‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 23 sur 118 · LE COQ ET LA POULETTE · texte numérisé non relu

LE COQ ET LA POULETTE

Fable.

Un Icune Coq , des mieux huppés ,

En rodant par son voisinage ,

D’une jeune Poulette, aussi belle que sage.

Eut les yeux et le coeur également frappés.

Le Coq étant fort beau , comme elle étoit fort belle ,

Elle sentit pour lui ce qu’il sentoit pour clic :

Leurs cœurs des mêmes traits furent tous deux blessés } Et tous deux, pénétrés de la même tendresse ,

Du matin jusqu’au soir , ils se voyoient sans cesse ,

Et ne SC voyoient pas assez.

Pendant que l’un et l’autre à l’amour s’abandonnent , Et qu’ils jurent si tendrement De s’aimer éternellement ,

Leurs sévères parens autrement en ordonnent.

Le pcrc du Coq le contraint A quitter sa cherc Poulette :

En vain de sa rigueur il gémit ctsc plaint ,

COMÉDIE Héroïque.

Il faut qu’il obéisse , ou qu’il fasse retraite.

D’abord U va percher sur le toit le plus haut De la plus déserte cabane ;

Mais faute d’aliment, il lui fallut bientôt Epouser , en pestant , une Poule Faisann*.

Ces époux , dès le premier jour ,

Empêchés de leur contenance ,

S’étant mariés saps amour ,

Se traiterait sans complaisance.

Outre qu’ils négligeoient le *^010 De se dire des yeux quelque chose de tendre j Leur langage à tous deux étoit un baragouin Que chacun ne pouvoir entendre.

Quand le Coq chantoit ou parloit ,

Sa Faisanne eût juté que c’étoient des murmures : Quand la Faisanne l’appelloit ,

Il croyoit ouir des injures.

En un mot , leur destin ne fit point d’envieux.

II faut que pour bien vivre ensemble L’Amour ait soin d’unir ce que l’hymen assemble: II est sûr qu’on s’entend bien mieux. '

Qu’à vos désirs , Seigneur , Arsinoé réponde ; N’êtes-vous pas le Roi le plus heureux du monde ? Sans un besoin pressant; qu’à peine jeconçoi , Pourquoi chercher ailleurs ce que l’on a chez soi ? Les différentes moeurs , le différent langage Ne sont pas des liens par où le coeur s’engage»

Et sur celui des Rois c’est faire uri attentat

Que de l’assujettir aux maximes d’Etat.

Di)

4t> ÉSOPE A LA COUR,

Pour contenter le peuple et le Roi de Phrygie , Accorder -lui la paix , sans épouser Argic.

Vous auriez , elle et vous , des chagrins infinis : Vos Etats seroient joints et vos coeurs désunis. Jamais félicité n’eût été plus parfaite Que le bonheur du Coq , s’il eût eu sa Poulette. Sans cesse de l’hymen il sc seroit loué ,

Comme fera Crésus avec Arsii\oé.

Sa vertu vous répond d’un bonheur infaillible.

Crésus.

Que tu me touches bien par où je suis sensible ! Pressé par tes raisons , je vais mettre i ses pieds Tout ce qu’a d’é'clatant le trône où je me sieds , Et lui faire savoir , par un récit fîHeie ,

Avec quelle chaleur tu m’as parlé pour elle.

{Jl son. )

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