RAVIN DU RUMMEL
geur danois, le savant (quoique pas toujours critique) Schaw, jusqu'à nos jours, les descriptions du sublime ravin du Rummel se sont multipliées, et j'ai d'autant moins la prétention d'y ajouter rien de nouveau, qu'étant accompagné de%ma femme, j'avais cru devoir lui épargner la fatigue de pénétrer dans les voûtes presque souterraines où le Rummel continue son cours. Je vous raconterai donc brièvement mon excursion faite sous la direction de M. le Dr Reboud dont l'inépuisable bienveillance a rendu notre séjour à Conslantine aussi agréable qu'instructif.
Le 20 avril, nous sortîmes par la porte Valée et longeâmes les lisières nord-ouest et nord du groupe de rochers qui portent Constanline. Un sentier nous conduisit à l'endroit où le Rummel se fraye un passage à travers la série de ces rochers en les divisant en deux groupes : celui de l'ouest qui occupe la majorité de la ville et celui de l'est qui en contient une partie, notamment le bel édifice de l'hôpital civil. Ici le lit du Rummel forme une vaste plate-forme, une espèce de pavé composé de rochers à surface unie ou mamelonnée, au milieu duquel serpentent une foule de filets d'eau qui, dans la saison pluvieuse, grossissent au point de former une magnifique cataracte, à laquelle la plate-forme sert de gradin inférieur sur lequel les eaux se précipitent d'une hauteur de plus de 60 mètres. A l'époque où nous étions, on pouvait parcourir la plate-forme assez commodément en enjambant d'une dalle à l'autre. Dans la direction du sud, on voit les rochers qui encaissent des deux côtés cette vallée rocailleuse projeter leurs saillies de manière à former des ponts pittoresques, se dressant comme autant de voûtes fantastiques suspendues au-dessus du torrent. Parmi les rochers qui s'avancent des deux côtés sans se joindre, on en voit un désigné par le nom de Rocher de F adultère, parce que les Arabes avaient l'habitude peu charitable de précipiter de là les femmes convaincues d'infidélité. Cette roche tarpéienne arabe fut récemment le théâtre d'un drame non légendaire, mais d'une horrible authenticité historique : au moment où les Français effectuaient leur entrée triomphale dans la ville, un
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grand nombre de femmes avec leurs enfants crurent devoir chercher leur salut en se faisant descendre du rocher sur des planches attachées par une corde. Malheureusement celle-ci se rompit et causa ainsi la mort terrible de ces pauvres insensées qui, jugeant les Français par leurs compatriotes, avaient été persuadées que la victoire devait nécessairement condamner les vaincus à l'esclavage, au déshonneur ou même à la mort.
Nous ne poussâmes pas notre marche dans le lit du Rummel au delà du second pont uaturel, cardansces parages le Rummel s'enfonce de plus eu plus dans une fissure étroite, souvent fermée de tous côtés comme un tunnel, pour reparaître ensuite (au sud-ouest de Constantine) et continuer à longer la lisière méridionale du rocher, en coulant au fond de précipices extrêmement pittoresques.
Pour sortir de la vallée du Rummel, nous traversâmes la vaste plateforme constituant ici le lit (temporairement sec) du torrent, et nous suivîmes un sentier verdoyant le long de la lisière orientale des rochers de Constantine et conduisant aux sources chaudes. Les Opontia (Opuntia ficus indica) dont les pentes dos rochers sont hérissées, donnent à ces parages une teinte méridionale qu'en général la contrée de Constantine ne possède guère. Au reste, tout le sentier que nous parcourûmes jusqu'aux sources chaudes, est revêtu d'une riche végétation et les fissures des rochers pullulent de plantes souvent plus ou moins rares l.
1. M. le colonel Paris a publié (tftt^m5oc.6o(.^Fr., an. 1871, t. XVIII, p. 252) une liste de plantes spontanées qui croissent dans les environs de Constantine et les montagnes limitrophes, telles que Djebel-Ouaeh, Sidi- Mecid, Djebel-Chittabah, etc. Cette liste ne contient pas moins de 75 4 espèces (y compris les Fougères et les Lycopodiacées) ; dans ce chiffre si élevé, les Monocotylédones ne figurent qu'au nombre de 167, parmi lesquelles les Graminées, Cypéracées et Juncacées comptent 116; les Fougères ne sont représentées que par 8 espèces, les Equisétacées par une seule, de même que les Lyco» podiacées. Le chiffre restreint des Fougères fait ressortir l'importance que possède sous ce rapport le ravin des Singes près de Uiidah, où j'ai pu constater pas moins de 13 espèces de Fougères, et pourtant ce ravin ne ligurerail que comme un point presque imperceptible dans la vaste étendue qu'embrassent les environs de Constantine (les groupes montagneux y compris).