‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 145 sur 285 · DE CONSTANTINE A PHILIPPEVILLE · texte numérisé non relu

DE CONSTANTINE A PHILIPPEVILLE

souvent assez variés : lel est le massif à deux pics surgissant dans le lointain et désigné par les Arabes sous le nom de montagne à deux mamelles. Le col des Oliviers, où je n'ai pas aperçu cet arbre, est un passage assez rétréci, mais cependant commode, de même qu'un autre col que nous franchîmes près d'El-Harouch. A mesure que Ton descend de ce dernier col, en passant d'abord par le pelit village Robertville et ensuite par Saint-Charles, la contrée prend un air plus riant et devient boisée. Saint-Charles est un village assez considérable situé dans une vallée pittoresque, bien cultivée, où les haies d'opuntia annoncent déjà les approches de la chaude région littorale, où l'on arrive après avoir traversé de beaux taillis de chênes liège, d'oliviers, de peupliers blancs, etc., conduisant à Philip— peville.

La ligne de 87 kilomètres de chemin de fer, parcourue entre Constantine et Philippeville, fait certainement honneur aux ingénieurs français, qui ont su franchir les montées et les descentes, souvent hardies, occasionnées par le relief tourmenté du pays et par la différence de près de 1000 mètres de niveau entre Constantine et Philippeville. Aussi a-t-on dû percer huit tunnels, dont deux d'une longueur assez considérable, notamment celui qu'on traverse à peu de distance au nord de Constantine et l'autre situé près de Philippeville, et passant à travers le Djebel-Abdouna. Malgré cela, cette belle ligne ne saurait complètement justifier l'éloge que lui donne le colonel Playfair (Murrays Handbook ofAlgeria), en le qualifiant de « chefd'œuvre merveilleux de la science, comparable sur plusieurs points au Sômmering. » Le fait est que nulle part le chemin de fer français, non seulement ne rappelle les spirales vertigineuses décrites par le chemin de fer autrichien, mais, sous plus d'un rapport, il est très inférieur à ceux qui traversent la Sierra Nevada en Espagne ou les Apennins en Italie.

Philippeville est située au fond d'une baie peu sinueuse, et la ville se trouve échelonnée le long des hauteurs dont la baie est bordée au sud, sud-ouest et sud-est. Cette dernière est pro-

tégée par une jetée contre les vents du nord, mais exposée à ceux de nord-ouest.

La ville est traversée par de larges rues bien alignées, sur plusieurs points bordées de beaux magasins; sa physionomie est éminemment européenne, sans le moindre mélange d'élément arabe. Bâtie en 1838 sur les ruines de Rusciada, ce sont encore quelques traces de ces ruines qui constituent l'un des objets les plus curieux de la ville. Dans ce nombre figurent les ruines de l'amphithéâtre , situées dans la partie haute (sud-est) de Philippeville. L'enceinte supérieure de l'édifice, avec ses voûtes et couloirs, est assez bien conservée, mais les diverses rangées de gradins destinés aux spectateurs ont disparu sous une énorme masse de décombres.

Le demi -cercle formé par l'amphithéâtre a sa concavité tournée au nord-est, de cette façon on jouissait d'une magnifique vue tout à la fois sur la mer et sur la campagne, vue aujourd'hui masquée par les beaux édifices du collège et de l'école chrétienne. Dans l'enceinte intérieure de l'amphithéâtre, on voit, rangés comme dans un musée, un grand nombre de restes d'antiquités trouvés ici même, ou sur d'autres points de la ville, tels que statues, tronçons de colonnes, sarcophages, pierres tumulaires, etc. ; parmi les statues, il en est de bien conservées, telle, entre autres, la statue beaucoup plus grande que nature de l'empereur Adrien, découverte à l'endroit où l'on a construit la mairie. Presque toutes les inscriptions sont d'une fraîcheur remarquable et rappellent celles du Prœtorium de Lambèse. À l'entrée même de l'amphithéâtre, on voit une large dalle, retirée à une certaine profondeur du sol en posant les fondements de l'édifice destiné au tribunal ; sur cette dalle l'inscription commence par ces mots : Victoriœ Auguste sacrum, après lesquels plusieurs lignes ont été évidemment effacées avec intention, car plus loin l'inscription continue en caractères parfaitementintacts.Les restes de monuments divers sont en marbre blanc, à l'exception de quelques tronçons de colonne en granité à feldspath couleur de chair. L'ensemble des ruines de l'amphithéâtre a quelque chose de

Page 1