‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 112 sur 285 · INSCRIPTION PRÉSOMPTUEUSE DE LA KASDA · texte numérisé non relu

INSCRIPTION PRÉSOMPTUEUSE DE LA KASDA

hérissé d'une foule de plantes herbacées et de buissons de Figuiers. A l'entrée du fort, on voit des fûts de colonnes romaines en granité servant de support à la porte; de même plusieurs larges pierres équarries, évidemment empruntées à des constructions romaines, se trouvent çà et là empâtées dans les murs de l'édifice, et j'en ai observé qui offrent des traces, à la vérité, indéchiffrables d'inscriptions romaines. Le fort Abd-el-Kader n'a plus aucune valeur militaire, ce n'est qu'un ornement très pittoresque de la ville. Non loin du fort, mais plus près de la mer, se présentent les voûtes assez bien conservées dune ancienne porte sarrazine; elle était destinée à fermer la ville du côté de la mer, le long de laquelle on voit partout les débris d'un ancien mur qui longeait le versant septentrional du Gouraïa.

De môme que le fort Abd-el-Kader termine la ville du côté de l'ouest, ainsi la Kasba en marque l'extrémité opposée, en se trouvant également placée près de la côte. La Kasba a un aspect bien plus imposant que le fort Ab-del-Kader; ce n'est point une construction sarrazine, mais un monument du moyen âge dont il respire éminemment le caractère. Cet édifice a été construit en 1545 par Pierre de Navarre enjl'honneur de Charles- Quint, ainsi que le prouvent deux belles plaques en marbre portant une] inscription en latin, fort bien conservée, dans laquelle l'empereur est qualifié de Africanus^ épithète destinée à perpétuer le souvenir de la plus impudente adulation dont jamais souverain ait été l'objet, puisqu'elle rappelle les défaites de Charles-Quint et non les victoires qui ajoutèrent si légitimement le titre de Àfricanus au nom de Scipion. Les murs de l'édifice sont assez élevés pour dominer une partie de la ville, ils sont construits soit en brique, soit en belles pierres de taille, probablement empruntées ados constructions romaines, car on en aperçoit encore les débris du côté de la mer où l'édifice moderne repose sur des fondements anciens. l-a vue dont on jouit du haut de la Kasba sur la campagne est plutôt gracieuse qu'imposante, et l'absence des Palmiers si caractéristiques pour l'Orient en général et si communs à Alger ou à Oran, lui

enlève toute teinte locale. La Kasba sert aujourd'hui de dépôt aux munitions militaires ,ainsi que de logement à quelques fonctionnaires de la garnison. La porte par laquelle on sort de la partie orientale de la Kasba encadre le paysage d'une manière fort pittoresque ; elle se trouve flanquée de beaux rochers de conglomérats se rattachant probablement à la grande formation de calcaires foncés qui domine à Bougie. C'est de cette porte que se présente très gracieusement le fort Clauzel couronnant l'un des éperons du Gouraïa.

Bougie n'offre que peu de restes d'antiquités romaines; on peut citer, dans ce nombre, une accumulation de débris réunis dans la rue Saint-Joseph et parmi lesquels on découvre beaucoup de fragments de mosaïque; dans la même rue on voit un magasin de blé dont le plancher est criblé de mosaïques probablement romaines; de plus, dans la cour de l'église Saint-Joseph j'ai observé plusieurs tronçons de colonnes en granité; enfin, des restes d'anciennes citernes sont répandus presque partout, particulièrement dans la proximité du fort Baral; seulement il n'est pas toujours aisé de distinguer l'époque de leur construction et surtout leur origine arabe ou romaine. L'architecture mauresque n'a laissé également que peu de monuments à Bougie, où Ton chercherait en vain ces maisons pittoresques, qui à Alger servent d'habitation à tant d'Européens ou sont consacrées aux besoins de l'administration ; en sorte que sous ce rapport Bougie a un caractère bien moins oriental qu'Alger.

La garnison de la ville ne comptait, de mon temps, qu'environ 400 hommes suffisant, dans les conditions actuelles, à maintenir et à surveiller les points stratégiques dont Bougie est pourvue et parmi lesquels figure surtout le fort Baral, indépendamment des importantes fortifications en voie de construction.

Bougie a l'avantage sur Alger d'être beaucoup plus près de la campagne, en sorte qu'on a partout, et souvent sans sortir de la ville, des promenades délicieuses : telle est la promenade aux oliviers, et celle aux cent fontaines, etc. ; ce sont autant de

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