IPHICRATE, ÉSOPE
iFHIÇRAtS.
CS M ONsiEUR , de vos vertus le bruit s’étend si loin 55 Qu’on ne peut pour vous voir se donner trop de soin. 55 Aptès un long service , en differentes guerres ,
5> llelégué , par la paix , dans une de mes Terres ,
55 Où , sans ambition , sans amour , sans désir ,
55 Je préféré l’étude à tout autre plaisir ,
» Tout ce que j’ai d’amis , qui m’y rendent visite ,
55 M’ont tant parlé de vous , et de votre mérite ,
*5 Qu’ayant vû ce matin qu’il faisoit un beau jour ,
» J’ai quitté pour vous voir mon tranquille séjour }
5> Et je suis si content d’avoir cet avantage 9> Que mon plaisir paroît jusques sur mon visage.
ÉSOPE
w Si vous en exceptez la rareté du fait,
« l’ignore quel plaisir ma figure vous fait ;
5> Pour me bien définir je ne sais point de phrase.
Iphicrate.
M 3 e viens pour la liqueur , et non pas pour le vase.
» Le corps, quel qu’il puisse 8 tre , est l’ouvrage d’autruij sî Mais la vertu d’un homme est son ouvrage à lui,
» Et je croirois lui faire une injustice extrême , sîSi je ne le voyois par son mérite même.
Ésope.
M Quand j’auroisun mérite à vous frapper les yeujc •> Ne le devrois-je pas à la bonté des Dieux ?
Iphicrate,
» Des Dieux ; bon !
ÉSOPE
Comment! bon?
Iphicrate.
Eh! quoi! vous qu’on renomme , «Vous avez la foiblesse et l’erreur d’un autre homme! >> Vous croyez donc devoir votre mérite aux Dieux ?
Ésope.
« Avant que, vous et moi, nous nousexpliquionsmicux, » Avec qui , s’il vous plaît, ai-je ici l’honricur d’eue i
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COMÉDIE Héroïque.
Iphicrats.
f> On me nomme Iphiciate , et vous m’allcx connoître. » Je ne sais ici-bas d’autre félicité » Que dans une flatteuse et douce volupté.
Non dans la volupté dont le peuple .s’entête ,
V» Qu’on évite ^vcc soin , pour peu qu’on soit honnête , 37 Et qui pour des plaisirs peu durables et faux ,
33 Cause presque toujours de véritables maux.
33 l’appelle volupté proprement ce qu’on nomme 33 Ne se reprocher rien et vivre en honnête homme ,
33 Appuyer l’innocent contre l’iniquité ,
33 Briller moins par l’esprit que par la probité t 33 Du mérite ^primé réparer l’injustice ,
33 Ne souhaiter du bien que pour rendre service ,
33 Être accessible à tous , par son humanité :
3> Non , tien n’est comparable à cette volupté.
33 Votre plaisir est grand , je n’en fais point de doute,, 33 A suivre une si juste et si charmante route.
33 Je ne vous cele point que je suis enchanté 33 De cette délicate et pure volupté.
33 Je rends grâces aux Dieux. . . .
• ipmiCRATi.
Eh ! quoi ! les Dieux encor*?
3> Laisser.-li ces beaux noms . que le vulgaire adore.
33 Peut-on être si foible, avec tant de raison ?
ÉSOPE
33 Vous ne Croyez donc pas qu’il soit des Dieux ï
I4>HICKATE.
Moi? non.
»î Et vous nç le croyez non plus que moi , je pense ?
Ésope.
v> V'ous le conjecturez avec peu d’apparence.
3 ? Sur quoi vous fondez-vous pour n’en pas croire ?
IPHl CRATE.
Mqi?
» Sur quoi vous fondez-vous pour en croire ?
Sur quoi ?
v> J’ai , vous n’en doutez point, pour moi le plus grapd nombre.
Iphicrate. *
« Il est vrai ; mais qui marche à tâtons et dans l’ombre , » Qui bronche à chaque pas , chancelé à chaque point » Et qui les craint si peu que c’est n’en croire point.
91 Les Dieux doivent leur être aux foiblesses des hommes.
Ésope.
v> Ne convenez- TOUS pas que vous et moi noussommes Iphicrate.
» Sans doute.
Ésope.
Croyez-vous que nous venions de rien?
i-> Mon pere avoir son pere , et son perc le sien ;
3î Et que nous patcou rions mes ayeux ou les vôtres,
» Il en faut un premier d’où soient venus les autres.
99 Vous êtes trop prudent pour me nier cela ?
99 Eh ! qui donc, je vous prie , a fait ce premier- là ?
»9 Voilà ?ui quel article il faut qu’on me réponde.
Iphicrate,
COMÉDIE héroïque. ti
IPHICRATl.
» Je crois rhomme éternel de même que le monde.
Ésope.
)) Feut-il être écerncl et sujet au trépas î
v> Il commence et finit , vous ne l’ignorez pas ?
sî Tout être dépendant vient d’un être suprême;
M Et ce que cous voyons ne s’est point fait soi-même.
« Jetez les yeux par-tout, l’a r, la terre , les eaux ,
» Le Ciel , où jour et nuit brillent des feux si beaux » y> L’ordre toujours égal des saisons, des planètes,
« Prouvent par quelles mains elles ont été faites.
Vous qui paroissez être homme ferme, esprit fort,
» Parce que d’un peu loin vous croyez voir U mort , a) Si pat quelque accident , maladie ou blessure ,
Dans une heure, au plus tard, votre mort étoitsûre, n Penseriez-vous des Dieux ce que vous en pensez î Et pour n’y croire pas seriez-vous ferme assez ? al Parlez de bonne foi sur le fait que je pose.