BATNA. SON CLIMAT
trace. Mais aussi, l'altitude de Batna est de 1051 mètres, et douze jours avant notre arrivée, il y avait gelé assez fortement, ce qui, m'a-t-on dit, n'arrive qu'assez rarement.
Au reste, le climat de Batna paraît offrir des variations considérables, selon les années. Ainsi, les données suivantes résultent des observations météorologiques faites dans cette ville en 1853, sous la direction du général Desvaux1: température moyenne annuelle, 15 degrés; moyenne hivernale, 6,7; moyenne printanière, 10; moyenne estivale, 27,4; moyenne automnale, 17,3; mois le plus froid, 6,1 (février); mois le plus chaud, 31,6 (juillet); maximum absolu, 37,8; minimum absolu, 0.
De plus, M. Cosson fait observer que Tannée 1858 fût à Batna particulièrement pluvieuse, car il y plut chaque mois de Tannée, avec neige en janvier; la première neige étant tombée le 28 novembre et la deuxième (en plaine) le 27 mars. Or, ce qui prouve que Tannée 1853 était réellement d'une nature éminemment exceptionnelle, surtout sous le rapport des précipitations aqueuses , c'est que dans son travail sur la répartition des pluies, M. le docteurOttoKrumel1 donne à Batna une moyenne annuelle plu viom étriqué de 440Bp>,6, moyenne probablement Tune des plus faibles en Algérie après Biskra, même en admettant celle que cet auteur lui attribue.
Bien que dans les environs immédiats de Batna la contrée soit plus ou moins aride et déboisée, elle n'en offre pas moins, à une certaine distance de la ville, de beaux pâturages, c'est pourquoi la viande de boucherie y est excellente, avantage dont jouit d'ailleurs la majorité de la province de Constantin©, où le bœuf, le mouton et même la volaille sont de qualité aussi supérieure que médiocre dans les autres provinces, surtout à Alger, fort mal partagé sous ce rapport. La vigne vient également très bien à Batna ; on y fait un vin rouge rappelant
celui connu à Constantine sous le nom de vin de Hamma, seu<*
1. Voy, E. Cowm, Rapport d'un voy. bot. en Algérie, de PhUippeviUê à Biskra, etc., p. 147.
S. ïeitschrifty etc., toc. cit.
le me nt, le vin de Balna est plus forl et tient davantage à la nature des vins ordinaires espagnols, trop capiteux et trop lourds.
La garnison de Batna est peu considérable, mais suffit à toutes les exigences de la sécurité et de la paix publique. Les forces militaires stationnées à Batna et dans la contrée limitrophe sont sous les ordres du général de brigade Logerot, parfaitement familiarisé avec les mœurs des diverses tribus du désert, dont il a parcouru et étudié les régions les plus importantes. Il a bien voulu me communiquer beaucoup de renseigne* ments intéressants sur les nombreuses et puissantes tribus des Touareg (selon M. Mercier, de la même race que les Berbères, autrement nommés Kabyles) qui, heureusement pour la France, paraissent encore être complètement dépourvus d'armes à feu, moins parce qu'elles seraient incapables d'en fabriquer elles-* mêmes, que parce qu'elles ignorent la composition de la poudre et ne peuvent s'en procurer que très difficilement. Mais à défaut d'armes européennes, les Touareg ont perfectionné leurs flèches et carquois dont le général Logerot a rapporté une curieuse collection ; la pointe de fer qui termine ces flèches est tout à la 'fois d'une finesse et d'une solidité remarquables ; des flèches de cette nature doivent causer des blessures profondes, en sorte qu'entre des mains exercées, c'est encore une arme assez respectable.
En nous rendant de Batna à la gorge de Kantara, où nous devions passer la nuit, nous parcourûmes des plaines arides à gazon rare et maigre, ornées çà et là par l' Othonna cheirifolia et le Cynara carduncellus. A 28 kilomètres de Batna, on voit, près du petit cours d'eau le Ksour, une maison en pierre destinée à l'usage des voyageurs et qualifiée de karavanserài, nom très usité en Turquie ainsi que dans tout l'Orient pour désigner les établissements ayant cette destination ; seulement, tandis que presque toujours les qualifications de ce genre promettent plus qu'elles ne donnent, en Algérie, au contraire, c'est l'inverse qui a lieu, car ce qu'on appelle en Turquie ou en Perse un karavanseraï n'est qu'une enceinte immonde et complète-