‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 135 sur 285 · SOURCES CHAUDES · texte numérisé non relu

SOURCES CHAUDES

le* leurs, et comme de raison, Tune étant exclusivement réservée au commandant.

La température de l'eau diffère selon l'exposition ; elle esl plus basse dans les petits bassins des chambres et dans les tuyaux que dans le grand bassin central. Ainsi, à neuf heures a. m. (le l#rmai), la température de l'eau, dans le petit bassin du commandant, étant de 37 degrés, celle de l'eau dans le tuyau qui l'y conduit du grand bassin, 44 degrés; enfin celle de l'eau de ce dernier parfaitement exposé au soleil, 50 degrés; la température de l'air ambiant étant à l'ombre 28 et au soleil 36 degrés. Le goût de l'eau est désagréable, un peu salé, rappelant celui de l'acide sulfhydrique.

La roche d'où jaillit Peau du grand bassin central est un calcaire blanc, celluleux, friable; mais un peu plus loin, derrière rétablissement balnéaire, les collines sont composées de grès blanc, friable, à surface rugueuse, hérissée de stalactites. Sur les pentes des collines, les grès désagrégés forment des nappes blanches comme celles que constituerait la farine ou une poudre quelconque extrêmement ténue. Les collines où les sources chaudes prennent leur source s'étendent jusqu'au pied de la longue chaîne montagneuse représentant le bord septentrional du désert, il se trouve à environ 2 kilomètres au nord-ouest des sources : c'est la chaîne du Djebel-Matraf (appelée dans ces parages Djebel-ben-Ghazel)r que nous avions traversée par le col de Sfa, en allant de Batna à Biskra. Dirigée d'abord de nord-est-nord au sud ouest-sud, elle tourne brusquement à l'ouest et continue dans cette direction à former la muraille rocheuse, le long de la lisière méridionale de laquelle se trouve échelonnée toute une série d'oasis, telles que celles de Bouchagroum, de Zadja, Farfar, Tolga, Touchada, etc. Or, autant que j'ai pu en juger par le col de Sfa, les roches composant cette chatne sont à couches fortement redressées, tandis que les calcaires et grès, dont sont formées les collines à sources chaudes, sont disposés en strates horizontales ou légèrement inclinées au sud. Ces deux groupes de roches ne sont donc pas du même âge, et il est probable que celles du Djebel-

Matraf sont beaucoup plus anciennes. De plus, il est également probable que les dépôts gréseux, horizontalement stratifiés, ne sont que des manifestations locales du même sous-sol du désert, qui, sur tant de points, perce à travers les sables sous forme de calcaires, grès, marnes, etc., ainsi que j'ai été souvent dans le cas de le signaler, et notamment entre Biskra et l'oasis de Zadja. Sans doute les roches qui composent ce sous-sol peuvent ne pas être toutes de même origine et représenter, selon les localités, des dépôts marins, lacustres ou Formés par des eaux thermales, ce qui, vraisemblablement, est le cas à l'égard des roches composant les collines à sources chaudes. Les eaux du bassin central sont trop abondantes pour être entièrement absorbées par les piscines de l'établissement balnéaire. Aussi, une partie de ces eaux s'écoulent à travers les collines en se dirigeant au sud, et sont utilisées par les Arabes pour créer d'autres petits bassins ou Hamam (bains), situés à une certaine distance de l'établissement balnéaire; enfin, sur plusieurs points, tous ces ruisseaux d'eau thermale forment des marais contenant un grand nombre de petits poissons qui, selon la détermination de M. Playfair, appartiennent à l'espèce de Cyprinodon calaritanus Bonelli, espèce identique avec celle habitant les sources chaudes de l'oasis du Jupiter Ammon en Lybie.

Notre visite aux sources chaudes servit de clôture aux excursions que nous avions à faire pendant notre séjour à Biskra, excursions auxquelles, comme je l'ai dit, nous aurions donné beaucoup plus d'extension, en les poussant jusqu'à Tougout et au delà peut-être, si je n'avais pas craint d'exposer ma femme à des chaleurs trop fortes. En conséquence, nous allons quitter demain même Biskra, pour retourner à Batna afin de visiter l'Aurès et de là gagner Constantine; il est probable que Batna nous retiendra quelques jours et c'est de là d'où ma prochaine lettre sera datée.

