‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 129 sur 285 · BISKRA · texte numérisé non relu

BISKRA

régions, le mois de mai est généralement déjà très chaud, du moins pour une femme, bien que naturellement une telle considération n'avait aucune valeur pour moi qui avais passé les plus belles années de ma jeunesse sous un soleil ardent. Nous nous empressâmes donc de commencer dès le lendemain, aussi promptement que possible, nos excursions aux oasis limitrophes. Mais avant de vous en rendre compte, je me permettrai de dire quelques mots sur Biskra même, où nous restâmes douze jours.

Bien que Biskra, situé à une altitude de 112 mètres, comprenne plusieurs quartiers assez éloignés les uns des autres, exclusivement habités par les Arabes ou les Nègres, la partie de la ville représentant la ville française proprement dite peut encore être considérée seulement comme une première ébauche d'un établissement destiné à être un jour l'un des centres principaux de la région désertique soumise à la domination française. Pour le moment, ce noyau européen ne consiste qu'en une pittoresque avenue bordée d'un côté par "une série de maisons bâties à l'européenne, parmi lesquelles figurent le club militaire, l'hôtel de Sahara, des boutiques, etc., et de l'autre côté par le jardin public, orné d'arbres, dont quelquesuns assez rares, tel que le Poinciana Gillisii, qui étalait ses magnifiques fleurs rouges; enfin le fort où réside le commandant complète la colonie européenne. Au nombre des quartiers entièrement détachés de cette dernière est le Bord/, situé à l'extrémité septentrionale de Biskra et séparé de la ville française par une vaste plaine complètement vide. Il sert de résidence presque exclusivement à d'anciens esclaves nègres des deux sexes, qui s'élant réfugiés sur le territoire français, ont, comme de raison, recouvré une parfaite liberté. Le costume des femmes est très bigarré, chargé de toutes sortes d'ornements métalliques suspendus au cou, à la ceinture et à toutes les parties de leur robe, généralement de couleur bleue; parmi ces appendices figurent d'une manière saillante deux énormes cercles en fer ou en argent représentant des boucles d'oreilles. Un autre quartier assez original de Biskra, c'est le quartier

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arabe où se trouve une rue particulièrement habitée par les femmes publiques se pavanant à la porte de leur maison toute la journée, mais surtout le soir, lorsque la rue est éclairée par des lanternes en papier. C'est alors que commencent les danses dans les cafés, envahis par une foule d'indigènes en pittoresques haillons. Assis sur des banquettes, leur tasse de café et leur cigarette à la main, ils regardent nonchalamment et en silence la danseuse qui, au son d'une musique monotone, exécute des mouvements tout aussi monotones; on dirait un singe barbouillé de suie se promenant péniblement sur ses pieds de derrière, en agitant automatiquement ses pattes de devant. Rien dans ce disgracieux et somnolent mouvement ne rappelle la vivacité et les poses voluptueuses et lascives des danseuses turques ou persanes, pas plus que celles des danseuses espagnoles, plus réservées que leurs sœurs d'Orient. Et pourtant, malgré sa raideur et son air impassible, la danseuse arabe n'est après tout qu'une de ces créatures cosmopolites accessibles aux chrétiens comme aux musulmans.

C'est qu'aussi les indigènes attachent au fait de la prostitution un sens bien différent de celui qu'elle a en Europe.

Pour l'Arabe de Biskra, c'est un métier n'ayant rien de dégradant, c'est simplement une manière comme une autre de gagner sa vie, et même il n'éprouverait aucune répugnance à épouser une femme pareille, seulement il trouverait juste et raisonnable, la misère n'existant plus, d'en supprimer les conséquences, et de voir la femme qui se vendait à tous, n'appartenir plus qu'à un seul, du moment où son acquéreur permanent, ou du moins à long bail, s'engagerait à lui fournir nourriture, logement et vêtements. On comprend, après cela, que si, chez les Arabes, la femme vouée à la prostitution n'est pas vouée à la honte, il n'y en a aucune à la fréquenter ouvertement, en plein jour, et l'on entre dans sa maison exactement comme on entre dans une boutique pour acheter, ou même pour examiner un objet quelconque.

C'est là un trait de mœurs fort curieux, et j'en ai eu un exemple remarquable digne d'être raconté. A Biskra, mais

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