LIGHNA. RESTES DE CONSTRUCTIONS ROMAINES
seaux plus ou moins desséchés ne constituent aujourd'hui que les traces presque effacées. Je n'ai pu constater dans ces sables aucun débris de coquilles.
En tout cas, ces énormes accumulations arénacées, dont la puissance varie cependant selon les localités, sont certainement les dépôts les plus récents du désert. Celui-ci revêt spécialement le caractère d'oasis par la présence des sources, en sorte que les oasis ne sont que les points du désert fécondés par l'eau et cultivés par l'homme.
Le village de Lichna est, comme tous les villages arabes, une agglomération de misérables cabanes bâties en briques de limon durci au soleil, briques composant également la muraille dont le village est entouré ; cependant j'ai observé dans cette dernière, au milieu du grossier matériel, quelques dalles en belles pierres de taille portant des inscriptions latines malheureusement très frustes, preuve que ces dalles ont été empruntées à des constructions romaines ayant dû exister ici.
Lorsque nous retournâmes à Biskra, en suivant le chemin parcouru pour nous rendre à l'oasis de Zadja, nous ne pûmes distinguer Biskra qu'à une distance d'une heure de cette ville, car la vue était masquée par des accidents de terrain, ce qui indique que l'oasis de Biskra constitue un renflement considérable ayant environ 100 mètres d'altitude et s'aplanissant graduellement dans la direction de l'oasis de Zadja, c'est-à-dire
de l'est à l'ouest.
Le lendemain de notre retour à Biskra nous allâmes visiter l'oasis Sidi-Okbà située à l' est-sud -est de Biskra, mais à une distance moins considérable et beaucoup plus aisément accessible que l'oasis de Zadja. Comme cette dernière, l'oasis Sidi- Okbà est située non loin des montagnes constituant le bord septentrional du désert, montagnes qu'on peut considérer comme les derniers embranchements du massif de l'Aurès; seulement l'oasis de Sidi-Okbà se trouve à côté d'une petite rivière : l'Oued-Abeid, malheureusement dénuée d'eau, tout comme l'Oued-Biskra, dont nous traversâmes le large lit, puis nous par-
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courûmes le désert pendant deux heures avant d'atteindre l'oasis de Sidi-Okba.
Cette partie dn désert est moins pittoresque et moins riche en végétation que l'espace compris entre Diskra et l'oasis de Zadja; mais, d'autre part, les dépôts de sable sont moins puissants et ont plus de consistance : aussi rien de plus aisé que le voyage de Biskra à Sidi-Okba, exécuté même en grande voiture. Dans la proximité de Biskra se présentent encore quelques champs de céréales dont la majeure partie était déjà moissonnée ; plus loin les surfaces sont souvent revêtues de touffes de Peganum harmala, mais les terrains fréquemment blanchis par des efflorescences salines deviennent de plusf en plus arides et nus à mesure qu'on se rapproche de l'oasis; à peine y voit-on quelques tamarins {Tamarix africana) rabougris, ou des pieds plus rabougris encore de dattiers réduits aux proportions du palmier nain. Parmi les autres plantes je n'ai observé que les suivantes : Ârtemisia herba venti,\e chieh des Arabes exhalant une odeur suave, Othonna ckeirifotia, Hedypnois poh/morp/ia, Reseda alba et li. Alphonsii, cette dernière acquérant une hauteur considérable; Thymus hirtm^ var. algmmsis, à l'état frutescent; Erodium pulverulentum, Diplotaxis pendula, Alys~ surn maritimum, si commun à Alger, mais ayant ici des fleurs plus petites et des tiges plus ligneuses, etc. ; les charmants buissons de Limonastrum Guyoniammi, ornement du désort entre Biskra et Zadja, sont ici fort rares.
Les abords de l'oasis de Sidi* Okha, que nous longeâmes quelque temps avant d'y entrer, sont hérissés de collines de sables à travers lesquels percent les calcaires blancs friables. Nous traversâmes le village pour descendre dans la maison appartenant au cheik de Sidi-Okbà,fib du cheik d#> Biskra, Tondes hommes les plus influents de la contrée, tant par sa naissance, puisqu'il est issu des races les plus anciennes des tribus arabes du désert, que par sa fortune qui, à la vérité, chez les chefs arabes, nVst pas toujours le résultat des biens transmis par les ancêtres, mais représente le plus souvent les bénéfices obtenus par une. position officielle et surtout par l'adresse d'exploiter cette dernière.
