LE KSOUR
ment vide, consistant en un plancher fangeux ou poudreux et quatre murs dégradés, enceinte dans laquelle les pèlerins s'entassent pêle-mêle et ont pour lit et pour nourriture le tapis et les provisions qu'ils ont apportés avec eux; tandis que les karavanseraï algériens sont réellement de petites auberges tenues par des Français, meublées à l'européenne, pourvues de lits, d'une cuisine et d'une écurie. -
Le Ksour, situé tout à côté du karavanseraï de ce nom, est un mince filet d'eau coulant dans un ravin profond, de 5 à 6 mètres au-dessous du niveau de la plaine; ses rives sont formées par deux parois élevées, souvent abruptes, composées de sables marneux et de galets horizontalement stratifiés. Il est probable qu'ils ont été déposés par les eaux du Ksour à une époque où elles pouvaient s'élever à cette hauteur, car les puissants dépôts de sables et galets ne se voient pas dans la plaine même, dont la charpente solide consiste en calcaires blanchâtres, marneux ou siliceux, les mêmes qui percent dans le fond du lit du Ksour à travers les dépôts de sables et de galets. Au pied de la rive droite du Ksour on voit une source jaillir assez vivement et se déverser dans le lit étroit de ce dernier. L'eau de la source est fraîche, parfaitement douce, et Ton s'est empressé d'en tirer parti en creusant tout près du karavanseraï un puits assez profond pour atteindre le niveau de la source, ce qui procure à la contrée un avantage fort rare, car presque toutes les eaux y sont plus ou moins saumâtres.
Les collines aplaties qui sillonnent la plaine tout autour du Ksour sont composées de la roche calcaire précédemment signalée; elle est stratifiée en couches horizontales, et je n'ai pu y découvrir aucune trace organique, à l'exception de quelques empreintes méconnaissables de bivalves engagées dans une variété rougeâtre de la roche.
Les surfaces arides de la plaine et des collines offrent peu de végétation, cependant les capitules jaunes de YOthonna cheirifolia et les fleurs blanches du Peganum harmala se détachaient gracieusement du fond du sol rocailleux. En général, l'aspect de la contrée, à Ksour atteignant une altitude d'en-
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yiron 1000 mètres, est celui d'un âpre désert, et telle est également la physionomie de toute la région que nous avions parcourue depuis Batna jusqu'à Ksour. Plus près de Batna, il est vrai, le sol est fréquemment revêtu de terre végétale susceptible d'une culture productive, mais ce dépôt superficiel s'évanouit et fait place à la roche nue à mesure qu'on s'avance vers Ksour. Quant à la végétation arborescente, toute cette contrée en est complètement dépourvue, et bien que sur sa belle carte M. Cossou marque comme boisées (en partie revêtues de cèdres) les ramifications de l'Aurôs bordant la plaine des deux côtés (au nord-ouest et au sud -est), dans l'ensemble du tableau, cette végétation arborescente ne constitue point un trait saillant, car, à la distance où se trouvent les montagnes, les forôts apparaissent comme autant de taches foncées, et s'évanouissent sur le fond blanchâtre du sol calcaire; d'autre part, le renflement considérable des plaines fait apparaître toutes ces montagnes comme relativement peu élevées, & contours plutôt doux et suaves que hardis ou pittoresques. Cependant, pour le géologue, elles ont un grand intérêt, car, partout où l'œil peut apercevoir la disposition des couches, elles offrent les plissements et les torsions les plus frappanteSi
Entre le Ksour et les parages limitrophes de la gorge de Kantara, le relief de la contrée devient beaucoup plus varié, mais tout en conservant son caractère de nudité et d'aridité. Les diverses collines que nous eûmes à franchir sont toutes composées des mêmes roches calcaires, seulement, ça et là, au lieu d'être horizontalement stratifiées, les couches plongent au sud-est. Après le karavanseraï de Ksour, nous passâmes devant un autre karavanseraï, celui désigné par le nom de Tamarins (720 mètres d'altitude), à cause de quelques buissons de ce végétal {Tamarix a/ricana), répandus le long du ruisseau appelé par les Arabes Oued-Tarfa (rivière du Tamarin). La vallée traversée par ce ruisseau a fourni à M. Cosson