‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 28 sur 118 · I.es leur faire sentir, et non pas les leur dire · texte numérisé non relu

I.es leur faire sentir, et non pas les leur dire

Et prendre garde encore , en risquant ces leçons ,

Qu’ils ne connoissent pas que nous les connoissons.

11 n’est rien pris du Roi que pour vous je ne fasse ;

Mais n’oubliez jamais , si j’obtiens votre grâce , Qu’eussions-nousl’un et l’autre encor plus de pouvoir, Nous sommes des jetons que le Roi fait valoir.

Comme souverain maître , à qui tout est facile ,

Il nous fait valoir un , ou nous fait valoir mille ;

Et suivant que son choix nous poste mal ou bien ,

Uous sommes quelque chose ou nous ne sommes rien. Sur-tout , souvenez-vous , dans tout ce que vous faites , De n’abuser jamais de la place où.vous êtes :

La Fortune en aveugle ouvre , ou ferme la main ;

Et puissant aujourd’hui , l’on ne l’est pas demain.

Pour vous rendre sensible aux raisons que j’<îtalc ,

J’y vais d’un Apologue ajouter la morale.

LA GUENON et SON MAITRE.

Fable.

Un grand Seigneur avoit une Guenon Qui lui semblait si jolie Qu’il l’aimoit à la folie ;

A ce qu’elle vouloit on n’osoit dire non.

Elle lui demanda s’il auroit agréable

Qu’elle s’assit sur un coin de sa table :

v> Oui , dit-il , ce plaisir me semblera bien doux, o >5 Trouverez-vous bon , lui dit-elle,

» Que , donnant l’essor à mon zelc ,

» Je saute quelquefois sur vous ? »

Pour laisser un champ libre à scs badineries ,

Il consentit sans peine à ce manége-là.

Je ne vous dirai point combien de singeries Elle fit après cela.

Je dirai seulement que flattée, applaudie,

( Qu’elle eût tort ou qu’elle eût raison )

La Guenon , un peu trop hardie ,

Oublia qu’elle étoit Guenon.

Loin d’avoir pour son maître une sincere attache. Devenue orgueilleuse à le voir complaisant,

Un matin , en le baisant ,

Elle arracha la moustache D’un maître si bienfaisant.

Ahl

COMÉDIE Héroïque. 49

» Ah ! perfide , dit-il , qui l’oses méconnoître i « J’ai pour ton insolence un châtiment tout prêt : »Dans un moment tu sauras ce que c’est « Que d’abuser des bontés de son maître Bile eut beau de son crime étaler les remords ,

Et pour rentrer en grâce employer les prières ,

Après vingt coups d’étiiviercs ,

Elle fut mise dehors.

Comme , en toute rencontre , elle étoit malhonnête , Chacun avec plaisir la vit humilier.

Tel est auprès des Bois , où la grandeur entête ,

Le sort des favoris qui s’osent oublier.

Quelque soumission que cette Fable inspire ,

J’aurois sur ce sujct cncor beaucoup à dire >

Mais comme votre grâce est mon plus doux espoir ,

Je vais trouver Crésus et faire mon devoir.

Fin du second Acte,

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yo ÉSOPE A LA COUR,

GTE III.

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