‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 139 sur 285 · Debelio Vandalico,]. II · texte numérisé non relu

Debelio Vandalico,]. II

l'aurès d'après procope. 325

toujours du mont Aurasios et nullement d'un groupe montagneux auquel il applique ce nom collectivement; en tout cas, il est évident qu'il s'agit du point le plus élevé de ce groupe, car il dit que le mont Aurasios est la montagne la plus haute parmi toutes celles qu'on connaît (morts Me... qui quidem nobis noti sunt maximus). Dès lors, on serait porté à supposer qu'il a en vue le mont Cheliah, supérieur, en effet, à toutes les montagnes de l'Algérie, bien que très inférieur non seulement aux Alpes suisses, mais même à quelques-uns des cols parfaitement praticables de nos montagnes, tels que celui du grand Saint-Bernard, dont l'hospice (2491 mètres) est de 186 mètres au-dessus de la sommité du Cheliah. L'exagération commise par Procope est encore ici d'autant plus inconcevable, que, tout en admettant sa parfaite ignorance des pays qu'il n'avait pas visités, on doit supposer qu'en sa qualité de natif de Césarée, ville située presque au pied du Liban, il n'a pu manquer de voir ce massif élevé de 2906 mètres, et par conséquent de 591 mètres au-dessus du Cheliah.

Quoi qu'il en puisse être, quelques-uns des traits par lesquels Procope caractérise son mont Aurasios s'appliquent assez bien au Cheliah : ainsi il le qualifie de berceau de plusieurs cours d'eau, et, en effet, sur le Cheliah ou dans sa proximité se trouvent les sources de l'Abiad, du Chemara, du Tagarest, etc. De même, selon Procope, il faut trois jours pour faire à pied le tour du mont Aurasios; or c'est à peu près le temps que mettrait aujourd'hui un piéton pour effectuer cette tournée, car, quoique la circonférence du Cheliah soit d'environ 50 kilomètres, la marche se trouve considérablement ralentie par le relief très saccadé du pays. Enfin l'impression que produisit l'Aurasios sur Procope a dû avoir été singulièrement renforcée par le coup d'œil dont on jouit du plateau terminal de la montagne, car, d'après M. Cosson (ioc. cit., p. 121), le panorama qui se déroule de ce point est de la plus grande magnificence.

Pour ce qui regarde les indigènes habitant la partie des montagnes de PAurès traversées par les armées de Bélisaire,

Procope les qualifie constamment dg Mauri et non pas de Numides, bien que la région où se trouvent les montagnes de l'Àu-* rôs ait toujours été désignée chez les anciens par le nom de Numidie. Mais il paraîtrait, d'après Pline1, que ce nom ne se rapportait point à une race spéciale, puisqu'il serait dérivé du mot grec vojuwtôaç, peuple nomade ou errant, tandis que, selon $alluste, lequel dit positivement2 avoir emprunté ses données à des documents phéniciens (ex libris punicis), provenant du roi Hiempsal, le nom de Mauri n'est que la corruption dy nom du peuple des Mèdes qui, ainsi que les Perses, les Arm&* niens et les Fhéuicieps, avaient été les premiers colonisateurs de cette partie de l'Afrique, occupée précédemment par les G^tulieus, ayant fini par se confondre avec les étrangers, Or, il résulte des études étendues de M. E. Mercier, dont j'ai déjà cité plus d'une fois le savant travail sur l'établissement des Crabes dans l'Afrique septentrionale, que ces Mauri sont précisément les ancêtres des Berbères ou Kabyles de nos jours. Aussi les deux cartes fort instructives jointes à l'ouvrage de Mr Mercier, pour indiquer la position des tribus berbères pendant les années 1050 et 1400, font voir qu'à la première époque, toute la contrée autour des monts Aurès, 'aussi bien que le reste de l'Algérie, étaient exclusivement occupés par les Cerbères; mais que pendant l'année 1400, malgré Je maintien de ces derniers toujours dans l'Aurès, on voit déjà surgir dans la proximité de ces montagnes quelques tribus arabes, Or, aujourd'hui encore, ce sont les Berbères ou Kabyles qui habitent l'Aurès, exactement comme en 1401), et, qui plus est, comme du temps de Procope, puisque, d'après M, E, Mercier, les Mauri ne sont que des Berbères ou Kabyle?; en sorte qiie ce nom de Maure a parcouru les phases les plus étrauges, D'abord appliqué à la race la p us ancienne de la contrée, on s'en servit ensuite pendant longtemps pour indiquer une race noire, tellp que les Nègres; aussi, du temps de Shakspeare, comme bien longtemps encore après lui, le

i. Nat. hi$L, 1. V, III.

% Bell Juçurth., 1 18.

Page 1