NOMBRE, PROFONDEUR ET DÉBIT DES FORAGES
belle ligne artésienne jusqu'à Ouargla, car, pour le moment, entre Tougourt et Ouargla, sur un espace d'environ 150 kilomètres, il n'y a que cinq puits artésiens. Quant à la contrée située tout autour du Chott-Honda, leur nombre s'élève à 69.
Dans toute cette partie de la province de Constantine, les niveaux auxquels les eaux souterraines ont été atteintes offrent les variations les plus frappantes, surlout lorsque Ton considère que ces différences se produisent sur des espaces très peu considérables. Ainsi, dans la région de TOued-Rir, les deux puits d'Ain-Kerma et d'Oun-el-Thiour ne sont l'un de l'autre qu'à une trentaine de kilomètres, et cependant la profondeur du premier est seulement de 14 mètres et celle du second de 107m,70. De même, dans le Honda, la profondeur du puits de Nemech-dib n'est que de 3 mètres, tandis qu'à 25 mèlres de là se trouve le puits de Barika, dont la profondeur est de 39m,15. Or, de semblables différences sont assez fréquentes dans toute cette région.
On peut estimer le chiffre total des puits artésiens forés dans la province de Constantine (subdivision de Batna), depuis 1850 jusqu'à 1878, à plus de 155. Dans ce nombre ne sout compris ni les puits ordinaires murés, ni les puits abandonnés par les Arabes et terminés par les ateliers de sondages, ni les puits instantanés exécutés par les ateliers.
Enfin, le nombre de sondages pour la recherche des eaux jaillisautes a été de 149, et pour celle des eaux ascendantes de 262; la profondeur totale forée a été de 18 kilomètres, 636m,62, et le débit total primitif des nappes jaillissantes et ascendantes est de 182 1 19 mètres cubes par vingt-quatre heures, ou de 65 742 969 mètres cubes par an.
Ces chiffres sont assez éloquents pour se passer de tout commentaire, et lorsque Ton considère qu'ils représentent seulement un travail de vingt-deux années, on peut soutenir hardiment que, lors même que la France n'aurait pas doté l'Algérie d'autre chose que de puils artésiens, elle pourrait déjà, sous ce seul rapport, accepter avantageusement toute comparaison avec n'importe quel pays.
Mais indépendamment de la partie pratique des travaux exécutés dans le désert, ceux-ci offrent également un grand intérêt au point de vue scientifique, et nous permettent de comparer la constitution physique du désert africain avec celle de ces immenses régions désertiques de l'Asie centrale, dont nous connaissons aujourd'hui assez bien quelques-unes, notamment celles du Turkestan, explorées par les savants russes. Ainsi, un travail fort intéressant * sur le désert de la steppe Kirghize, nommé KararKoum (en turc, sable noir), fournit des curieux points de rapprochement avec le désert algérien compris entre Biskra et Ouargla. Le désert de Kara-Koum, situé à une dislance peu considérable du Syr-Daria (Jaxartès), entre 45 et 48 degrés de latitude boréale, et, par conséquent, à plus de 10 degrés au nord du désert Biskra-Ouargla, est d'origine probablement marine, puisqu'il renferme des coquilles de mollusques habitant encore le lac Aral; les sables qui le revêtent ont pour sous-sol des schistes argileux. Or, si l'origine pélagique du Sahara n'est pas encore complètement démontrée, son sous-sol est également composé de roches sédimentaires, mais plus récentes, car, selon toute apparence, elles sont tertiaires. En admettant que les schistes argileux de Kara-Koum se rapportent à l'époque paléozoïque, il est probable que ce désert a été formé antérieurement au désert algérien. D'autre part, l'un et Taulre, caractérisés par des efflorescences salines, sont riches en eaux souterraines, et le Kara-Koum l'est même plus que le désert algérien ; dans le premier, en effet, l'eau douce se trouve tout près de la surface du sol, à la profondeur seulement de 0m,7 à 2m,2, phénomène qui, au reste, semble être propre au Kara-Koum; puisque dans la majorité des steppes sablonneuses de l'Asie centrale, celle entre autres de Kizil-Koum (sable rouge, en turc), située au sud-est du Kara-Koum, les eaux douces ne se trouvent qu'à 13 à 20 mètres de profondeur.
Sous le rapport des conditions climatériques, les différences
. . Voy. MitthiUungen de Petermann, an. 1878, t. XXIV, p. 293.