‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 133 sur 285 · Partie non reproduite ici des registres de M. Colombo · texte numérisé non relu

Partie non reproduite ici des registres de M. Colombo

mètre noir, donna k M. Colombo pour ce dernier 63 degrés (aoûtl 875) ; la différence entre les deux thermomètres se maintint pendant les trois années entre 11 et 15 degrés.

3° La tension moyenne de la vapeur n'a varié pendant ce laps de temps que dans des limites fort restreintes : la d i fièrent entre les moyennes annuelles étant do 7*,9 et entre les saisons d'été et d'hiver de 4%15.

4° L'humidité relative a atteint pendant les trois années une seule fois (hiver 1875) la moitié de la saturation de l'air; presque toujours elle est demeurée au-dessous de la moitié.

5° La quantité de pluie, bien qu'indiquée dans les registres de M. Colombo seulement en quantités absolues et non en moyennes, est très peu considérable; elle n'a atteint qu'une seule fois (mai 1876) 107 millimètres. La différence entre l'hiver et Télé varie beaucoup, car tandis qu'en 1875 et 1876 elle atteint environ 21 millimètres» en 1877 elle est nulle, puisqu'il n'y eut que 3 millimètres pendant l'hiver comme pendant l'été. Il est probable que le chiffre de 57,5, tel que le donne la moyenne annuelle des quantités totales, se trouverait réduit au moins à la moitié, si les valeurs mensuelles étaient exprimées également en moyennes, en sorte qu'on pourrait admettre pour Biskra une moyenne pluviométrique annuelle de 98 à 30 millimètres, ce qui indiquerait un climat très sec et même plus peut* être que ne le feraient supposer les valeurs de la tension de la vapeur.

Maintenant que je vous ai assez parlé de Biskra, je vais vous rendre compte des principales excursions que nous fîmes dans le désert pour visiter les oasis limitrophes.

Celle de Zadja étant la plus importante et en môme temps la plus éloignée, fut l'objet de notre première course.

L'oasis de Zadja est située à environ 40 kilomètres au sud de Biskra et se trouve bordée au nord et nord- ouest par les cbatnes de hauteur constituant dans cette direction les limites du grand désert; hauteurs qu'on ne perd jamais de vue en se dirigeant vers les oasis qui, telles que l'oasis de Zadja, se trouvent échelonnées le long de cotte lisière, tandis que du

DÉSERT ENTRE BISKRA ET L'OASIS ZADJA. i09

côté du sud les surraces horizontales se déploient à porte de vue,

En sortant de Biskra on n'entre pas immédiatement dans le désert sablonneux et inculte, mais on parcourt d'abord des plaines, soit cultivées, soit revêtues d'un tapis verdoyant, au milieu duquel les fleurs blanches du Peganum harmala et de Y Ammi visnaga font un gracieux effet; la première plante était déjà un avant -coureur de la flore désertique, mais la dernière, quoique commune en Europe, est assez rare en Algérie, où je ne l'avais pas encore aperçue en quantité aussi considérable qu'ici, sans que cependant cette Ombellifère s'éloigne des environs immédiats de Biskra. Ce fut après une demi-heure de marche que nous nous trouvâmes en dehors de l'oasis de Biskra et entrâmes dans le domaine des sables, qui sont pour les oasis ce que la mer est pour les lies. Aussi ne tardâmes-nous pas à être salués par les formes végétales éminemment désortiques, entre autres, Limoniastrum Guyanianum Dur., dont les belles fleurs colorent en rose de vastes surfaces sablonneuses, ça et là blanchies par des effloreseences salines. Selon que nous nous rapprochions ou éloignions des hauteurs constituant le bord septentrional du désert, le relief de celui-ci se renflait ou conservait son horizontalité. Autant qu'on pouvait en juger à celle distance, toutes ces hauteurs sont rayées par des couches plongeant au sud-ouest ou au nord-ouest, ou diversement ployées, et il est probable que les renflements que nous eûmes à traverser çàet là forment simplement les prolongements de ces hauteurs, plus souvent masquées soit par les sables, soit par les galets d'un calcaire blanc ou grisâtre, qui sur plusieurs points se multiplient énormément et encombrent les lits de plusieurs ruisseaux desséchés; ces surfaces caillouteuses constituent les points les plus arides du désert.

