SCENE PREMIERE
ORÉTÈS, CYDIAS.
cydias, très joyeux.
Oui, compagnon, tandis que le lion rêvant Secoue avec orgueil sa chevelure au vent, Nous sommes les chasseurs, et nous tendons nos toiles. Fils, nous pourrons lever nos fronts jusqu'aux étoiles, Car le Perse n'est pas généreux à demi.
orétès, serrant avec ravissement les mains de Cydias.
Cher Cydias! — Quant au bossu, notre ennemi, Nous le tenons.
CYDIAS
Ah! C'en est fait d'Ésope?
ORÉTÈS
Il sombre Nos esclaves hier ont pu le voir dans l'ombre Maniant lestas d'or, joyeux et plein d'effroi.
CYDIAS
Cet Ésope volait effrontément le Roi.
ORÉTÈS
Et nous le confondrons avant peu, s'il ne cède A nos raisons.
CYDIAS
La peine à son bonheur succède.
ORÉTÈS
Il est temps !
Dès ce soir, nous prendrons un parti.
ORÉTÈS
Enfin!
CYDIAS
Depuis deux ans qu'Ésope était parti, On le croyait, parmi ses diverses fortunes, Mort, oublié, perdu comme les vieilles lunes.
ORÉTÈS
Pas du tout. Il revient de loin.
CYDIAS
Toujours boudeur.
ORÉTÈS
Et le bon Roi, féru de son ambassadeur, Poursuit déjà le cours de ses projets sinistres.
CYDIAS
lien ferait l'égal de nous autres, ministres! Et se réjouit trop à le voir de retour.
ORÉTÈS
Parlons bas. Justement c'est lui qui vient.
(Entre Esope, embelli, transfiguré, magnifiquement vêtu. Il est plongé dans ses réflexions, et ne voit pas d'abord les ministres.)
ORÉTÈS
Bonjour Ésope.
cydias, à Esope.
A cet habit somptueux qui te pare, On voit que parmi nous ta gloire se prépare.
ORÉTÈS
Je te salue.
CYDIAS
Heureux le sein qui t'a conçu!
ORÉTÈS
Tu seras puissant.
CYDIAS
Fier.
ORÉTÈS
Magnifique .
Et bossu.
CYDIAS
La faveur des rois est comme une aube vermeille Où le nuage rose avec l'éclair sommeille.
ORÉTÈS
Elle est parfois hiver glacé, tantôt printemps.
Oui, c'est elle qui fait la pluie et le beau temps.
CYDIAS
Elle est comme ces monts qu'un orage enveloppe De nuit.
ORÉTÈS
C'est égal, sois heureux.
CYDIAS
Bonjour, Ésope.
(Les deux ministres sortent, en cachant à peine leurs rires ironiques. Esope dédaigneux, ne les regarde même pas partir et se livre de nouveau a sa pensée).