‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 119 sur 285 · SILPHIUM DES ANCIENS · texte numérisé non relu

SILPHIUM DES ANCIENS

probable que tes oiseaux , les insectes ou tes vents auront transporté les semences de cette Composée du pays des hauts plateaux où M. Cosson l'avait découverte. Parmi les autres plantesque j'ai observées, je ne mentionnerai que les suivantes : Lavatera stenopetala Coss. et Dur., gigantesque et rare Mal vacée, connue seulement dans la province de Constantine, de même que la belle Stachys Duriœi de Noé ; Calycotome spwosa, moins vigoureuse et bien moins fréquente qu'à Alger ; Anchusa italica, à feuilles plus rigides qu'en Europe ; Antirrhrinum calycinum Bosc., et Senecio delphinifolius Vahl., deux plantes rares en Algérie; Hedysarum coronatum, Pyreintm Myconis, Centaurea acaulis, dont la racine est d'un grand usage chez les Arabes pour teindre la laine» et les peaux en jaune : on voit cette racine en quantité sur les marchés de Constantine (où elle est connue sous le nom de Rejagnou) ; Bupleurum prostratum, Daucus grandiflorus Desf. (rare), D. aureus DC, connu seulement dans la province d'Oran; Tkapsia garganica, très commun dans toute celte contrée; ses pétioles dilatés, terminés par un commencement de feuilles, sont revêtus d'une poussière farineuse blanche, dont le contact irrite la peau ; la racine et la tige exsudent un liquide blanc qui, pris à l'intérieur, est d'un effet fortement purgatif , et les Arabes s'en servent fréquemment. Si le thapsia (ou sa variété) est réellement le célèbre Silphium des anciens, on aurait peine à comprendre qu'une plante aussi commune dans cette partie de l'Afrique, ainsi que dans le midi de l'Italie, ait pu avoir été considérée comme assez rare pour être vendue au poids de l'or, d'après le témoignage de Strabon.

D'ailleurs, malgré les assertions du docteur Laval, les propriétés médicinales attribuées par les anciens à cette plante sont loin d'avoir été justifiées par les essais qui ont été faits dans cette voie, en sorte que les objections qui s'élèvent contre l'identification du Silphium et du Thapsia garganica suffisent pour la rejeter définitivement. C'est aussi l'opinion formulée par M. F. Uerincq dans son travail intitulé : La vérité sur le prétendu Silphium de la Cyréndique, Paris, 1879; ce savant

n'admet même pas que le Silphium figuré sur les médailles cyrénarques rappelle le Thapsia garganica1.

M. Reboud m'apprit que le Djebel-Chilaba (montagne qui porte le télégraphe) peut être considéré, malgré son élévation peu considérable au-dessus de Constantine, comme un représentant des hauts plateaux, notamment du plateau deSétif dont la flore diffère beaucoup de celle des environs de Constantine ; ainsi ces derniers ne possèdent point les plantes caractéristiques pour le Chitaba, telles que : Senecio giganteus^Santolinaincana^ Polygala rosea; Ophrys kircina, etc., toutes plantes rares en Algérie, presque exclusivement limitées à la zone des plateaux.

Les deux excursions que j'avais faites, Tune à Test (Djebel- Ouach) et l'autre à l'ouest (mont du Télégraphe ou Chitaba) de Constantine, ont été complétées par celle que j'effectuai dans une troisième direction en me rendant à la localité nommée

1 . C'est à l'est de la Cyrénaïque que les anciens signalent une autre plante précieuse sous le nom de Lotos, dont l'identification avec nos plantes connues oppose autant de difficulté que le mystérieux Silphion. MM. Cosson etDoumet- Adanson croient, il est vrai, pouvoir rapporter le Lotos à notre Dattier (voy. ma note sur le Silphion et le Lotos, dans mon édition française de la Végétation du Globe de Grisebach, v. II, p. 140). Pourtant, la description que donnent les anciens du Lotos ne parait guère favorable à celte hypothèse, ainsi que le prouve le passage suivant de Polybe, qui nous a été conservé par Athénée et que je rapporte en entier, eu égard à l'intérêt qu'il présente. Or, Athénée (Deiphnosaphste, L. XIV, 67) dit : c Polybe décrit à peu près comme Hérodote, de la manière suivante, le Lotos qu'il a vu lui-même en Lybie : C'est un arbrisseau peu considérable ; il est scabre et épineux et a une feuille verte semblable à celle du Rhamnos, mais plus large et d'un vert plus foncé. Tant par sa couleur que par sa grosseur, le fruit rappelle d'abord celui du Myrte, mais plus tard il se colore en pourpre et atteint la grosseur des olives rondes. Le noyau est très petit Quand le fruit est mûr, on le cueille. Ce qui est destiné aux esclaves est écrasé avec le noyau dans un vase, mais pour es citoyens l'opération a lieu après l'élimination du noyau. La substance ainsi préparée est consommée. Son goût rappelle celui de la figue ou de la datte, mais avec plus d'arôme. On en fabrique du vin en écrasant et macérant les fruits dans l'eau, ce qui rehausse leur saveur et donne au liquide le goût d'un bon hydromel. Ce vin se boit sans eau, mais il ne se conserve pas au delà de six jours ; aussi n'en fabrique-t-on que de petites quantités destinées à la consommation immédiate. On en fait également du vinaigre. >

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