‹ EsopeChapitre 8 sur 24 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ORÉTÈS, CYDIAS.

cydias, très joyeux.

Oui, compagnon, tandis que le lion rêvant Secoue avec orgueil sa chevelure au vent, Nous sommes les chasseurs, et nous tendons nos toiles. Fils, nous pourrons lever nos fronts jusqu'aux étoiles, Car le Perse n'est pas généreux à demi.

orétès, serrant avec ravissement les mains de Cydias.

Cher Cydias! — Quant au bossu, notre ennemi, Nous le tenons.

CYDIAS

Ah! C'en est fait d'Ésope?

ORÉTÈS

Il sombre Nos esclaves hier ont pu le voir dans l'ombre Maniant lestas d'or, joyeux et plein d'effroi.

CYDIAS

Cet Ésope volait effrontément le Roi.

ORÉTÈS

Et nous le confondrons avant peu, s'il ne cède A nos raisons.

CYDIAS

La peine à son bonheur succède.

ORÉTÈS

Il est temps !

Dès ce soir, nous prendrons un parti.

ORÉTÈS

Enfin!

CYDIAS

Depuis deux ans qu'Ésope était parti, On le croyait, parmi ses diverses fortunes, Mort, oublié, perdu comme les vieilles lunes.

ORÉTÈS

Pas du tout. Il revient de loin.

CYDIAS

Toujours boudeur.

ORÉTÈS

Et le bon Roi, féru de son ambassadeur, Poursuit déjà le cours de ses projets sinistres.

CYDIAS

lien ferait l'égal de nous autres, ministres! Et se réjouit trop à le voir de retour.

ORÉTÈS

Parlons bas. Justement c'est lui qui vient.

(Entre Esope, embelli, transfiguré, magnifiquement vêtu. Il est plongé dans ses réflexions, et ne voit pas d'abord les ministres.)

ORÉTÈS

Bonjour Ésope.

cydias, à Esope.

A cet habit somptueux qui te pare, On voit que parmi nous ta gloire se prépare.

ORÉTÈS

Je te salue.

CYDIAS

Heureux le sein qui t'a conçu!

ORÉTÈS

Tu seras puissant.

CYDIAS

Fier.

ORÉTÈS

Magnifique .

Et bossu.

CYDIAS

La faveur des rois est comme une aube vermeille Où le nuage rose avec l'éclair sommeille.

ORÉTÈS

Elle est parfois hiver glacé, tantôt printemps.

Oui, c'est elle qui fait la pluie et le beau temps.

CYDIAS

Elle est comme ces monts qu'un orage enveloppe De nuit.

ORÉTÈS

C'est égal, sois heureux.

CYDIAS

Bonjour, Ésope.

(Les deux ministres sortent, en cachant à peine leurs rires ironiques. Esope dédaigneux, ne les regarde même pas partir et se livre de nouveau a sa pensée).

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