LETTRE XV

Retour à Batna. — Excursion aux monts Aurès. — Plantes observées sur le Djebel- Tougour et dans le ravin Bleu. — Coup d'œil sur l'ensemble des monts Aurès. — Forêts de cèdres. — Lions. — Renseignements curieux fournis sur ce groupe montagneux par l'historien Procope. — Les Maures, tels que cet historien les entendait. — Ruines de Lambèse. — Vaste établissement pénitentiaire. — Remarquables collections de M. Jus, à Batna. — Procédés ingénieux employés par ce savant pour donner à l'Alfa les destinations les plus diverses. — Briques fabriquées, au moyen de cette Graminée, pour la construction des maisons. — Collection de M. Jus, des produits de forages exécutés dans la province de Constantine. — Crustacés et poissons vivants retirés du puits artésien de Mazer. — Coup d'œil sur les forages exécutés par les Français depuis 1836 jusqu'à 1878. — Nature prodigieuse de cette œuvre. — Retour à Constantine. — Interrogatoire du célèbre brigand arabe Bou Souerra. — Spectacle curieux que présentait, à cette occasion, la chambre d'assises de Constantine.

Batna, le lî mai 1878.

Eo hâtant notre départ de Biskra afin d'échapper à l'explosion de la crise atmosphérique dont les approches s'annonçaient déjà depuis quelque temps, nous ne réussîmes pas à nous y soustraire, car, à peine fûmes-nous à quelque distance de Biskra qu'éclata un ouragan sans pluie, à la vérité, mais marqué par des coups de vent d'ouest et de nord -est tellement violents, que, arrivés au col de Sfa, nous craignîmes un moment de voir notre voiture lancée dans le précipice, et nous fûmes obligés de faire à pied la montée et la descente, marchant presque à tâtons, car les épais nuages de poussière nous permettaient à peine d'ouvrir les yeux. Aussi fûmes-nous heureux d'atteindre tant bien que mal la gorge de Kantara et de nous réfugier dans le petit hôtel où nous avions précédemment déjà passé quelques jours. Sans sévir avec la même force,

l'ouragan ne s'était pas encore complètement apaisé, et, comme le vent de nord continuait à souffler, nous dûmes le lendemain renoncer à nos vêtements d'été et môme, à Ksour, invoquer la protection d'un bon feu de cheminée, ce que nous n'avions fait que très rarement pendant tout l'hiver passé à Alger. Il est vrai, l'altitudedukaravanseraïde Ksour est de 961 mètres, mais pour nous, qui, deux jours auparavant, eûmes dans l'oasis de S'di- Okbà 38 degrés à l'ombre (à midi), nous fûmes frappés du contraste, lorsque, à la même heure (le 2 mai),' à Ksour, la température à l'ombre n'était que de 16 degrés et au soleil de 26.

Quand on vient de Biskra, Batna fait une impression bien plus favorable que lorsqu'on aperçoit la ville en y arrivant de Coustantine; alors elle apparaît simplement en profil, sous forme d'une étroite série de maisons échelonnées sur une seule ligne, tandis qu'en l'abordant par le côté opposé (venant de Biskra), la ville se présente en face, avec ses bouquets d'arbrçs et ses jardins. D'ailleurs, pendant les neuf jours écoulés depuis notre première visite (le 24 avril), l'aspect de la contrée avait changé : les arbres que nous avions laissés nus étaient revêtus d'un feuillage frais et jeune, et la plaine, alors également décolorée, au milieu de laquelle s'élève Batna, était émaillée de fleurs parmi lesquelles brillaient les belles capitules dorées de YOthonna chetrifolia. Néanmoins, le vent du nord main* tenait toujours une température très basse pour la sqison et respirait quelque chose d'hivernal. Les habitants du pays saluaient avec bonheur les conditions atmosphériques, car ils y voyaieut des présages de pluie, véritable bénédiction pour une contrée accablée par la sécheresse. Mais ces attentes ne so réalisèrent point, car le ciel, momentanément obscurci, reprit bientôt sa désespérante sérénité; sujet pépible de désappointement pour tout le monde, excepté pour les voyageurs cependant, auxquels les pluies en cette saison eussent causé de sérieux embarras, attendu que trois jours d'ondées suffiraient pour convertir en torrents impétueux tous ces ruisseaux caillouteux et arides dont la contrée est sillonnée. Ort la rapidité avec

Page 1