FORAGES ARTÉSIENS DE LA PROVLNCE DE CONSTANTINE
de Tougourt) marque l'extrémité méridionale. Ce fut en 4856 que commencèrent les premiers travaux, qui depuis n'ont cessé de progresser et, sans doute, ne s'arrêteront pas, avant que toutes les eaux souterraines susceptibles d'être mises à jour, n'aient répandu leurs bienfaits et revêtu d'oasis verdoyantes toutes les surfaces arides du désert.
Rien ne donne mieux une idée de l'activité fructueuse déployée dans l'exécution de cette grande entreprise que les deux travaux publiés, l'un en 1876 à Constantine, sous le titre de Résumé historique des sondages artésiens exécutés dans le département de Constantine de 1856 à 1875, et l'autre en 1878 à Paris, par M. Jus, intitulé : Les forages artésiens de la province de Constantine, résumé des travaux exécutés de 1856 à 1878. Chacun de ces deux écrits est accompagné d'une carte où se trouvent marqués les divers forages. J'emprunterai à ces documents importants les données suivantes.
Lorsque, dans l'oasis de TOued-Bir, près de Tamerna (au nord-ouest de Tougourt), on inaugura en 1856 la grande entreprise, elle fut marquée par un succès éclatant : le premier coup de sonde était donné le 17 mai, et le 19 juin, une véritable rivière de 4000 litres par minute à 21 degrés, s'élançait des entrailles de la terre, venant récompenser le dévouement des travailleurs. La joie des indigènes fut immense; la nouvelle de ce forage se répandit dans le sud avec une rapidité inouïe. On vint de très loin pour voir cette merveille. Dans une fête soleunelle, les marabouts réunis avaient baptisé la fontaine nouvelle en lui donuant le nom significatif de Fontaine de la Paix.
Les forages sur plusieurs autres points de cette contrée produisirent la même sensation et valurent aux Français les mêmes hommages de gratitude et d'admiration. Ainsi, lorsqu'à Sidi- Rached, les cris des soldats eurent annoncé que l'eau venait de jaillir, les indigènes accoururent en foule, se précipitant sur cette source arrachée aux profondeurs de la terre ; les mères y baignaient leurs enfants. l& vieux cheikh de Sidi-Rached, à la vue de cette onde qui rendait la vie à sa famille, ne put maî-
TCHIHATCHEF.
triser son émotion, et, tombant à genoux, les yeux remplis de larmes, il éleva ses mains tremblantes vers le ciel, remerciant Dieu et les Français,
Ce fut au milieu de telles ovations, bien supérieures à celles accompagnant le char ensanglanté du conquérant, que, malgré les énormes difficultés de transport à travers les sables et Taclion accablante d'un soleil ardent, les travaux marchèrent avec tant de rapidité que, en moins de vingt • deux années (1856-1878), une partie du désert de la province de Constanline se couvrit de puits, soit à eau jaillissante, soit à eau ascendante.
Ainsi que le font voir les deux cartes susmentionnées, les puits artésiens se trouvent groupés particulièrement entre le Chott (lac salé) Melghir et la ville de Tougourt, et puis tout autour du Chott-Hodna, lac situé à 80 kilomètres environ au nord-ouest de Biskra.
C'est la ligue entre Biskra et Ouargla, n'ayant pas moins de 425 kilomètres de longueur, du nord au sud, sur laquelle furent naturellement concentrés tous les efforts, car elle traverse le désert dans son plus grand développement. Or, sur cette ligne, l'espace compris entre Batna et Biskra, ayant du nord au sud 90 kilomètres de longueur, offre malheureusement peu de chances favorables à l'établissement de puits artésiens, car les divers sondages exécutés près d'El-Outaïa n'ont pas fourni les résultats qu'on en attendait, en sorte qu'il a fallu renoncer désormais à donner à cette belle plaine les eaux artésiennes, qui en eussent pu faire une vaste et splendide colonnière. De même, à Fesdhès, près de Batna, le forage, poussé jusqu'à 180 mètres, n'a rencontré aucune nappe jaillissante, pas plus qu'à Biskra, où le forage a dû être abandonné à 81m,65 de profondeur, après deux ans de travaux. Enfin, à Tahin-Bacou, on n'a pu atteindre des couches perméables à 102 mètres.
En revanche, entre le Chott-Melghir et la ville de Tougourt, il n'y a pas moins de quarante puits artésiens, ce qui, sur une ligne d'environ 120 kilomètres, donne presque un puits par 3 kilomètres, et, sans doute, on ne tardera pas à pousser cette