d’un grand Roi l’Amour n’assiste guère; Que scs plus dignes soins sont ceux de sa grandeur ,

Et

COMÉDIE héroïque. 57

It qu’il doit à sa gloire immoler son ardeur.

Arsinoé pour dot a des yeux qui vous charment .

Des attraits si touchans qu’ils émeuvent , désarment i Mais des yeux si charmans et des attraits si doux Perdront bien de leur prix quand ils seront à vous.

Cinq ou six mois d’hymen rallentissenc les flammes;

«Et la vertu des grands n’est pas d’aimer leurs femmes. Quelque appât que pour vous ait un amour naissant » Seigneur , une Couronne en est un plus puissant ;

En devenant l’époux de la Hrincesse Argie A de vastes Etats vous joignei la Phrygic;

Et quels jaloux voisins oseront vous troubler Qu’avec tant de pouvoir vous ne fassiez trembler ?

, Trasibvls. *

J’ose ajouter , Seigneur , i ce qu’a dit Tîrrcne Que c’est de vos sujets rendre l’attente vaine;

Et que las de la guerre et des maux qu’elle a faits.

Avec impatience ils attendent la paix.

Quoique par vos exploits on ait vu la Phrygie Du sang de scs enfans assez souvent rougie ,

Les succès les plus beaux et les plus glorieux Ke sont pas sans chagrin pour les victorieux.

Si l’un s’en réjouit , l’autre s’en désespere :

Tel embrasse son fils qui regrette son frere ;

Et la guerre après soi traîne tant de malheurs Qu’il est peu de lauriers qui ne coûtent des pleurs.

Ceux qu’éleve le ciel aux dignités suprêmes ,

Maîtres de tant d’États, ne le sont pas d’eux-mSmts ;

Et lorsque de l’hymen ils subissent les loix ,

C’est à la Politique à leur prescrire un choix.

Seigneur , Arsinoé fût-elle encor plus belle,

La Phrygic et la paix ont plus de charmes qu’elle, L’intdrct de l’Etat me fait parler ainsi ;

Voilà mon sentiment.

C R. É s V s , à Esope.

Et le tien i

Ésope.

Le roicî.

Pouf peu qu’à l’écouter votre bonté s’applique ,

Vous verrexee que c’est qu’un hymen politique.

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