SCENE NEUVIÈME
CYDIAS, ORETÈS
GYDIAS
Il faut perdre ce triste avorton.
ORÉTÈS
Ce difforme.
CYDIAS
Qu'il se brise le front dans une chute énorme!
ORÉTÈS
Ah! s'il a vraiment fait ce que nous avons su, La chose nous sera facile, et ce bossu, Qui sur nous, vomissait l'insulte en son délire, Avant qu'il soit longtemps, aura fini de rire.
CYDIAS
Il faisait l'honnête homme et l'homme de valeur, Mais il ne vaut pas mieux que nous.
ORÉTÈS
C'est un voleur!
CYDIAS
Il volait Crésus. Bon. Nous l'aurions laissé faire.
ORÉTÈS
Mais il nous a bravés. Cela change l'affaire.
CYDIAS
Puis, songeons à ce roi stupide aux lourds colliers,
Qui nous a sottement, naguère, humiliés.
Car l'envoyé secret de Cyrus, — j'en soupire! —
Nous offre assez d'or pour acheter un empire.
Oui, Saroulkha, — tel est son nom — pour tout régler,
A parfaitement su comme il faut nous parler.
ORÉTÈS
Il parle très bien.
GYDIAS
Que notre savoir s'exerce —
ORÉTÈS
Et nous palperons l'or, le bon or de la Perse.
CYDIAS
L'or, c'est la vertu même et le premier des biens.
ORÉTÈS
Cet Ésope, ce fou! qui nous appelait : chiens! Et nous traitait déjà comme des bêtes mortes. Fort bien. Mais nous allons voir.
(Apercevant le Roi, Orètès et Cydias se retirent à l'écart, dans un coin de la scène. — Entrent Crésus, Rhodope et Esope, couvert d'un très riche manteau, suivis de loin par Ceyx, qui demeure au fond du théâtre.)