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RAGE BLONDE SIGNALÉE PAR PROGOPE

Maure Othello apparaissait sur la scène de nos théâtres badigeonné de noir; d'autre part, on rattachait le nom de Maure à la race arabe, en désignant ainsi par mauresque Parchitecture qu'on croit devoir à ce peuple; or, toutes ces dénomination» sont-contraires à l'histoire; elle nous apprend, en effet, que si les Maures ne sont pas Nègres, ils ne sont pas non plus Arabes, mais bien Berbères ou Kabyles.

Une autre particularité ethnographique intéressante fournie par Procope, est l'existence dans la Numidie d'une race blonde. Il nous apprend qu'il tenait du général Salomon, lequel avait pénétré dans l'Aurès, qu'en dehors de sa juridiction [ultra suce ditionis fines) il y avait un vaste désert (longissima solitudo) où Ton voyait une race d'hommes n'ayant point, comme les Maures, un teint foncé, mais une peau blanche et une chevelure dorée1. Quelles étaient les limites de la juridiction de Salomon, et de quel désert s'agit-il? Est-ce du Sahara proprement dit, ou des surfaces assez arides étendues entre l'Aurès et Tebesse, et constituant le kaïdat de Nemancha? Ce sont là des questions auxquelles il serait difficile de répondre; en tous cas, l'existence d'une race blonde isolée dans le cœur des déserts de la Numidie est un fait intéressant, et que ne saurait expliquer l'action exercée par les Vandales : car ceux-ci n'avaient occupé la Numidie que pendant environ quatre-vingt-dix ans antérieurement à leur expulsion par Bélisaire. Au reste, l'Aurès, si célèbre au cinquième siècle, paraît avoir peu à peu perdu de son prestige, car au douzième siècle Edrisi ne mentionne pas ce massif montagneux.

Avant de quitter Batna, nous ftmes (le 4 mai) une promenade aussi intéressante qu'agréable aux ruines de Lambèse, situées à 13 kilomètres au sud -est de Batna; je dis promenade, car nous effectuâmes cette excursion dans la voiture do M"* Logerot, qui voulait bien accompagner ma femme, en sorte que nous parcourûmes cet espace sur une route aussi

1. c Coi non atra, ut Mauris, sed candida sit cutis ac flava cœsaries. > (D$ bcllo Vandalico, lôc. cit.)

belle que celle qui conduit au bois de Boulogne; seulement l'élégante Victoria du général Logerot était le seul équipage de son espèce, et au lieu des promeneurs parisiens, nous n'avions que quelques Arabes, contemplant avec l'immobilité passive de l'Oriental, ce véhicule étrange, qui dépassait avec tant de rapidité leurs chameaux, à aspect tout aussi imperturbable et olennel que leurs maîtres.

La route traverse une plaine mollement ondulée, limitée des deux côtés par les montagnes de l'Aurès, parmi lesquelles le Djebel-Itch-Ali surgissait à notre droite comme une masse verdoyante hérissée de cèdres. Cette montagne, que je n'avais point visitée, a fourni à M. Cosson une riche récolte qui, y compris les plantes observées dans les environs de Lambèse, se monte à 72 espèces, dont 3 spéciales, tandis que le total des plantes récoltées par l'éminent botaniste clans les plaines de Batnaetde Lambèse s'élève au chiffre considérable de 351 espèces, dont 39 plus ou moins propres à ces lieux \

Sur certains points la plaine que nous parcourûmes jusqu'aux ruines de Lambèse est assez bien cultivée; sur d'autres, elle attend encore l'industrie de l'homme et se trouve revêtue d'une herbe épaisse contenant en abondance les Artemisia herba alba, Euphorbia luleola, Santolina squamosa, etc. Les ruines de Lambèse sont à 2 kilomètres environ au nord-ouest du village du même nom, en voie de construction sur le versant du massif montagneux par lequel la plaine se trouve limitée du côté du sud.

Ptolémée nous apprend que Lambèse était le siège de la troisième légion d'Auguste et formait une ville qui, d'après Gibbon 2, contenait plus de 40 000 habitants. Elle devait être encore considérable au cinquième siècle de notre ère, puisque saint Augustin mentionne Januarius comme évêque de Lambèse3; cependant, au douzième siècle, cette ville paraît déjà avoir été peu connue, car Edrisi ne la nomme point, bien

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