COL DE SPA-BISKRA
franchi le large lit presque desséché de l'Oued-Kantara. Nous fîmes la montée à travers des conglomérats et des sables horizontalement stratifiés, représentant les dernières franges relevées du vaste manteau de substances détritiques dont la plaine est revêtue, car aussitôt que nous eûmes atteint le col de Sfa, se dressèrent de tous côtés des rochers de calcaire grisâtre à cassure conchoïde, dont les couches plongent tantôt au nord* ouest-nord, tantôt au nord-est-nord, ou bien sont ployées en sens divers. Arrivés au point culminant du col, nous vtmes enfin s'étendre devant nous la vaste plaine préludant en quelque sorte au désert proprement dit, et dans laquelle une mince ligne verte indiquait dans le lointain la position de Biskra. On voyait cette plaine se terminer, avant d'atteindre Biskra, par quelques hauteurs isolées surgissant comme autant de sentinelles solitaires placées à rentrée du désert ; celui-ci apparaissait seulement plus loin en se déployant à perte de vue tel qu'une mer sans rivages. Nous descendîmes le col de Sfa par une pente longue, çà et là un peu rapide, et nous eûmes enoore à franchir quelques hauteurs ondulées, composées de conglomérats, de sables et de galets arrondis, horizontalement stratifiés; c'étaient les derniers renflements locaux de la vaste surfaee désertique qui de là s'étend jusqu'à Biskra et n'est plus limitée que par l'horizon, A mesure qu'on se rapproche de Biskra, on voit le sol devenir franchement sableux, ne contenant presque plus de galets, dont l'énorme accumulation est, au contraire, caractéristique des surfaces unies que nous avions traversées jusqu'ici.
Biskra se présente d'une manière aussi gracieuse qu'originale : ses maisons, de teinte jaunâtre ou blanches, disséminées au milieu des fourrés de palmiers, offrent un coup d œil dont on ne jouit nulle part ailleurs dans les régions algériennes, et il est certain que si l'on n'a pas vu Biskra on ne peut avoir une idée complète de l'Algérie. Mais, je vais plus loin, et je soutiens que, même pour ceux qui ont visité les autres grandes régions désertiques de l'Afrique et de l'Asie (et je suis heureusement de ce nombre), le Sahara, quoique d'un aspect comparative-
ment restreint à Biskra et dans les oasis limitrophes, offre sous plus d'un rapport un immense intérêt.
On entre à Biskra par une belle avenue d'acacias conduisant tout droit au petit hôtel du Sahara, hôtel évidemment trop restreint et trop resserré, si le beau ciel du pays ne permettait de convertir en salon ou cabinet de travail la cour intérieure de l'hôtel, abritée contre le soleil par un toit en treillage tapissé par les branches grimpantes de la vigne dont les grappes commençaient à se charger de fruits. Dans celte enceinte, ornée de palmiers et de fleurs diverses, se trouvent disposées plusieurs petites tables entourées de chaises. Chaque habitant de l'hôtel peut en disposer, soit pour prendre ses repas, soit pour travailler, en sorle que sa chambre lui est seulement utile pendant la nuit, et il s'empresse de la quitter aussitôt que possible, pour aller s'établir dans ce pittoresque boudoir.
À l'entrée de l'hôtel se trouvent exposés comme objets d'ornement et de curiosité plusieurs échantillons des produits naturels du pays. J'y ai remarqué d'énormes blocs de sel gemme venant de la montagne du Se). C'étaient de magnifiques groupes de cristaux de chlorure de sodium associés çà et là à des cubes de pyrite de fer. A côté de ces substances minérales figuraient de nombreux exemplaires de coquilles fossiles, entre autres XOslrea crassissima, parfaitement identiques avec l'huttre dont le four à chaux de la fontaine de la Gazelle m'avait offert tant de fragments. Aussi le propriétaire de l'hôtel (M. Medain) m'apprit que ces huttres lui avaient été données gratuitement comme objets de nulle valeur par les Arabes employés à en fournir chaque jour plusieurs charges de mulets à M. Rose, qui s'empresse de convertir impitoyablement en chaux et en ciment tous ces documents de l'histoire de notre globe, si précieux pour le savant.
Quoique le jour de notre arrivée à Biskra (le 27 avril) la température fût encore très agréable, puisque à six heures du soir le thermomètre indiquait 27 degrés et le lendemain ne montait au soleil qu'à 33, toutefois, l'époque favorable aux excursions dans le désert approchait de son terme. Dans ces