CONTRÉE ENTRE CONSTANTINE ET LA PÉPINIÈRE
Pépinière, en sorte que ces trois excursions me fournirent autant de coupes ou sections géologiques, dans trois directions opposées, car la Pépinière est située à 3 kilomètres au sud de Constantine, près de la jonction du Ruuimel avec le Bou-Merzoug. Au reste, en dehors des considérations scientifiques, la course à la Pépinière avait pour moi également l'intérêt d'une élude de mœurs locales, car ce qu'on désigne par le nom de Pépinière est un délicieux endroit ombragé, sillonné d'allées et de sentiers pittoresques, et qui avait été jadis destiné à la culture d'arbres; mais, bien que ces plantations aient été abandonnées, la Pépinière est restée un lieu de promenade très fréquenlé par les habitants de Constantine, et comme nous étions au second jour de Pâques, époque à laquelle une grande foule a l'habitude de se rendre ici pour se livrer à toutes sortes de divertissements champêtres, c'était une occasion de jouir d'un spectacle qui ne pouvait manquer d'avoir un certain attrait.
Nous sortîmes par la porte de Kautara et traversâmes le pont passant par-dessus le magnifique ravin au fond duquel coule le Rummel, dont nous remontâmes la verdoyante vallée. Les hauteurs qui la bordent offrent de belles dénudations de calcaire exploité sur plusieurs points ; la roche est de teinte grisâtre ou blanchâtre, à cassure esquilleuse ou conchoïde, traversée de filons puissants de kalkspath jaunâtre, cristallisé en masses en forme de colonnes fibreuses. Sur plusieurs points, M. Tissot (qui, de même que M. Reboud, nous fit l'amitié de nous accompagner) me signala des traces incontestables d'hippurites dont d'ailleurs il possède des exemplaires assez complets. A ces calcaires succèdent des schistes marneux, noirs à strates plus ou moins redressées, et se désagrégeant en feuillets ou fragments menus; M. Tissot les rapporte à l'étage tertiaire inférieur; plus loin, près du pont du Bardo, ces schistes éocènes sont remplacés par des schistes néocomiens où M. Tissot a trouvé des bélemnites. Sur les deux bords de la vallée, ces dépôts divers sont fréquemment recouverts par dessables rouges avec conglomérat, souvent très puissants; ces derniers occupent près de la Pépinière les deux rives du Bou-Merzoug, tout en
laissant percer les schistes néocomiens, surtout sur le bord droit du Bou-Merzoug. Ce cours d'eau est ici assez insignifiant^ mais a cela de remarquable, que, selon le colonel PI a y fa ir, ses sources, situées à 60 kilomètres environ au sud de Constantine, non loin des chatts (lacs) Tinsilt et Mzouri, sout habitées par un petit poisson, Tellia apoda, exclusivement propre à cette localité, et qui n'a été observé nulle part ailleurs.
La contrée parcourue ejitre Constantine et la Pépinière est revêtue d'une belle végétation, dont l'immense majorité est parfaitement spontanée, car les espèces cultivées ne se présentent que sur un petit nombre de points, comme, entre autres, dans la belle avenue où Ton entre au sortir de Constantine, et qui est bordée de quelques Gervillia robusta, justifiant à la vérité très peu leur dénomination spécifique, ainsi que de vigoureux Melia Azedarach, subspontané en Algérie, dont les feuilles commençaient à peine à s'ouvrir (le 22 avril); mais plus loin, la végétation n'est plus représentée 'que par ses éléments indigènes, abondamment répandus sur les hauteurs dont est bordée la route qui conduit à la Pépinière. Parmi les nombreuses et belles espèces qui s'offraient à mes yeux de toutes parts, je ne mentionnerai que les suivantes1 :
Owmis nalrix, var. autlralis Coss., variété propre à l'Algérie, tandis qu'on y voit assez rarement la plante normale si connue en Europe.
Hedysarum capitatum.
Anthyllis vulneraria, var.
r. Argyrolobium Lirweanum Walp.
r. Astragalm caprinus, à belles fleurs aunes.
Oihotma chtirifolia presque exclusivement limité à la province de Constantine.
r. Kûlbfutùa Mulleri Schulc.
r. Pimpinella lute*.
r. Silène pseudo-atocwn.
Solenanihuê knatus.
r.BiêCutella ChouUUi JoroL, signalé jusqu'à présent seulement à Bône. |
Erodium guttatum W., commua sur les hauts plateaux d'Oran, mais rare ailleurs.
Glaucium corniculatum.
r. Heseda Durœana J. Gay , propre à ta
province de Constantine.
r. Salvia viridis.
r. Hypericum lanatum.
Imperata cylindriœ.
SUpa tortilis.
r. — parviflora DesL r. — barbata î>esf., revêt ici des espaces étendus qui paraissent autant de surfaces ondoyantes, à cause des oscillations continuelles de ses barbes longues et flexneuses.
r. Carex hirta Desf .
1. Les plantes marquées de r sont plus ou moins rares en Algérie.