LÉ HOK ÉT LE RAT
Fable.
Un Lion endormi , s’éveillant en sursaut , Rencontre un Bat sous sa patte.
Comme un Lion est fier et qu’il a le sang chaud » Il fulmine , tonne , éclate.
Pour apaiser son courroux .
Le Bac , que la crainte glace ,
Se prosterne à ses genoux »
COMÉDIE héroïque, yj
Et, d’un ton suppliant, lui demande sa grâce. tu L’intervalle est si grand , dit-il , de vous à mol a> Qu’en me faisant périr vous auriei peu de gloire»
SI Et la clémence d’un Roi SS Eternise sa mémoire.
SS Si vous avez la bonté SS De me conserver la vie ,
» La prodiguer par tout pour votre Majesté SS Sera ma plus forte envie, ss Le Lion généreux , mettant la griffe bas,
Sensible à cette requête ,
Fit grâce à la pauvre bête.
Et ne s’en repentit pas.
En poursuivant une proie ,
Trois ou quatre jours après ,
Le Lion pris en des rets ,
Pour s*on débarrasser ne trouve aucune voie.
Par des efforts vigoureux Il tâche à rompre sa chaîne ;
Mais plus il y prend de peine ,
Plus il en serre les noeuds.
De chaque animal qui passe ,
£n vain dans ce péril il attend du secours ;
Quand le destin nous menace ,
Kos meilleurs amis sont sourds.
Le Rat seul , d’un pas agile L’ayant entendu rugir-.
Vient voir à quel usage il lui peut être utile ,
Et sans beaucoup parler cherche à beaucoup agir*
Il s’attache avec soin à rpnger une corde»
Qui de tout rattitail est le noeud gordien ;
Ët par bonheur tout succède si bien ,
Tant de fortune à son zele s’accorde Que du Lion captif il brise le lien ,
Tour le récompenser de sa miséricorde*
rrinccs » qui , pouvant tout , vous croyez tout permis. Aux malheureux soyez toujours propices.
Tels que l’on croit d’inutiles amis ,
Dans le besoin rendent de bons services.
Th ! bien , Seigneur , mes voeux seront-ils exaucés.... Vous ne répondez rien ?
C RÉ su s.
C’est te répondre assez, le Lion me prescrit ce qu’il faut que je fasse :
7e dois. Roi comme lui, comrfic lui faire grâce. Qu’Iphis de mon courroux n’apprehende plus rien; Puisqu’il est ton ami , je veux être le sien.
Seigneur ! ...
Cr ÉS U s.
Je te défends d’oser ouvrir la bouchô Pour me persuader que ma bonté te touche.
Le plaisir le plus grand , trop long-tcms attendu , Par celui qui le fait est toujours trop vendu ;
Tt c’est , je te l’avoue, une tache à ma vie D’avoir été si lent à remplir ton envie.
«Fais moi, je t’en conjure, un plaisir, à ton tour. v> Iphicratc , autrefois roenement de la Cour ,
COMÉDIE Héroïque. 17
V* Qui se fait estimer de tous ceux qui le voient ,
51 Va te rendre visite , et les Dieux te l’envoient.
55 Jamais plus honnête homme à tes yeux n’a paru ;
55 Mais apprends sa foiblcssc; il n’a jamais rien cru.
>5 C’est le cœur le mieux fait que le Ciel ait vù naître, 55 L’ami le plus ardent que l’on puisse connoître,
55 C^éndreux, magnifique, affable, officieux;
55 Pour tout dire , accompli , s’il pouvoit croire aux Dieux. ...
55 II vient ; de son erreur fais-lui voir l’injustice.
» Je i’aime ; et c’est à moi que tu rendras service.
{Il >ori.)