É S 0 PE
Et la belle moisson de pou. °e du printemps.
ÉSOl
Et vous faites ainsi, je pense ?
CYDIAS
Tout le temps.
ORÉTÈS
Que chaque jour apporte une heureuse trouvaille. C'est au mieux !
Et que dit le peuple, qui travaille Lorsque vous lui prenez tout et son dernier bien !
ORÉTÈS
Que dirait-il ?
CYDIAS
Rien.
ORÉTÈS
Carie peuple, ce n'est rien.
Il est né pour souffrir et labourer. Qu'il souffre, Dès que s'éveille l'aube, en son voile de soufre! Qu'importe son destin, pourvu que nous ayons Tous les amours, tous les bonheurs, tous les rayons !
Ce peuple qui soupire avec sa voix éteinte,
Et dont nous entendons si vaguement la plainte
Affaiblie, à travers les chants mélodieux,
C'est la bête qu'on fouaillc et nous sommes les Dieux.
ÉSOFE
Mais quand fondra sur vous la sanglante folie De la guerre, comment la Lydie avilie Saura-t-elle braver les Mèdes chevelus?
Et comment saurez- vous mourir ?
CYDIAS
On ne meurt plus.
J'entends. Ktre un héros, ce n'est plus à la mode. Et tous, vous aimez mieux vivre. C'est plus commode.
CYDIAS
Notre Lydie, ainsi qu'à son riche matin, Excelle à marier les ors avec l'étain.
Elle tisse, pour ses amoureuses paresses Des étoffes ayant la douceur des caresses. Voilà tout.
ORÉTÈS
Nous savons que les guerriers de fer Viendront avec leurs cris dont s'étonne l'enfer. Eh bien ! nous subirons des fortunes diverses Et tôt ou tard, s'il faut que nous devenions Perses. Nous le deviendrons.
Moi, je n'y vois aucun mal.
ORÉTÈS
Rien ne sera changé sous le ciel aromal Et nous vivrons très bien notre vie ordinaire.
CYDIAS
Très bien.
ésope, d'une voix terrible.
Que fais-tu donc là-haut, sombre tonnerre, Puisque tu ne dis rien dans les cieux interdits, Et puisque tu n'as pas foudroyé ces bandits?
(Aux ministres.) Certes, ô lâches cœurs, votre impudence est forte, 0 Dieux ! une figure échevelée et morte Est là, gisante, et c'est la Lydie au beau front, Qui, jadis, rayonnait, vierge de tout affront, Et qui régnait, de fleurs et de joyaux chargée. 0 parricides ! c'est votre mère égorgée, Ayant ses bras charmants blessés par des liens, Et vous vous disputez sa chair, comme des chiens! On voit traîner, sur vos mâchoires pantelantes Quelque lambeau hideux entre vos dents sanglantes, Et, monstres cruels, par le meurtre extasiés, Vous paradez, repus, souillés, rassasiés, Contents de vous, traînant vos barbes dans la fange, Et vous me dites : Viens t'asseoir avec nous. Mange.
Accours. Voici ta part. Fais comme nous, enfin. — Merci! Régalez-vous sans moi. Je n'ai pas faim!
[Ésope sort).