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SINGES DU CAP CARBON

nord de Bougie, quelques pointes de Cidaris, des fragments de tiges d'Encrines, une Bélemnite indéterminable et enfin la Terebralula lacunosa, assez caractéristique en Allemagne, des étages supérieurs du terrain jurassique, ce qui a porté M. Renou à ranger dans ce terrain non seulement le mont Gouraïa, mais encore le Babour et le Beni-Baten, le premier situé à Test et le dernier à l'ouest de Bougie ; mais bien qu'il soit très probable que les blocs calcaires où M. Renou a découvert ces fossiles, viennent du Gouraïa, leur provenance n'offre pas la même certitude que s'ils avaient été recueillis dans une roche en place; et puis, M. Renou signale également sur la plage de Bougie des fragments roulés de calcaire blanc compact, renfermant des nummulites. Il est donc vraisemblable qu'à Bougie nous avons affaire à plus d'une formation, et qu'il faudra de longues et consciencieuses études pour les classer toutes. Au reste, à Bougie comme presque dans toute l'Algérie, le terrain de la géologie scientifique est encore un terrain vierge, promettant aux explorateurs les plus riches récoltes.

Tout le massif de Gouraïa est revêtu d'une belle végétation tant herbacée ou frutescente qu'arborescente; parmi les arbres figurent les Oliviers et les Caroubiers, parmi les buissons on remarque les Quercus coccifera, Calycotoma spinosa, Cistus rnonspeliensis, Pistacia lentiscus et Terebinthus, etc.

Les restes d'anciennes murailles arabes se voient à une hauteur assez considérable de la montagne, et ce fut dans ces parages que j'aperçus à une certaine distance quelques singes paraissant y être assez rares, tandis qu'ils ne le sont pas sur le cap Carbon où s'élève le grand phare ; et comme le sentier abrupte qui conduit au phare est très peu fréquenté, ils y sont devenus assez hardis pour lancer quelquefois des pierres sur ceux qui se permettent de venir les troubler dans ces lieux solitaires, importunité à laquelle ils sont assez rarement exposés.

Vue du sommet du Gouraïa la ville de Bougie ne se présente point comme située sur le revers de cette montagne, mais plutôt comme séparée de cette dernière par une profonde dépression.

En descendant du Gouraïa j'ai observé sur la route qui conduit au fort Clauzel, de curieuses tombes pratiquées dans les marnes schisteuses; ce sont de petites excavations quadrangulaires ou oblongues, dont l'ouverture extérieure est fermée par une brique ; l'enceinte intérieure, généralement assez circonscrite, renferme beaucoup d'ossements humains paraissant y avoir été déposés après la putréfaction du corps, putréfaction qui a dû s'opérer ailleurs, car les excavations sont trop petites pour recevoir un corps étendu dans toute sa longueur. Ces petits monuments sépulcraux très primitifs et d'un genre tout particulier mériteraient d'être soigneusement explorés.

Presque aux deux extrémités opposées de Bougie s'élèvent deux édifices assez considérables : le fort Àbd-el-Kader et la Kasba. Le fort Àbd-el-Kader situé près de la côte, dont il est séparé parla belle route qui longe le littoral, est un vaste mais difforme donjon contenant une vingtaine de petites pièces mal éclairées et humides habitées, du temps des Turcs, parla garnison ; aujourd'hui cette enceinte est convertie en prison militaire, qui au reste ne contenait pas un seul détenu lorsque (le 14 août) je visitai le fort avec le commandant.

L'édifice est bâti en briques cimentées avec de l'argile et du sable pétris à l'état humide, ce qui a donné un ciment grossier mais fort dur; les murailles sont épaisses et solides, mais l'architecture de l'enceinte intérieure est éminemment barbare; dans Tune des pièces on voit des traces d'une mosquée. La plate-forme servant de toit au donjon est revêtue d'une riche végétation, non seulement herbacée mais encore arborescente, qui est venue spontanément convertir cette vaste sur face de dalles en une espèce de jardin touffu, où à côté d'énormes Armoises arborescentes (Artemisia arborescens)y de Lauriers-rose, de Calycotomes épineuses [Calycotoma spinosa). Géraniums, etc., se dressent de beaux Figuiers chargés de leurs fruits précoces, qui apparaissent en avril, mais ne parviennent pas à maturité et tombent promptement pour faire place au fruit normal. L'extérieur du mur de l'édifice est également

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