I.es leur faire sentir, et non pas les leur dire
Et prendre garde encore , en risquant ces leçons ,
Qu’ils ne connoissent pas que nous les connoissons.
11 n’est rien pris du Roi que pour vous je ne fasse ;
Mais n’oubliez jamais , si j’obtiens votre grâce , Qu’eussions-nousl’un et l’autre encor plus de pouvoir, Nous sommes des jetons que le Roi fait valoir.
Comme souverain maître , à qui tout est facile ,
Il nous fait valoir un , ou nous fait valoir mille ;
Et suivant que son choix nous poste mal ou bien ,
Uous sommes quelque chose ou nous ne sommes rien. Sur-tout , souvenez-vous , dans tout ce que vous faites , De n’abuser jamais de la place où.vous êtes :
La Fortune en aveugle ouvre , ou ferme la main ;
Et puissant aujourd’hui , l’on ne l’est pas demain.
Pour vous rendre sensible aux raisons que j’<îtalc ,
J’y vais d’un Apologue ajouter la morale.
LA GUENON et SON MAITRE.
Fable.
Un grand Seigneur avoit une Guenon Qui lui semblait si jolie Qu’il l’aimoit à la folie ;
A ce qu’elle vouloit on n’osoit dire non.
Elle lui demanda s’il auroit agréable
Qu’elle s’assit sur un coin de sa table :
v> Oui , dit-il , ce plaisir me semblera bien doux, o >5 Trouverez-vous bon , lui dit-elle,
» Que , donnant l’essor à mon zelc ,
» Je saute quelquefois sur vous ? »
Pour laisser un champ libre à scs badineries ,
Il consentit sans peine à ce manége-là.
Je ne vous dirai point combien de singeries Elle fit après cela.
Je dirai seulement que flattée, applaudie,
( Qu’elle eût tort ou qu’elle eût raison )
La Guenon , un peu trop hardie ,
Oublia qu’elle étoit Guenon.
Loin d’avoir pour son maître une sincere attache. Devenue orgueilleuse à le voir complaisant,
Un matin , en le baisant ,
Elle arracha la moustache D’un maître si bienfaisant.
Ahl
COMÉDIE Héroïque. 49
» Ah ! perfide , dit-il , qui l’oses méconnoître i « J’ai pour ton insolence un châtiment tout prêt : »Dans un moment tu sauras ce que c’est « Que d’abuser des bontés de son maître Bile eut beau de son crime étaler les remords ,
Et pour rentrer en grâce employer les prières ,
Après vingt coups d’étiiviercs ,
Elle fut mise dehors.
Comme , en toute rencontre , elle étoit malhonnête , Chacun avec plaisir la vit humilier.
Tel est auprès des Bois , où la grandeur entête ,
Le sort des favoris qui s’osent oublier.
Quelque soumission que cette Fable inspire ,
J’aurois sur ce sujct cncor beaucoup à dire >
Mais comme votre grâce est mon plus doux espoir ,
Je vais trouver Crésus et faire mon devoir.
Fin du second Acte,
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yo ÉSOPE A LA COUR,
GTE III.