OASIS SIDI-OKBA. fKff
Le cheik de Sidi'Okbà qui nous Avait été présenté à Biskra par son père, dont ma femme avait visité le harem , est on beau jeune homme* parlant parfaitement le français, et tellement désireux de faire parade de ses sympathies européennes, que non seulement il aime à prendre publiquement ses repas, dahs les hôtels, en société des voyageurs dont il ne refuse guère de partager les libations, mais encore affecte de ne point tenir un harem et de se contenter d'une femme légitime qu'il qualifie de Madame, tout en entretenant plusieurs maîtresses, ce qui, sans doute, ajoute un trait de plus à sa ressemblance ateo l'Europe civilisée- Des affaires inattendues l'ayant empêché de nous accompagner à Sidi-Okbà et de nous y foire les honneurs de sa maison, il y avait tout fait préparer pour noire réception, et nous fûmes introduits dans un petit salon meublé à l'européenne, où l'on nous offrit un déjeuner que n'eut pas désavoué un cuisinier de Paris, indépendamment des excellents vins français. Aussi l'habitation de l'élégant cheik de Sidi- Okbà contraste singulièrement avec les huttes en briques de litnotf composant le village et lui donnant tout à fart l'air d'un village des feAlas égyptiens, A côté de la maison du obeik, se trouve un jardin orné de figuiers, d'orangers et de citronniers j ces derniers étaient chargés (le 80 avril) de fruits suocukmts d'une énorme grosseur, mais les oranges avaient été cueillies depuis longtemps et se trouvaient remplacées par de nouveaux fruits n'ayant encore que la grosseur d'une noix.
Sous le rapport de sa dimension et du chiffre de ses habitants, le village de Sidi-Okbà peut être comparé à celui de Lafcbana dans l'oasis deZadja, et il y a également le même rapport entre les deux oasis, relativement au nombre des dattiers,
À l'extrémité septentrionale de Sidi-Okbà, on jouit d'une vue magnifique sur le désert limité par les contreforts de l'Aurés, parmi lesquels se dessine d'une manière assez accentuée le massif de l'Amarkaden*
Malgré la proximité de l'Oued~Àbeid, l'oasis de 8idM)kbà souffre du manque d'eau, car la petite rivière est presque toujours à sec et l'oasis ne renferme point de sources, en sorte
qu'elle tire ses provisions d'eau de l'oasis de Si-Kirli, distante de 7 kilomètres.
L'oasis de Sidi-Okbà a pour les Arabes un prestige religieux que n'offre, au même degré, aucune localité non seulement de l'Algérie, mais peut-être du monde musulman en général, à l'exception des villes saintes de la Mecque et de Médine ; c'est que la mosquée de Sidi-Okbà contient le tombeau d'un des guerriers mahométans les plus remarquables par l'extension comme par la hardiesse de ses expéditions militaires. Ce guerrier c'est Okbà ben Nafa, dont le nom eût été connu en Europe à l'égal des plus célèbres capitaines de l'histoire, si ses exploits avaient été marqués par des monuments quelconques, transmis à la postérité, mais Okbà avait surgi comme une constellation de plus au milieu de ces astres éclatants dont étaient entourés les successeurs de Mahomet, et qui s'évanouissaient aussi promptement qu'ils avaient paru, à l'instar des comètes formidables, ne laissant de leur passage d'autre trace qu'une large traînée d'éphémère lueur.
Pourtant les historiens arabes ont conservé le souvenir de la romanesque carrière militaire d'Okbà, et M. Ernest Mercier, savant interprète de ces historiens, nous donne1 sur cet homme extraordinaire des renseignements curieux dont il suffira de rappeler les traits suivants.
Chargé, l'an 681 de notre ère, par le khalif Jézid, de consolider les conquêtes arabes en Afrique, Okbà partit avec son armée, de la ville Kaïrouan (au sud de Tunis), qu'il avait fondée, pour aller soumettre d'abord les Berbères (Kabyles), ce qu'il effectua promptement, et parcourut ensuite tout le littoral de l'Afrique jusqu'à Tanger, où il apprit que Tinlérieur du Maroc était habité par de nombreuses populations idolâtras et très belliqueuses.
Il se décida aussitôt de les soumettre également et franchit le grand Atlas, en écrasant tout ce qui s'opposait à son passage; il poussa ainsi sa marche victorieuse jusqu'à la contrée de Sous,
t. Histoire de l'établissement des Arabes dans l'Afrique septentrionale, p. 57-60.
