JARDIN DE M. LANDON
mais d'un aspect tout différent de celui offert par les oasis proprement dites, car celles-là apparaissent couvertes de touffes uniformes et homogènes de dattiers, tandis que le jardin Landon se présente comme un massif à contours et à teintes variés déterminés par les diverses espèces végétales dont il est composé, puisque le but que s'était proposé M. Landon en créant ce bel établissement était d'y cultiver les végétaux provenant de toutes les régions chaudes de notre globe, but qui naturellement n'a pas encore été atteint à cause de la date récente de l'établissement, mais qui pourra unjour se réaliser, si les efforts de M. Landon se trouvent continués par ses successeurs.
L'enceinte intérieure du jardin entouré d'un enclos, est traversée par un certain nombre d'allées fort bien entretenues, dont quelques-unes convergent vers la jolie maison servant d'habitation au propriétaire. Il était malheureusement à Paris, mais M. Béchu qui dirige très habilement tous les travaux d'acclimatation et de culture de rétablissement, nous en fit les honneurs avec beaucoup d'empressement et de bienveillance.
Ce qui frappe tout d'abord en entrant dans le jardin, c'est la taille et la vigueur des dattiers, bien supérieurs à ceux cultivés à Alger. M. Béchu distingue plus de 90 variétés du Phcerdx dactylifera dont plusieurs, notamment la variété à fruit dur, maigre, et celle à fruit charnu, diffèrent par certaines particularités dans la teinte et les dimensions des feuilles. Parmi les plantes assez rares et qui prospèrent ici bien mieux qu'à Alger, figurent les Cassia coluteoides, Colla. (C. glauca Lmk), des Indes orientales (en fleurs), et Y Acacia Lebbech(s&ns fleurs); de plus, j'ai vu ici parfaitement développé VEchium candicansL., originaire de Madère, dont les robustes épis é taie ut chargés de fleurs. Cette Borragi née no paraît pas être cultivée dans le Jardin d'essai d'Alger, pas plus que Y Indigo fera argen/ea L., plante éminemment égyptienne qui prospère ici parfaitement; \e$Ficu$ nitida et F. religiosa m'ont paru également plus vigoureux qu'à Alger, surtout la dernière espèce représentée ici par un individu, qui, bien que planté seulement depuis dix ans, a déjà une circonjérence de lm,18. Toutefois, ces figuiers ainsi
que quelques autres espèces à racines adventives si remarquables, et dont le Ficus Roxburghii offre un bel exemple au Jardin d'essai d'Alger, ne produisent ici aucune racine adventive, phénomène que M. Béchu attribue à l'extrême sécheresse du climat désertique.
D'autre part, il est plusieurs végétaux qui à Biskra offrent un développement bien moins prononcé qu'à Alger ; tels sopt le Phytolacca dioica, qui dans le jardin Landon ne constitue qu'un arbre médiocre et peu répandu, bien qu'il fût chargé de fleurs; et il en est de même des Eucalyptus qui ne viennent pas bien dans cette contrée, du moins M. Béchu n'est-il jamais parvenu à leur donner cette vigueur qu'ils ont dans la majeure partie de l'Algérie; enfin leDracena Draco% si luxuriant à Alger, n'a pu être cultivé dans le jardin Landon où cependant le D.brasiiiemis \\mt très bien* Parmi les autres plantes h végétation vigoureuse je mentionnerai : le magnifique Poinciana regia, mais dont les feuilles commençaient à peine à se développer (28 avril), tandis que le P. Gilmi était chargé de fleurs; les Psidiurn pyriferum, Sizygium JQmbatœnurn, Tecoma stans, ehargé de belles fleurs jaunes; \ Acacia leucocephala el Adansoniy le premier aveo fleurs et fruits; les Fourcroya gigantea, Bambma verticillata et B. variegata, cette dernière particulièrement vigoureuse. On voit dans le jardin Landon quelques oliviers magnifiques, évidemment très vieux, qui ont commencé à donner de bons fruits seulement depuis que M. Béchu y avait greffé l'olivier cultivé, procédé imité tout récemment par les Arabes pour les oliviers sauvages très répandus dans les oasis.
Au reste, M. Landon a déjà rendu au pays des services bien plus considérables. Placé à la tête d'une grande fortune, il a le rare mérite de la consacrer à tout ce qui peut contribuer au progrès et au bien-être de la contrée qu'il habite et dont il est devenu le véritable bienfaiteur. C'est ainsi qu'indépendamment des actes ce charité qui lui ont valu la reconnaissance et l'affection des Arabes, il s'est efforcé de perfectionner et de développer le système d'irrigation, question vitale pour un pays
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES. 295
exposé aux inconvénients de la sécheresse. Or, à force de soins, toutes les sources issues des montagnes voisines ont été utilisées pour les besoins de la culture, bien qu'on ne soit pas encore parvenu à doter Biskra de bonne eau ; car celle qu'on a obtenue par les puits ordinaires est plus ou moins saumâtre, et mal* heureusement les tentatives Faites jusqu'ici en vue des puits artésiens n'ont pas été couronnées de succès, en sorte que, sous ce rapport Biskra, est placé dans des conditions hygiéniques qui ne sont pas tout à Fait Favorables. Aussi, on a lieu de craindre que la mauvaise qualité des eaux, n'ait une certaine part dans l'affection cutanée endémique caractérisée par une éruption connue sous le nom de clou de Biskra, localisée plus particulièrement à la figure dont elle choisit les parties les plus saillantes et y laisse une trace souvent permanente. Au reste, cette affection est également répandue à Alep et à Bagdad, où elle est d'une nature beaucoup plus grave et plus persistante qu'à Biskra, sans qu'on soit parvenu à découvrir la cause du phénomène, fort désagréable pour l'étranger, qui ne se soucie guère (surtout les femmes) de porter sur le bout du nez ou sur le front ce difforme souvenir de voyage. Sans doute, les causes do cette affection toute locale seront un jour révélées, à la suite d'études approfondies, non seulement de la nature deseaux, mais encore des conditions climatériques, et comme des études de ce genre ont bien peu de chances de se développer promptement à Alep ou à Bagdad, cette tâche est réservée à Biskra, où déjà Ton commence h réunir des matériaux importants sur la climatologie du pays, grâce encore à M. Landon qui a créé à ses Frais un petit observatoire météorologique en le plaçant sous la direction de M. Colombo. Je dois à la bienveillance de ce dernier une copie des registres détaillés de ses observations pour les années 1875, 1870 et 1877. Comme il s'agit d'un pays encore peu connu et extrêmement intéressant sous tous les rapports, surtout sous le point de vue météorologique, je crois vous Faire plaisir en vous communiquant les résultats généraux du laborieux et intelligent travail de M. Colombo. Je les résumerai dans le tableau ci-joint, où les obser-
Décembre (1874),
Janrier ,
Février ,
Moyennes d'hiver
Mira
Avril
Mai
Moyennes de printemps
Juin
Juillet
Août
Moyennes d'été
Différence entre été et hiver. .
Septembre
Octobre
Novembre
Moyennes d'automne Moyennes annuelles.
Décembre (1875),
Janvier ,
Février
Moyennes d'hiver.
Mars.
Avril.
Mai.
Moyennes d'été
Différences entre été et hiver.
Septembre
Octobre
Novembre.
Moyennes d'automne
Moyennes annuelles
Décembre (1876).
Janvier
Février