‹ Esope a la cour, comedie heroique, en cinq actes, en versChapitre 61 sur 118 · XX JUGEMENS ET ANECDOTES · texte numérisé non relu

XX JUGEMENS ET ANECDOTES

tems et des mœurs , et l’ignorance de plusieurs allusions sont cause qu’une grande partie de ce sel répandu dans A tistophanc est perdue pour nous j ce qui est aisé à concevoir , puisque même la Comédie des Plaideurs a beaucoup de traits qui n’ont plus aujourd’hui le même agrément que dans la nouveauté » à cause de l’application qu’on en faisoit , du tems de l’Auteur , à des personnes connues. Il y avoir alors , par exemple , un Président si amoureux de son métier qu’il l’cxerçoit dans son domestique. Quand son fils lui représentoit qu’il avoir besoin d’un habit neuf, il lui répon doit gravement : Présente ta requête; comme Dan d in avoir répondu à Petit- Jean ; Présente ta requête comme tu veux dormir y raconte celui-ci à Léandre , dans la seconde scene du premier acte des Plaideurs ; et quand le- fils du Président en question avoir présenté sa requête , le pere y rëpondoit par un soit communique à la mere. »

« Tout Ouvrage satyrique a certains agrémen* que le tems efface j mais l’Ouvrage subsiste toujours quand il contient une critique fine de quelque défaut commun chez les hommes, ot qui mérite d’être tourné en ridicule. Le defaut qui est l’ob-

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|et de CCS deux Comédies est de tous les tems , et a régné à Athènes comme à Paris. Une place qui met un homme en état de décider de la vie et de la fortune des autres , et qui , en même-tems , lui rapporte de l’argent , peut dater son amour-propre et son avarice. Les Poètes Comiques , dans leurs imitations , peuvent et doivent même ajouter au vrai , pourvu qu’ils ne s’écartent pas de la vraisem-. blance. Il n’est pas commun de voir un Juge tel que celui qu’ Aristophane a dépeint j mais il n’est pas impossible qu’il se trouve. Le Dandin des Plaideurs est de même : il croit que sa place ^é•^ levé au-dessus de toute la Noblesse , parce qu’il a. vu des Gentilshommes l’attendre dans sa cour , et, pour se chauffer , venir tourner sa. broche^ ditil , dans la scene quatrième du premier acte. Sa profession est bonne , puisque chaque ruban de son fils lui coûte une sentence , lui dit-il dans la même scene. 11 est fort content des étrennes d*un Juge. Le solliciteur Chicaneau , qui commence sa sollicitation par lui parler d'un quartaut de bon vin muscat , qu'il a fais porter che:^ lui , est écouté le premier. Quand son fils lui propose de tenir des audiences domestiques , il demande qui lui paiera.

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ses vacations j il parle de ses épices» Il dit que sa défunte femme , la pauvre Babonneite , étoit capable d'emporter les serviettes du buvetîcr du Palais» C’étoit la femme du Lieutenant-Criminel Tardieu, laquelle avoir effectivement pris quelques serviettes chez le buvetier , et qui fournit à Racine ce caractère. Le portier du Juge Dandin n’ouvre la porte qu’à ceux qui le payent, et rend compte de ses profits à son maître , qui est encore capable de se laisser corrompre par une autre passion , et qui dit à la jeune Isabelle : ^ qui veux-tu faire perdre la cause ? Il lui propose , pour partie de plaisir , d'aller voir donner la question. Il est porte comme le Juge d’Aristophane à faire du mal j et lorsqu’après s être endormi à l’audience , pendant le plaidoyer de l’intimé pour le chien Citron , dans la troisième scene du cinquième acte , on lui demande un jugement. Il se réveille en sursaut , et prononce : galères ! «

