‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 107 sur 285 · RESSOURCES SOCIALES · texte numérisé non relu

RESSOURCES SOCIALES

pour y dormir une nuit et se reveiller ensuite à Constantine

Il n'y a par conséquent qu'un nombre comparativement peu considérable de voyageurs sérieux, disposés à s'arrêter quelque temps à Alger, et encore, à moins d'être naturalistes, ils trouveraient trop prolongé un séjour pendant tout l'hiver.

Parmi les voyageurs vraiment remarquables que j'eus l'avantage de connaître à Alger, je dois citer l'abbé Armand David et Charles Yriarte. Le célèbre missionnaire était venu ici pour se reposer de ses longs et pénibles travaux en Chine, où, comme il me Ta dit lui-même, il eut à lutter bien moins avec le fanatisme du peuple, qu'avec l'hostilité des fonctionnaires publics, auxquels il attribue les fréquentes tentatives faites sur sa vie, tant à main armée qu'à l'aide du poison qu'on essaya de lui administrer à trois reprises. L'opinion de l'abbé David n'est point favorable à l'aveuir du Céleste-Empire. Il croit les Chinois irrévocablement condamnés à l'état stationnaire; ce sont, selon son expression, des enfants plusieurs fois centenaires, qui n'auront jamais d'autre puissance que celle exercée par la masse numérique, d'autre activité que celle fondée sur l'obstination, la patience et la résignation. Enfin, le savant abbé pense que leur langue, à elle seule, constitue déjà un obstacle à une éducation sérieuse, car il faudrait toute une vie pour apprendre à fond la langue littéraire, en sorte qu'il ne resterait plus beaucoup de temps à d'autres études.

La visite dont je fus honoré de la part de l'intrépide missionnaire (dont j'ignorais complètement la présence à Alger et que je n'avais pas eu le plaisir de connaître personnellement), me rendit d'autant plus heureux, qu'elle me procura l'avantage de le mettre en rapport avec un homme parfaitement compétent pour l'apprécier, avec lord Lilford, ornithologiste distingué, qui avec son aimable femme était venu passer l'hiver à Alger.

Quant à M. Yriarte, nous ne pûmes malheureusement jouir longtemps de sa société, car son séjour à Alger fut de peu de durée. Occupé de nouveaux projets d'explorations archéologiques en Italie, et connaissant d'ailleurs l'Afrique

qu'il avait parcourue précédemment, M. Yriarte se contenta de saluer la belle colonie qu'aucun Français ne peut visiter sans un sentiment de légitime orgueil, et ne tarda pas à se transporter dans le pays classique, dont il avait déjà étudié avec tant de succès les plus curieux monuments, et où il désirait recueillir des matériaux pour un nouvel ouvrage.

Il me reste encore à dire un mot sur les ressources de la vie matérielle et les moyens de communication avec l'Europe offerts par Alger.

Lorsqu'il s'agit d'une contrée aussi richement douée par la nature, et surtout soumise à l'action de l'industrie européenne, on conçoit que le sol algérien suffit à la production de tout ce qui peut satisfaire les exigences, même rigoureuses, de la vie matérielle; en sorte que, sous ce rapport, on n'a guère grand besoin de l'assistance de la métropole, et les moyens de communication avec celte dernière laissent peu à désirer. Mais quand on veut faire venir de France des objets d'une autre nature, on n'est pas toujours servi avec la ponctualité à laquelle ou aurait droit de s'attendre, et il suffît qu'un envoi adressé de Paris manque le bateau de Marseille pour qu'il arrive à Alger une semaine ou quinze jours trop tard. Mais c'est surtout pour la transmission des journaux et des lettres que les communications entre Marseille et Alger sont défectueuses, lors même que tous les bateaux ont été utilisés; on peut dire que le service postal dessert la ligne Marseille- Alger seulement deux fois par semaine, les lundis et les jeudis. Ce service fait par la compagnie Valéry est obligatoire et responsable pour cette dernière. Il est vrai, un troisième bateau de la compagnie mixte se charge aussi de la correspondance et des journaux, mais à titre officieux et sans être tenu à un terme précis ; ses arrivages à Alger ont le plus souvent lieu les samedis, mais quelquefois un jour ou deux plus tard. Or, jamais on ne sentit plus gravement que cet hiver, l'inconvénient de ne pouvoir compter avec certitude que sur deux arrivages par semaine, de manière à laisser Alger pendant trois jours (de lundi à jeudi) sans aucune nouvelle de l'Europe; inconvénient

Page 1