‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 30 sur 118 · LÉ HOK ÉT LE RAT · texte numérisé non relu

LÉ HOK ÉT LE RAT

Fable.

Un Lion endormi , s’éveillant en sursaut , Rencontre un Bat sous sa patte.

Comme un Lion est fier et qu’il a le sang chaud » Il fulmine , tonne , éclate.

Pour apaiser son courroux .

Le Bac , que la crainte glace ,

Se prosterne à ses genoux »

COMÉDIE héroïque, yj

Et, d’un ton suppliant, lui demande sa grâce. tu L’intervalle est si grand , dit-il , de vous à mol a> Qu’en me faisant périr vous auriei peu de gloire»

SI Et la clémence d’un Roi SS Eternise sa mémoire.

SS Si vous avez la bonté SS De me conserver la vie ,

» La prodiguer par tout pour votre Majesté SS Sera ma plus forte envie, ss Le Lion généreux , mettant la griffe bas,

Sensible à cette requête ,

Fit grâce à la pauvre bête.

Et ne s’en repentit pas.

En poursuivant une proie ,

Trois ou quatre jours après ,

Le Lion pris en des rets ,

Pour s*on débarrasser ne trouve aucune voie.

Par des efforts vigoureux Il tâche à rompre sa chaîne ;

Mais plus il y prend de peine ,

Plus il en serre les noeuds.

De chaque animal qui passe ,

£n vain dans ce péril il attend du secours ;

Quand le destin nous menace ,

Kos meilleurs amis sont sourds.

Le Rat seul , d’un pas agile L’ayant entendu rugir-.

Vient voir à quel usage il lui peut être utile ,

Et sans beaucoup parler cherche à beaucoup agir*

Il s’attache avec soin à rpnger une corde»

Qui de tout rattitail est le noeud gordien ;

Ët par bonheur tout succède si bien ,

Tant de fortune à son zele s’accorde Que du Lion captif il brise le lien ,

Tour le récompenser de sa miséricorde*

rrinccs » qui , pouvant tout , vous croyez tout permis. Aux malheureux soyez toujours propices.

Tels que l’on croit d’inutiles amis ,

Dans le besoin rendent de bons services.

Th ! bien , Seigneur , mes voeux seront-ils exaucés.... Vous ne répondez rien ?

C RÉ su s.

C’est te répondre assez, le Lion me prescrit ce qu’il faut que je fasse :

7e dois. Roi comme lui, comrfic lui faire grâce. Qu’Iphis de mon courroux n’apprehende plus rien; Puisqu’il est ton ami , je veux être le sien.

Seigneur ! ...

Cr ÉS U s.

Je te défends d’oser ouvrir la bouchô Pour me persuader que ma bonté te touche.

Le plaisir le plus grand , trop long-tcms attendu , Par celui qui le fait est toujours trop vendu ;

Tt c’est , je te l’avoue, une tache à ma vie D’avoir été si lent à remplir ton envie.

«Fais moi, je t’en conjure, un plaisir, à ton tour. v> Iphicratc , autrefois roenement de la Cour ,

COMÉDIE Héroïque. 17

V* Qui se fait estimer de tous ceux qui le voient ,

51 Va te rendre visite , et les Dieux te l’envoient.

55 Jamais plus honnête homme à tes yeux n’a paru ;

55 Mais apprends sa foiblcssc; il n’a jamais rien cru.

>5 C’est le cœur le mieux fait que le Ciel ait vù naître, 55 L’ami le plus ardent que l’on puisse connoître,

55 C^éndreux, magnifique, affable, officieux;

55 Pour tout dire , accompli , s’il pouvoit croire aux Dieux. ...

55 II vient ; de son erreur fais-lui voir l’injustice.

» Je i’aime ; et c’est à moi que tu rendras service.

{Il >ori.)

Page 1