Après deux heures et demie de marche, très ralentie par les sables où notre petite voiture s'enfonçait quelquefois, nous pûmes distinguer les contours vaporeux de l'oasis de Zadja. Nous nous rapprochâmes alors des montagnes dont les couches plongent au sud-ouest sous des angles de 60 à

70 degrés, et bien qu'on voie çà et là percer à travers les sables, soit la charpente solide de ces montagnes, soit des dépôts calcaires plus récents, les sables s'accumulent sur certains points, notamment à trois heures de Biskra, de manière à s'élever en masses considérables horizontalement stratifiées, formant plusieurs séries de hauteurs; elles se dressent en rampes élevées des deux côtés du sentier conduisant immédiatement à l'oasis de Zadja.

Le désert devient de plus en plus sablonneux à mesure qu'on s'avance vers cette dernière. Pourtant on y voit de temps à autre quelques petits filets d'eau parfaitement douce quoique désagréablement tiède, qui descendent de la montagne et vont se perdre dans les sables.

D'ailleurs, loin d'offrir cet aspect de nudité et d'aridité complètes dont on a l'habitude de se représenter le désert, presque toutes ces surfaces sablonneuses que nous avions traversées depuis Biskra jusqu'à l'oasis de Zadja, sont revêtues de nombreuses touffes de plantes curieuses, souvent très rares, parmi lesquelles domine le Limonastmm Guyonianum^ couvrant fréquemment les petites buttes à forme de cône tronqué dont la majeure partie du désert est hérissée, et toutes composées de sable, quelquefois argileux, offrant une fausse stratification ou une espèce de lamination, assez fréquente dans les buttes de sable aggloméré par les vents ; seulement ici elles sont consolidées par la végétation, surtout par la belle staticée dont il s'agit, petit mais fort gracieux buisson dont les branches plus: ou moins frutescentes portent souvent des galles à forme ovoïde, ce qui fait que les Arabes désignent la plante par le nom de Zdiia ou olive. Parmi les autres plantes que j'ai observées en fleur, vraies plantes ornementales du désert, je citerai une deuxième espèce de staticée également fort rare : Slatice pruinosa; puis le Traganam nudatum, revêtu d'une croûte saline, petite Chénopodée à tiges subligneuses, servant de combustible -aux Arabes ; les Bubonia Feei, Echium humile, Spitzelia Saharœ, Anacyclus alexandrinus, Zollikoferia angustifolia, Euphorbia Guyoniana, Passerina hirsuta, Junciis ho/os-

OASIS ZADJA. 301

trœa et divaricatus , Imper a ta cylindrica, Amtidia pungens Desf. , magnifique Graminée qui remplace l'alfa dans le désert où cette dernière ne pénètre point; YÀndropogon lanigcr, etc.

Nous ne mîmes pas inoins de cinq heures à franchir l'espace compris entre l'oasis de Biskra et celle de Zadja, où nous fûmes heureux d'accepter l'hospitalité du cheik (chef arabe de l'oasis), jeune homme d'une figure très intéressante, qui mit à notre disposition sa demeure, comme de raison plus pittoresque que commode, mais où cependant nous passâmes une très bonne nuit, malgré la température assez élevée, puisqu'elle ne descendit guère au-dessous de 27 degrés (le 29 avril) jusqu'à cinq heures du matin où elle baissa à 17 pour se relever à 19 degrés à huit heures du matin, et se maintint ensuite à environ 27 degrés pendant le cours de la journée suivante.

