CONTRÉE ENTRE BORDJ-BOUIRÀ ET AKBOU
nous estimer heureux de profiter de l'hospitalité du commandant, qui éprouva quelque peine à nous loger dans le fort avec nos deux domestiques. Quant à notre cocher, il eut soin de convertir la voilure en chambre à coucher.
On jouit, du fort, d'une vue étendue sur la foliée du Sahel, bordée de taillis d'Oliviers dont l'aspect contraste avec la nudité des hauteurs froides qui entourent le fort. Je descendis avec le commandant dans la vallée pour visiter un jardin potager et un terrain cultivé en céréales qu'il possède. J'ai vu dans le jardin des Eucalyptus plantés (de semences) Tannée passée et ayant déjà acquis 1 mètre de hauteur; les Poiriers étaient en fleur (9 avril), mais, bien que greffés, ils donnent des fruits peu savoureux.
La hauteur qui porte le fort est complètement aride et la roche affleurant partout est un calcaire bleuâtre à cassure conchoïde, à structure généralement homogène et peu cristalline, passant insensiblement à un calcaire crayeux blanc et alternant avec des marnes schisteuses blanchâtres, grisâtres ou rougeâtres, fendues en feuillets et tablettes, ou désagrégées en masses fibreuses; toutes ces roches sont distinctement stratifiées, à couches plus ou moins fortement redressées, souvent plissées et diversement tordues.
Pendant notre séjour (du 8 au 10 avril) dans le fort de Beni- Mansour, le temps était tellement mauvais, que nous fûmes forcés de renoncer à aller visiter les Portes de fery et nous nous décidâmes à partir sans retard pour Akbou, au risque de trouver le Sahel converti par les pluies en un torrent infranchissable.
La contrée que nous parcourûmes pendant trois heures avant d'atteindre l'endroit où nous devions traverser la rivière à gué, était d'abord assez aride, sillonnée en tous sens par des ravins profonds, permettant d'apercevoir uue partie de sa constitution géologique : elle se présente sous forme de dépôts puissants de marnes et sables blancs et rougeâtres, reposant en strates plus ou moins horizontales sur des calcaires marneux qui plongent au nord sous des angles de 40 à 70 degrés. Dans les
parages de Talzimat, petit village kabyle, la contrée devient pittoresque et se revêt d'une végétation plus riche ; on aperçoit quelques taillis d'Oliviers et le gazon est émaillé de plusieurs plantes intéressantes, parmi lesquelles je ne mentionnerai qu'une rare Légumineuse rappelant déjà la flore si originale de la région saharienne, savoir : VAnthyllis traganthoides DC. (Astragalus armatus W.).
Nous descendîmes par une pente rapide et rocailleuse vers le Sahel, qui, fort heureusement pour nous, n'avait pas encore subi l'action des pluies, car son eau formait seulement une bande peu considérable et peu profonde, au milieu du large lit encombré de galets et orné de buissons de Laurier-rose (Nerium Oleander) et de Romarin (Rosmarinus officinalis) . Aussi pûmes-nous effectuer notre traversée très commodément en voiture, et gravir la rive opposée assez escarpée, puis nous parcourûmes une plaine plus ou moins accidentée qui, à peu d'interruptions près, se déploie jusqu'à la hauteur sur laquelle se trouve Akbou, plaine tantôt assez bien cultivée ou revêtue de buissons de Cistes, Lauriers-rose, Lentisques et de touffes de Palmier nain, tantôt aride et complètement nue; sur les points cultivés j'ai remarqué dans les blés une belle Statice (Statice Thoiiini Viv. ou S. œgypiiaca Pers.), remarquable non seulement parce qu'elle est assez rare en Algérie, mais aussi parce qu'elle constitue une espèce appartenant plutôt à la région saharienne. Nous eûmes à traverser successivement plusieurs affluents du Sahel contenant peu d'eau qui paraît varier de nature, selon que les affluents débouchent du côté gauche ou du côté droit de la rivière, les premiers ayant une eau salée ou saumâtre et les deuxièmes une eau douce ; c'est un fait que je rapporte sur l'autorité de l'officier du fort, qui eut la bonté de nous accompagner jusqu'à Akbou avec une escorte de deux spahis.
Quant à la constitution géologique de la contrée comprise entre Beni-Mansour et Akbou, les dépôts de sables de marnes et de conglomérats (ces derniers tantôt solides, tantôt incohérents) plus ou moins horizontalement stratifiés, jouent le