«Ace tableau des extravagances d’un mauvais Juge , le Poète François en a joint un autre dont il n’a point trouvé l’original dans le Poëte Grec j c’est le tableau des extravagances de ceux qui , dominés par la pas&ion de la chicane , sont toujours prêts à

faire

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faire marcher les Huissiers , sans considérer dans combien de procédures et de frais entraînent les plus petits procès. Quoiqu’on ait adjugé à la Comtesse , qui paroît dans cette Piece , une pension suffisante pour vivre honnêtement , elle se trouve très-malheureuse de n’avoir plus la liberté de plaider , mari , pere et enfâns. Elle raconte ses malheurs à Chicaneau , qui a la même fureur qu’elle j et leurs confidences mutuelles se terminent pa&^e querelle qui cause un procès criminel. Une*^ Comédie qui a pour objet de corriger , en riant , de pareilles extravagances , dont on ne voit que tro|[! d’exemples dans le monde , a un objet utile j et , pour faire voir le ridicule de ces passions , elle emploie des bouffonneries qui font quelquefois plus d’effet que des leçons sérieuses. C'est par une de ces bouffonneries que le Poète François fait sentir le ridicule d’une éloquence fort en usage de son tems , et beaucoup plus ancienne , puisqu’elle est toute pareille à celle de cet Avocat de Rome à qui Martial dit : Vous me parlei de la bataille de Cannes et de la guerre de J^ithridate ; parle:[ de mes trois chevres.

Tu Cannas , Mithridaticumque bflîum.,,%

Digitiz:-; Iv- C'iiiigle

fctiir JUGEMENS ET ANECDOTES.

» Magna voces sonas , manuqut totâ i

« Jam. die. Posthume, de tribus capelUs.-st

ec La Comédie des Guêpes et celle des Plaideurs sont semblables en bien des choses , et differentes en beaucoup d’autres. Elles sont semblables parce qu’elles ont un même objet , et elles sont différentes parce qu’elles ont été faites pout amuser deux peuples dont les mœurs sont très* différens. On ne voit point dans Aristophane d’amant déguisé en Commissaire poui^ouvoit entretenir une fille > parce que les Comédies Grecques ne rouloient pas comme les nôtres suc une intrigue d’amour , et même ai||isoient souvent le Peuple et les Spectateurs de bon goût , sans aucun personnage de femmes. Parmi nous c’est une espece de nécessité qu’il y ait une intrigue amoureuse dans toute Comédie , et qu’elle SC termine par un mariage »

cc Riccoboni , dans sa Réformât ion du Théâtre regarde le dénouement des Plaideurs comme dangereux pour les mœurs , parce que c’est , selon lui , un mauvais exemple à donner que celui d’un amant qui, à la faveur d’un déguisement , fait signet à un pere son contrat de mariage.

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Comme une signature surprise de cette façon , s’il étoit possible, ne produiroit jamais dans la société l’effet que le Poëte suppose qu’elle produit dans sa Piece , pour la pouvoir terminer pat un mariage , cette fiction , ne pouvant être regardée q ie comme plaisanterie de Comédie , et , examinée de près , n’étant pas même vraisemblable , ne donne point un exemple qu’on puisse mettre en pratique ; et il secoit à souhaiter que les Pièces de Théâtre n’offrissent- jamais tien de plus dangereux à la jeunesse. Riccoboni ne trouve que ce défaut dans cette Piece , qu’il estime beaucoup. Comme il a fait une étude particulière des Comédies modernes , des différentes na^ fions , et qu’il a lui-même travaillé dans ce genre avec succès , son jugement ne peut qu’être de poids. Voici celui qu’il porte de cette Comédie.»

« La Comédie des Plaideurs de Racine est la

Tiece la plus singulière que j'aie trouvée dans tous

les Théâtres de l'Europe. Il y corrige deux passions,

qui , àla vérité , paroissent rarement dans le monde ;

mais qui ne sont jamais médiocres dans ceux qui s'y

laissent entraîner. Les Juges ordinairement exercent

leurs charges ou avec une attention scrupuleuse , où

Jtxvi JÜGEMENS ET ANECDOTES.

avec une vicieuse nonchalance. On croiroit qu*il ne peut pas y en avoir un seul qui souhaitât avec empressement d'avoir des procès â juger , et Von s’imagineroit plutôt qu'un tel emploi est regardé comme une gêne très pénible. Il est cependant vrai qu'il se trouve aussi des Juges qui ont la fureur de juger : tant il est constant que la malice des hommes peut se faire une passion des choses même les plus sérieuses , et , en apparence , les moins satisfaisantes. D'un autre côté Von entend bien des clameurs contre Z’usage et la nécessité d’avoir des procès. Cependant il n'est que trop vrai qu'il y a des personnes qui ne sauraient vivre sans procès , qui les cherchent , et qui, sur des prétextes très frivoles y attaquent leurs parens , souvent même leurs amis , seulement pour avoir le plaisir de plaider. Racine , avec tout Vart dont il étoit capable , a tourné ces deux passions en ridicule; en sorte que depuis Mohere j’ai peine â croire que le vrai style de la Comédie se soit con-' setvé nulle part aussi-bien que dans la Comédie des Plaideurs. «

