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GORGE DE KANTARA

une série de 119 plantes, réparties d'une manière fort remarquable; car, dans les deux listes de plantes observées aux en virons des Tamarins, les unes dans les moissons et les autres dans les terrains incultes, listes dont la première contient 89 espèces et la deuxième 80 espèces, il n'y a que trois espèces communes aux deux habitats. L'éminent botaniste explique cette curieuse localisation par l'altitude moins considérable des terrains incultes, par la présence des lieux salés, et surtout par l'action du vent du sud, qui y fait déjà sentir sa puissante influence.

Nous laissâmes le Ksour à notre droite et suivîmes l'un de ses affluents : l'Oued -Fedel (contenant peu d'eau) qui, après avoir traversé une vallée étroite et rocailleuse» opère sa jonction avec le Ksour, non loin de la gorge de Kantara; en sorte que les deux cours d'eau réunis ne forment qu'une seule rivière (Oued); celle de Kantara, qui traverse la gorge de ce nom, passe à côté de Biskra et va ensuite se perdre dans les sables du désert. Tout près de la gorge, le Kantara a un lit assez large mais contenant si peu d'eau, que notre voiture put le franchir à gué très commodément. Aussitôt après le passage, nous fûmes frappés de la complète métamorphose que subit la contrée : l'aride désert parcouru depuis Batna se transforme en surfaces verdoyantes, les montagnes se rapprochent et ne sont plus séparées que par une gorge étroite presque à l'entrée de laquelle se trouve le petit hôtel de Kantara entouré de quelques maisonnettes. Le torrent s'élance en écumant au fond de la gorge, dont les deux bords forment de superbes massifs calcaires, découpés en tourelles ou se dressant en piliers diversement façonnés. Les calcaires, souvent très siliceux, de teinte bleuâtre ou blanchâtre, à cassure esquilleuse, alternent avec des marnes foncées; toutes ces roches ont leurs couches fortement redressées. A l'entrée même de la gorge les calcaires alternant avec les marnes, constituent un massif tout entier sur le bord droit de la gorge. Les couches qui rayent les surfaces en lignes admirablement tracées plongent au sudest sous un angle de 70 degrés. Plus loin, à côté du pont, les

bancs puissants des calcaires, çà et là à structure schisteuse, plongent au sud sous un angle de 80 degrés.

Le bord droit de la gorge est très abrupte et à peine accessible aux piétons à l'aide de sentiers tortueux, c'est sur le bord gauche qu'est tracée la belle route carrossable qui traverse toute la gorge en longeant les jardins fruitiers, échelonnés sur les versants de la montagne, tandis que tous les rochers sont tapissés d'une foule de plantes intéressantes parmi lesquelles je mentionnerai les suivantes1 :

r. GipsophyUa compressa.

Diplotaxis pendula.

Alyssum montanum.

r. Stachys circitmata Munby.

r. Ballota hirsuta Ben th.

Lavandula multifida.

r. Galium peireum Cou.

Galium erectum Huds.

Hyoseris radiata.

r. Zollikoferia muliifida.

Lotus cytisoides.

r. Anthyllis traganthoides.

Ononis angustissima.

Malgré sa richesse, la végétation spontanée de la gorge de ■Kantara reflète déjà le caractère désertique, et ce caractère se reproduit également dans les conditions climatériques, car l'air y est très sec et, comme dans le désert, les pluies y sont fort rares. Aussi nous apprit-on à l'auberge de Kantara, où nous passâmes trois jours, qu'on n'en avait pas eu depuis deux années. Cependant les inconvénients de la sécheresse se trouvent diminués en ces lieux par la présence de sources de très bonne eau que le puits creusé tout près de l'hôtel fournit abondamment : cet avantage manque à Biskra. D'ailleurs, la belle végétation qui revêt toute la gorge n'annonce guère les effets par lesquels la sécheresse atmosphérique se traduit dans le désert.

Quelque vive que soit l'impression éprouvée en entrant de plain-pied du désert aride dans la pittoresque et verdoyante gorge de Kantara, le voyageur n'est nullement préparé au coup d'oeil prestigieux qui l'attend, lorsque, après avoir quitté l'auberge de Kantara, il arrive au beau pont en pierre jeté

1. Les plantes marquées de la lettre r sont rares en Algérie.

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