LE COQ ET LA POULETTE
Fable.
Un Icune Coq , des mieux huppés ,
En rodant par son voisinage ,
D’une jeune Poulette, aussi belle que sage.
Eut les yeux et le coeur également frappés.
Le Coq étant fort beau , comme elle étoit fort belle ,
Elle sentit pour lui ce qu’il sentoit pour clic :
Leurs cœurs des mêmes traits furent tous deux blessés } Et tous deux, pénétrés de la même tendresse ,
Du matin jusqu’au soir , ils se voyoient sans cesse ,
Et ne SC voyoient pas assez.
Pendant que l’un et l’autre à l’amour s’abandonnent , Et qu’ils jurent si tendrement De s’aimer éternellement ,
Leurs sévères parens autrement en ordonnent.
Le pcrc du Coq le contraint A quitter sa cherc Poulette :
En vain de sa rigueur il gémit ctsc plaint ,
COMÉDIE Héroïque.
Il faut qu’il obéisse , ou qu’il fasse retraite.
D’abord U va percher sur le toit le plus haut De la plus déserte cabane ;
Mais faute d’aliment, il lui fallut bientôt Epouser , en pestant , une Poule Faisann*.
Ces époux , dès le premier jour ,
Empêchés de leur contenance ,
S’étant mariés saps amour ,
Se traiterait sans complaisance.
Outre qu’ils négligeoient le *^010 De se dire des yeux quelque chose de tendre j Leur langage à tous deux étoit un baragouin Que chacun ne pouvoir entendre.
Quand le Coq chantoit ou parloit ,
Sa Faisanne eût juté que c’étoient des murmures : Quand la Faisanne l’appelloit ,
Il croyoit ouir des injures.
En un mot , leur destin ne fit point d’envieux.
II faut que pour bien vivre ensemble L’Amour ait soin d’unir ce que l’hymen assemble: II est sûr qu’on s’entend bien mieux. '
Qu’à vos désirs , Seigneur , Arsinoé réponde ; N’êtes-vous pas le Roi le plus heureux du monde ? Sans un besoin pressant; qu’à peine jeconçoi , Pourquoi chercher ailleurs ce que l’on a chez soi ? Les différentes moeurs , le différent langage Ne sont pas des liens par où le coeur s’engage»
Et sur celui des Rois c’est faire uri attentat
Que de l’assujettir aux maximes d’Etat.
Di)
4t> ÉSOPE A LA COUR,
Pour contenter le peuple et le Roi de Phrygie , Accorder -lui la paix , sans épouser Argic.
Vous auriez , elle et vous , des chagrins infinis : Vos Etats seroient joints et vos coeurs désunis. Jamais félicité n’eût été plus parfaite Que le bonheur du Coq , s’il eût eu sa Poulette. Sans cesse de l’hymen il sc seroit loué ,
Comme fera Crésus avec Arsii\oé.
Sa vertu vous répond d’un bonheur infaillible.
Crésus.
Que tu me touches bien par où je suis sensible ! Pressé par tes raisons , je vais mettre i ses pieds Tout ce qu’a d’é'clatant le trône où je me sieds , Et lui faire savoir , par un récit fîHeie ,
Avec quelle chaleur tu m’as parlé pour elle.
{Jl son. )