L'oasis de Zadja ne renferme aujourd'hui que le village Lichana situé à l'extrémité méridionale de l'oasis, avec 140 maisons habitées par 1200 individus, exclusivement arabes, ce qui fait à peu près 9 personnes par maison. Mais il y a une soixantaine d'années, un village bien plus considérable nommé Zadja existait à l'extrémité opposée de l'oasis. Il est représenté aujourd'hui par des pans de murs délabrés et de vastes accumulations de débris, monuments de la lutte héroïque que les Arabes de Zadja eurent à soutenir en 1849 contre les Français. Ceux-ci, au nombre de 8000 hommes avec 15 canons, assiégèrent et bombardèrent pendant près de deux mois ce misérable village construit en briques de limon et défendu par environ 2000 Arabes, armés de mauvais fusils, mais qui, à la vérité, ne cessaient de se recruter par les habitants de toutes les oasis limitrophes, empressés de partager le sort de leurs valeureux compatriotes. De plus, pour retarder le moment de l'assaut et rendre plus difficile un coup de main, les Arabes avaient creusé tout autour du village un large et profond ravin qu'ils inondèrent à l'aide des sources répandues dans l'oasis.

Zadja ne fut occupé par l'ennemi que lorsque tous ses défenseurs étaient réduits à l'état de cadavres mutilés et leurs de-

meures complètement ruinées. Depuis, le gouvernement français a interdît la reconstruction de village, mesure d'une prudence douteuse, car si les ruines de Zadja rappellent aux Arabes le châtiment infligé par les vainqueurs, elles sont pour les vaincus un souvenir irritant du passé et une espérance pour Pavenir. Au reste, l'un des traits les plus curieux dans l'histoire des peuples, c'est la facilité avec laquelle ils oublient le bien ou le mal qu'on leur fait ; aussi malgré les souvenirs encore assez frais du massacre de Zadja, les chefs arabes de l'oasis vivent sur un pied d'amitié et presque d'intimité avec les autorités françaises de Biskra,et le cbeik de Zadja me signala plusd'une fois les avantages que l'administration française a sous plus d'un rapport sur l'administration arabe. Or cet aveu d'un homme placé à la tête de cette dernière prouve que les fonctionnaires indigènes eux-mêmes commencent à sentir la défectuosité de leur position, car ils n'ignorent pas que le peuple préférerait relever directement des autorités chrétiennes.

Un autre exemple des dispositions favorables des Arabes à Tégard des Français, c'est que l'un des hommes les plus influents de l'oasis, est un ancien habitant de Zadja ; dès le commencement de l'insurrection il avait embrassé le parti des Français et avait servi dans leurs rangs ; cet acte ne l'empêcha nullement, la lutte une fois terminée, de rentrer dans l'oasis où il habite (Lichana), et ce fut lui que le cheik chargea de nous accompagner dans nos excursions, parce qu'il parle parfaitement le français.

Comme dans toutes les oasis du désert, la principale richesse de celle de Zadja consiste en dattiers dont on porte le chiffre total à 40000 pieds; tous les quinze jours le sol où plongent leurs racines est irrigué à l'aide de quelques sources situées dans la montagne et dont on fait circuler l'eau dans des rigoles creusées autour des arbres, remarquables comme à Biskra par leur hauteur et leur luxuriante végétation. Les dattes conservées dans des pots acquièrent une telle douceur qu'on les croirait confites dans du sucre ; elles mûrissent généralement au mois d'octobre. Même a l'époque la plus floris-

DATTIERS DE ZADJA. 303

santé de la domination arabe, les dattes des oasis de Biskra jouissaient d'une grande réputation, car, en parlant de cette ville qu'il qualifie de capitale du Zab, Âboulfeda dit : « Le territoire de Biskara abonde en palmiers et en grains; ou en exporte d'excellentes dattes à Tunis1.

