‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 114 sur 285 · RESTES D'ANTIQUITÉS A CONSTANTIN E · texte numérisé non relu

RESTES D'ANTIQUITÉS A CONSTANTIN E

Et n'oublions pas que les musulmans professent la plus grande vénération pour de telles cérémonies quand il s'agit de leurs coreligionnaires, tandis que les Français respectent chez les musulmans ce qu'ils n'affectionnent que médiocrement chez eux-mêmes, car on sait qu'en France les manifestations religieuses faites en public se simplifient ou s'effacent de plus en plus, de même que l'observation des fêtes de l'Église, ainsi que j'en ai eu la preuve à Constantine, où le jour de Pâques (le 21 avril) se passa exactement comme un jour ordinaire. Il est vrai, l'archevêque officia à la cathédrale, mais les travaux publics et privés n'en allèrent pas moins leur train accoutumé, ce qui est bien loin d'être le cas partout en Europe et encore moins en Orient, où le Baïram, équivalent de notre jour de Pâques, est célébré avec une pompe bruyante, à laquelle prend part également toute la population musulmane de l'Algérie. . Les Arabes comme leurs prédécesseurs n ont laissé à (Constantine que peu de monuments de leur domination, malgré le rôle important joué jadis par cette cité. Les quelques débris antiques recueillis daus la ville ou les environs se trouvent échelonnés tout autour de l'un des deux squares situés hors de la porte de Vallée et servant de promenade publique. On y voit plusieurs fragments de statues antiques, des reliefs et des pierres portant des inscriptions romaines dont quelques-unes très élégamment tracées. Parmi les Bgures en relief, il en est dont le costume se rapproche singulièrement de celui des Arabes; ce sont des draperies très aualogues à celles du burnous, ainsi que des coiffures rappelant le turban et même la corde de chameau. A l'extrémité du square se dresse un remarquable monolithe de syénite, roche inconnue dans les environs de Constantine. C'est une colonne dépourvue de chapiteau ; on Ta placée sur un piédestal afin de mieux faire ressortir cette belle pièce.

Au reste, sans parler des nombreux monuments antiques signalés à Constantine par les anciens voyageurs, notamment par Thomas Shaw (1738), mais dout il n'existe plus une trace quelconque, il est plus que probable que bien des décou-

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veries archéologiques ne manqueront pas d'avoir lieu, soit à la suite de fouilles opérées dans celte vue, soit à l'occasion des nombreuses constructions nouvelles qui se multiplient dans la ville. Ce sont précisément les trouvailles inattendues, révélées par le hasard, qui seront les plus fréquentes, car tous les jours le soc du laboureur ou la bêche du jardinier mettent à nu des débris de poteries et môme des pierres tumulaires chargées d'inscriptions. Ainsi, M. Reboud me conduisit dans un jardin potager situé dans la partie supérieure du mont Koudiat- Ati (non loin de la pyramide Damremont), où le propriétaire, en faisant creuser une excavation de moins d'un mètre de profondeur, y trouva un grand nombre de crânes dont l'origine ne saurait laisser aucun doute, parce qu'ils sont associes, non seulement à des fragments de lampes et de briques romaines, mais encore à une belle pierre tumulaire sur laquelle j'ai pu lire ces mots admirablement tracés : Q. Sempronius Cress. (abréviation de Crescens), vixit annos L., H. S. E. (hicsitus est).

Mais si le temps et surtout les ravages exercés par les peuples divers qui se sont succédé dans cette contrée, en ont fait disparaître les monuments du passé, les œuvres bien autrement grandioses de la nature placent Constantine au nombre des localités les plus remarquables et les plus originales du monde, et c'est bien à de telles œuvres que les voyageurs devraient réserver toute leur admiration, au lieu de la prodiguer à quelques représentants d'architecture mauresque, qui, même comme tels, s'évanouissent complètement auprès de ce que tant d'autres villes de l'Orient peuvent offrir dans ce genre.

Parmi ces prodiges de la nature, brille au premier rang la ceinture magique de cataractes écumantes et de falaises pittoresques tracées par le Rummel autour du splendide rocher sur lequel la ville est venue se jucher comme un nid d'aigle. Depuis bien longtemps cette prestigieuse vallée circulaire a été l'objet de l'admiration et de descriptions diverses; mais ce fut seulement au dernier siècle que les observateurs ont pu y porter le flambeau de la science moderne. Aussi, depuis l'ancien voya-

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