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HABITANTS ET ÉTRANGERS

de la variété à la vie publique. D'ailleurs, les principes d'un républicanisme mal entendu ou singulièrement outré, se sont tellement emparés de la masse de la population algérienne, qu'elle tient à voir un haut fonctionnaire se produire en public à l'égal du plus modeste citoyen'; et c'est ainsi qu'elle se croirait blessée dans sa dignité démocratique, si le gouverneur général s'embarquait pour Marseille ou retournait à Alger autrement que comme un simple passager à bord du bateau Valéry, y attendant humblement, avec ses compagnons de voyage, le moment où le capitaine recevrait la malle et pourrait donner le signal du départ. Les Algériens sont très fiers de semblables déploiements de puritanisme républicain, en oubliant le triste effet qu'ils produisent sur les Arabes, jugeant, comme tous les peuples peu civilisés, de la valeur et de la puissance de leurs supérieurs d'après la manière plus ou moins éclatante de leur apparition devant la foule, fait que les Anglais savent si bien apprécier et exploiter à leur profit, en entourant les gouverneurs de leurs colonies de tous les dehors les plus propres à parler aux yeux et à frapper l'imagination de ces grands enfants qu'on appelle Orientaux.

Maintenant, si des fonctionnaires publics nous passons à un autre élément de la société algérienne, celui des étrangers établis dans la ville, nous verrons également qu'il ne faut pas (pour le moment du moins) s'exagérer le contingent qu'ils peuvent fournir au mouvement de la vie sociale. Peu parmi eux sont disposés ou en état de devenir des centres de réunions régulières. D'ailleurs, les chambres élégamment mesquines de leurs maisons mauresques ne s'y prêtent guère ; de plus, quand une réunion a lieu au Mustapha supérieur (et c'est là que sont situées la plupart des maisons européennes), les invités de la ville ont un véritable voyage à accomplir pour s'y rendre, sans même pouvoir se consoler par la pensée qu'à Paris et surtout à Londres les visites exigent aussi de longues courses, puisque dans ces villes la voiture parcourt rapidement des rues éclairées au gaz et alignées sur des surfaces unies, tandis que l'infortuné convive des villas algériennes doit gravir des hauteurs

souvent abruptes et pour la plupart ensevelies dans la plus profonde obscurité.

Enfin, parmi les consuls généraux des différentes puissances européennes, il n'y avait de notre temps qu'un seul qui contribuât au mouvement de la vie sociale, savoir : le lieutenantcolonel Playfair, consul général d'Angleterre, dont le nom rappelle Tune des célébrités scientifiques, et qui, par ses qualités personnelles, justifie cet héritage paternel. Il réunit assez souvent une société choisie dans sa charmante villa mauresque, qu'il a su embellir par des ornements empruntés à ses longs et fructueux voyages dans plusieurs contrées de l'Orient; malheureusement sa demeure aussi est pour ses amis de la ville l'objet d'une course de plus d'une heure.

Après les fonctionnaires officiels, les étrangers établis à Alger et les consuls, restent les indigènes, les colons et les voyageurs de passage. Les préventions religieuses et nationales tiendront pendant longtemps encore les Arabes en dehors de la société européenne, bien que ce soit en Algérie que la fusion entre l'islamisme et le christianisme doive s'effectuer beaucoup plus tôt que dans toute autre contrée à élément musulman. D autre part, les colons proprement dits ne sont pas encore dans le cas de fournir un contingent important au mouvement social; ils sont trop absorbés par leurs travaux agricoles ou industriels; pour éprouver le besoin de franchir le cercle de leurs confrères et de prendre part aux préoccupations mondaines.

Quant aux voyageurs de passage, leur nombre doit nécessairement être assez limité, et dans tous les cas leur apparition plus ou moins momentanée ; c'est ce qui est notamment le cas avec ceux qui ne se plaisent qu'à la recherche d'amusements des salons et d'incidents de voyage plus ou moins émouvants; pour ceux-là, ils découvrent bien vite qu'ils se sont trompés d'adresse en venant à Alger; aussi les uns se hâtent de retourner à Marseille; d'autres, plus courageux, prennent le bateau à vapeur qui leur permet de voir les ports de Bougie, de Philippeville et de Bone, ou bien s'installent dans une diligence

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