Les dattiers des oasis sont pour le gouvernement une source de revenu qui n'est pas sans importance, car chaque arbre est taxé & dix sous, ce qui pour la seule oasis de Zadja fait déjà 20 000 fr. par an. Il n'y a dans l'oasis de Zadja ni chameaux, ni chevaux, ni mulets, en sorte que tout le commerce des dattes se fait par l'entremise des marchands ; ceux-ci viennent les chercher avec leurs propres bêtes de somme (généralement des chameaux) et les transportent à Batna et à Constantine, d'où elles se répandent d'abord dans toute l'Algérie) et puis de là passent en Europe. Malgré le rôle important que le dattier joue dans l'alimentation des populations des oasis, il ne paraît pas que dans celle de Zadja, ou les oasis limitrophes, cet arbre soit exploité comme producteur de vin, comme on le voit dans les oasis de Laghouat (dont le cercle militaire ne renferme pas moins de 675 000 palmiers), industrie toute locale sur laquelle M. Balland* a publié des renseignements intéressants. Le vin (Lakmi des Arabes) est fourni par la sève de l'arbre qui doit avoir au moins quarante ans, c'est-à-dire son maximum de vigueur ; cette sève est obtenue par une incision circulaire pratiquée au-dessous du bouquet terminal. On recueille ainsi au début de 7 à 8 litres de vin par jour, mais pour ne pas affaiblir l'arbre, cette opération ne dépasse guère un mois et l'on se contente de 3 à 4 litres. La récolte terminée, on a soin de recouvrir l'incision avec delà terre. Le palmier ainsi traité peut donner des dattes deux ans après, souvent Tannée suivante. Le vin de palmier pétille à la façon du Champagne; sa couleur est opaline, son odeur légèrement excitante, sa saveur agréable, rappelant celle du cidre mousseux. lies Arabes du cercle de

1. Géographie cï Aboulfeda, traduite de l'arabe par Reinaud, t. 11, p« 19i# 1 Comptes rendus, a un. 1879, t. LYXXIX, p. 262.

Laghouat font grand cas du vin de palmiers, ils le recueuillent chaque jour pour le consommer tout de suite, mais ils ne le conservent ni ne l'exportent, c'est ce qui fait que je ne l'ai jamais vu ni à Biskra ni dans les oasis limitrophes.

A son extrémité méridionale, l'oasis de Zadja se termine par une surface plane, rocailleuse, où se trouvent plusieurs marabouts et d'où la vue est magnifiqne sur le désert et les diverses oasis qui surgissent an milieu de ces vastes nappes sablonneuses ; sur plusieurs points de l'oasis on voit percer les calcaires blancs friables ; ces affleurements de la charpente solide de la contrée occupent pour le moins autant de place que les sables.

Or, dans toute la partie du désert que nous avions traversée depuis Biskra jusqu'à l'oasis de Zadja, de semblables affleurements locaux seuls représentent le sous-sol. Ainsi que je l'ai déjà fait observer plus d' une fois, ces affleurements se rapportent à deux roches d'âge et d'origine différents, car quelquefois les roches qui percent à travers les sables sont la continuation de celles composant les montagnes limitrophes, c'est-à-dire des calcaires blancs ou grisâtres, plus ou moins siliceux quelquefois, comme dans le voisinage immédiat de l'oasis de Zadja, à texture cellule use, à surface rayée de zones et de lignes de teintes diverses, ou revêtues d'une croûte rugueuse. Partout où affleurent de telles roches, elles ont leurs couches redressées comme dans les montagnes qu elles composent; d'autres fois, et c'est la majorité des cas, les roches qui affleurent et qui, sur plusieurs points, se présentent en dalles étendues, formant une espèce de pavé, sont composées d'un calcaire blanc, tantôt cristallin et solide, tantôt amorphe ou friable, souvent revêtu d'efflorescences salines, et plus ou moins régulièrement stratifié en couches horizontales. De tels dépôts sont évidemment moins anciens que les calcaires ou grès à couches redressées. Puis viennent, comme le dernier et le plus récent revêtement, les sables généralement siliceux, quelquefois un peu argileux ou calcaires, avec ou sans galets, ces derniers probablement apportés de la montagne par des courants d'eau, dont les quelques ruis-

Page 1