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située presque vis-à-vis des tles Canaries ; là il se trouva eu présence de l'océan Atlantique. Arrêté par cette barrière infranchissable, Okbà fit entrer son cheval dans la mer, et prit Dieu à témoin qu'il ne restait plus devant lui d'ennemis de sa religion à combattre. C'est en reconduisant son armée triomphante à travers le désert, qu'il fut tué par les Berbères dans l'oasis Tchouda, à quelques lieues à Test de Biskra. De là son corps fut transporté dans l'oasis qui porte aujourd'hui son nom et où une mosquée fut érigée sur le lieu de sa sépulture, mosquée qui, sans doute, représente Tun des plus anciens temples mahométans, puisqu'elle compte plus de dix siècles.
Aussi cet air de vénérable vétusté constitue le mérite principal de l'édifice, car son architecture n'a rien de remarquable, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, à l'exception d'une seule porte, d'un beau travail, du côté est de la mosquée. Les dépouilles mortelles du héros ont été déposées dans un souterrain fermé par une dalle, sur laquelle s'élève une espèce de cercueil, sous forme d'un coffre grillé, recouvert d'une étoffe verte, chargée de versets du Koran. A côté du cercueil, on voit une vieille armoire où Ton conserve quelques volumes vermoulus qu'on croit être le Koran dont se servait Okbà. Enfin, sa tombe n'a d'autre indication que ces paroles tracées en caractères cufiques : « Ci-gît Okbà, fils de Nafa, que Dieu lui accorde sa miséricorde. » Combien par sa sublime simplicité, cette épitaphe musulmane fait paraître mesquines nos épitaphes chrétiennes, chargées de longues listes des dignités, titres et décorations du défunt, lors même que le nombre de tous ces hochets n'égale pas toujours celui des royaumes et des villes conquis par l'humble fils de Nafa.
A côté de la mosquée, se trouve un grossier édifice dans la cour duquel on voit un puits, revêtu de belles pierres de taille, évidemment d'origine ancienne, preuve que cette oasis aussi n'a pas été inconnue à l'antiquité.
Nous dûmes abréger notre visite à l'oasis de Sidi-Okbà pour échapper à un coup de vent de siroco s'annonçant par des nuages blafards qui commençaient à obscurcir le ciel; l'air de-
venait suffoquant et à trois heures p. m., le thermomètre monta à 89 degrés. Ces avant-coureurs de la saison chaude, qui dans cette région commence généralement à se faire sentir dès le mois de mai, nous avertissaient qu'il était temps de retourner à Batna, où, au contraire, la température trop basse d'il y a quinze jours nous avait empêchés de faire une excursion dans )es montagnes de l'Àurès. Démonstration évidente de la difficulté d'organiser un voyage perpiettant de visiter l'Algérie tout entière en une seule année; car, eu égard à l'extrême diversité de ses conditions climatérique6, l'époque la plus convenable pour voir certaines localités est toujours celle qui en exclue d'autres, en sorte que Ton est constamment exposé à arriver ou trop tôt ou trop tard. Ainsi, nous avions déjà dépassé le moment le plus favorable pour Biskra et surtout pour Tougout, tandis que ce moment n'était pas enoore arrivé pour les régions montagneuses de Batna. Dans l'impossibilité de concilier tant d'exigences contradictoires, nous nous décidâmes à hâter notre départ pour Batna, mais non sans avoir fait enoore une courte excursion pour visiter les sources chaudes situées à 7 kilomètres au nord-ouest de Biskra.
Le désert que nous eûmes à parcourir pendant une heure, est d'abord à surface horizontale, mais bientôt il devient plus ou moins accidenté; sur plusieurs points les sables chargés de galets sont très puissants, cependant presque partout percent les calcaires blancs, à structure tantôt celluleuse, tantôt oom-r oaoto, La végétation était pauvre et presque réduite à quelques touffes clairsemées de Peganum harmala, Othonna cheirifolia, Limoniastrum Guyonianum, etc.
Le petit établissement balnéaire, comprenant dans son enceinte la source principale, est un édifice grossier, au milieu duquel se trouve le bassin où l'eau jaillit avec violence, et d'où elle est conduite à l'aide de tuyaux dans plusieurs bassins plus petits, enfermés dans autant de chambres séparées, faisant le tour de l'enceinte intérieure de l'édifice. Les chambres ont chacune leur destination; les hommes et les femmes ayant