« Comme à Athènes la profession de Juge étoit fort lucrative , il y devoit avoir un grand nombre de Juges dignes de la censure d’Acisto-

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pKane ; mais le Poëte Grec qui a tourne en ridicule la fureur de juger n'ayant pas songé comme le Poëte François à tourner en ridicule la fureur de plaider , on peut croire que les Plaideurs n’étoient pas si communs à Athènes que parmi nous. On accuse , en effet , notre Nation d’aimer plus qu’une autre la chicane et les procès. Dans les Lettres sur les Anglais et les François , écrites pat un Suisse , homme Philosophe, et qui avok beaucoup voyagé , voici ce qu’on lit : Si Us OÿUtiers de justice sont en très grand nomlreen France , les gens qui leur donnent lieu d'exercer leurs offices et qui se ruinent en procès , le sont' au-delà de tout ce. qu’on peut dire. Les François sont , sans coiuredit , la nation du monde où il y a le plus de Plaideurs» Quand on les envisage par cetie double folie , on sc souvient des deux personnages ridicules d'une de leurs Comédies , et on est tenté dé faire une appliethr tion plus générale du vers qui les caractérise :

CK L'un veut plaiitr toujours , l'autre toujours juçer. n

scene cinquième du premier acte des Plaidiurs.y* cc On croiroit , à entendre ce Philosophe Suisse , qu’une moitié de notre nation est comt^

xxvili JUGEMENS ET ANECDOTES:

•posée d’ Officiers de Justice et l’autre moitié de Plaideurs. Il est vrai que dans le tems où cette Comédie fut, faite , l’amour de la chicane, étoit beaucoup plus répandu qu’aujourd’hui. Ce fut peut-être ce qui engagea le Pocte à la composer , et peut-être aussi ce qui fut cause qu’on la reçut irès-mal d'abord à Paris. Quand l’Espagnol Cervantes entreprit , par son agréable Roman de D. Quichotte , de tourner en ridicule un défaut très-commun dans sa nation , la manie de la Chevalerie forfantique , il n’y trouva pas d’abord beaucoup de rieurs. «

« Du tems de Racine , nos Avocats avoient encore coutume de remonter au déluge , de raconter des faits inutiles à leurs causes , de remplis leurs discours de longs passages des Anciens , et , pour faire voir leur érudition , de rapporter beau* coup de citations. Cette éloquence avoir été au-« trefois fort à la mode ; témoin Bélievre , qui , demandant à la Reine Élisabeth d’Angleterre la grâce de Marie Stuart , Reine d’Ecosse , dans uii long discours , que rapporte l'Historien de Thou ; jion content de raconter plusieurs traits de l’His- -f pùc ancienne , cite des passages d’Homçre , de

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Platon et de Callimaquc. C’est pour cela que l’on voit dans la Comédie des Plaideurs des passages d’Ovide et de Lucain , et qu’on entend citer , non-seulement le Digeste , mais Aristote , Pausa* nias et des Jurisconsultes qui n’ont pas plus dé rapport à la cause qu’on y plaide que Pausanias , Comme Rebuffe qui écrivit dans le seizième siecle sur les matières Bénéficiales, et Amenophus, Jurisconsulte Grec , qui a écrit sur le droit Bizantin, et dont l’Ouvrage j qui est une espece de Manuel , est nommé , en latin , Promptuarîum. C’est encore ce ridicule, que Racine a voulu ftonder i en faisant crier par Dandin , d’abord à Petit-Jean et ensuite à l’intimé , qu’il interrompt dans leur plaidoyer , scene troisième du cinquième acte ;

fait , au fait , Avocat , au fait ! lesquels, après avoir traîné Icng-tems un grand nombre de longues phrases , finissent par précipiter le peu qu’il y a d’important à savoir , de maniéré à ne pas le laisser seulement entendre. Une anecdote du tems autorisoit cette dërnicre critique de Racine. Un Avocat qui avoit été chargé de défendre la cause d’un homme sur le compte, duquel on vouloit mettre un enfant , s’étoit jetté , à dessein , dans

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