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LA PÉPINIÈRE

Avant d'arriver à la Pépinière, nous visitâmes la jolie propriété de M. Bernard Jouando, située sur notre route. M. Jouando est un riche colon, très populaire parmi les Arabes, qu'il traite avec égards et générosité, les payant toujours en or (qu'ils préfèrent beaucoup au papier, bien que l'un et l'autre soient au pair); aussi jouit-il de l'avantage de leur acheter leurs meilleurs moutons, qu'il engraisse et revend pour une somme d'environ soixante mille francs par an. Son jardin est orné d'un beau kiosque dont les sièges et les tables sont ornés de coquilles ettle magnifiques cristaux de kalkspath fibreux. Parmi les arbres du jardin figurent les Cratœgus iaurifolius elRubus fruticosus, var. discolor Coss.

A mesure que nous approchions de la Pépinière, on voyait la route sillonnée, au milieu de nuages de poussière, par une multitude de petits véhicules de louage, chargés d'une foule bigarrée se rendant k la fête; on eût cru se trouver dans un des faubourgs de Paris. La Pépinière est une espèce de parc, à surface accidentée, longeant la rive droite du Bou-Merzoug ; les bosquets touffus alternent avec des pelouses verdoyantes parcourues en sens divers par de spacieuseallées ombragées de pins d'Alep vigoureux et des frênes {Fraxinus excelsior) ; les feuilles de ce dernier étaient à peine écloses (22 avril).

Au milieu de cette espèce de parc se trouve un café de belle apparence, devant lequel, sur une plate-forme spacieuse, s'exécutaient des danses au son d'un orchestre que n'auraient pas désavoué plusieurs de nos villes d'Europe. 11 était curieux de voir, sur le sol africain, se reproduire des scènes de la Chaumière Indienne et du bal Yalentino; les danseurs et danseuses étaient tous de la classe inférieure du peuple et exclusivement Français, ou du moins Européens. Parmi les promeneurs, on voyait très peu d'Arabes, mais beaucoup de Juifs, deux races dont l'antagonisme n'a fait que s'accroître depuis que, sous la domination française, la race juive a été placée dans une position politiquement supérieure à oelle des Arabes, tandis que sous le régime ancien, 1e Juif était séparé de l'Arabe par la distance qui sépare le maître de l'esclave, distance n'ayant point

disparu encore complètement dans les contrées musulmanes; aussi, en Algérie, le Juif est pour l'Arabe un objet d'insurmontable répulsion, et il ne manque jamais de manifester ce sentiment, chaque fois qu'il peut le faire avec impunité, soit par un croc-en-jambe, soit par un coup de couteau. Excepté les danseurs, on voyait sur les pelouses et dans les bosquets des groupes prenant leur repas champêtre, exactement comme on le voit les jours de fête dans les environs de nos villes et villages* Tout cela réuni aux uniformes des militaires, qui figuraient en grand nombre au milieu des spectateurs et des promeneurs, donnait à cette réunion quelque chose de pittoresque que les Arabes contemplaient à distance en hommes ne croyant pas encore le moment venu d'y prendre part, car si dans les salons d'Alger on voit de temps à autre un jeune chef arabe essayer timidement quelques pas de contredanse, ce sont là de ces innovations hardies que ses compatriotes n'osent pas condamner sans réserve, mais qu'ils préfèrent soumettre à l'épreuve du temps, dont ils ont déjà reçu des enseignements si inattendus.

Avant de quitter Constanline, j'ai été visiter le Service des mines auquel est consacré un édifice considérable dans la rue Nationale, non loin de la grande mosquée. Les chambres, bordées d'armoires vitrées, sont spacieuses; mais M.Tissot, directeur de ce bel établissement, n'avait pas encore eu le temps de déballer tous les minerais, ainsi que les collections paléontologiques ne contenant que des fossiles non encore déterminés, fort riches, du reste, M. Tissot ne s'occupant pas spécialement de cette partie de la science, et d'ailleurs, ne possédant guère de termes de comparaison pour se livrer à de telles études. Quant aux collections minéralogiques (celles du moins qui ont été déballées), elles sont parfaitement déterminées, surtout les minerais, représentant assez complètement les richesses minérales de la province de Constantine. Parmi ces minerais, il en est qui renferment des substances rares, telles que le Nadolite, un chloro-phosphate de plomb, provenant des parages de Guelma, ainsi que le Senarmontite de la même pro-

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