CRUE RAPIDE DKS COURS D*EAU
laquelle cette transformation s'y effectue, paraît avoir quelque chose de prodigieux : ainsi on m'a assuré à Biskra que, lorsque la rivière dont le large lit desséché et pulvérulent se déploie à côté de la ville, comme un désert dans le désert, va être inondée (ce qui, il est vrai, n'arrive que très rarement), cet événement est annoncé par un bruit soudain et lointain, auquel succèdent immédiatement d'énormes volumes d'eau, se précipitant avec une tello rapidité, qu'on a à peine le temps de quitter le lit encore sec, si, par hasard, on s'y trouvait dans un moment pareil. D'après ce qu'on m'a dit, de tels phénomènes, auxquels précisément le temps que nous avions eu depuis notre départ de Biskra sert de précurseur, interrompt dans la contrée toute communication pendant plusieurs jours, en sorte que si les vœux très légitimes des habitants de Biskra et de Batna avaient été exaucés, et si nous avions été surpris par de telles avalanches aqueuses, nous aurions pu être tenus indéfiniment captifs dans quelque bicoque, ou sous une misérable tente arabe, heureux de trouver pour toute nourriture un peu de lait de chèvre ou quelques galettes à demi cuite* de pâte d'orge.
Rassurés enfin par le retour du beau temps, nous nous empressâmes de faire nos préparatifs pour notre excursion aux monts Àurès. Ces préparatifs, à la vérité, ne nous donnèrent pas beaucoup de peine, car, avec sa bienveillance accoutumée, M. le général Logerot, commandant de Batna, avait pourvu à tout, en sorte que nous n'eûmes qu'à monter les chevaux de selle qu'il nous avait envoyés, accompagnés par deux de ses spahis arabes, parlant parfaitement français.
Une bonne partie du vaste massif de I1 Aurès étant encore enseveli sous les neiges, ou du moins dans des conditions peu favorables à l'étude de l'intéressante flore de ces montagnes, j'ai dû me résigner à renoncer, pour cette fois en tout cas, aux montagnes situées à une distance considérable de Batna, surtout au Djebel-Chelia (3512 mètres d'altitude), point culminant de tout le massif d Aurès. Nous nous décidâmes donc à nous contenter de visiter le Djebel-Tougour, situé à M kilo-
mètres à Test de Batna. En conséquence, nous partîmes le 24 mai .
Pendant une demi-heure, nous eûmes à traverser la plaine assez bien cultivée, limitée au nord par la chaîne montagneuse dirigée du nord-est au sud-ouest et composée des quatre massifs suivants : Djebel-Tougour, Djebel -Bou-Merzoug et Djebel- Kazrou, derrière lesquels (à environ 1 kilomètre au nord) se trouve le massif beaucoup plus allongé et plus considérable du Djebel-Bordjem. A mesure que nous nous rapprochions de ces massifs, on voyait surgir plus distinctement les cônes nombreux qui constituent leurs sommités, ces dernières étant formées par les tètes des couches plus ou moins verticalement redressées. Les cimes du Djebel-Tougour et du Djebel-Bordjem présentent surtout cette configuration. Vues à une certaine distance, ces montagnes, bien que revêtues de quelques surfaces verdoyantes, ne paraissent guère très boisées, les teintes blanchâtres de la roche étant trop dominantes. Après de légères montées et descentes, nous descendîmes dans la vallée qui sépare le Djebel-Tougour du D. Bou-Merzoug; elle devient assez rocailleuse, dans les parages où se trouve la petite maison du garde forestier. De là nous gravîmes les hauteurs constituant la partie orientale du Djebel-Tougour, en suivant un sentier au milieu des taillis du Quercus balotta en fleur. A mesure que nous nous élevions, la contrée montagneuse devenait plus pittoresque et l'on apercevait dans les vallées qui sillonnent les hauteurs quelques tentes arabes. A une altitude d'environ 1200 mètres, nous vîmes se multiplier les cèdres associés au genévrier (Juniperus oxycedrus) et le chêne Balotta. Au reste, les cèdres n'étaient ni très vigoureux ni très nombreux, mais on les voyait former des massifs assez étendus dans les régions plus élevées, tandis que les étroites vallées et les plateaux séparant les hauteurs moius considérables que nous franchîmes successivement, étaient souvent comme dorés par les belles fleurs de l'asphodèle jaune (Asphodelus luteus\ espèce assez rare, associée à son congénère l'asphodèle rameux {Asphodelus ramosus) si