‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 146 sur 285 · PHILIPPEVILLE. AMPHITHÉÂTRE. CITERNES · texte numérisé non relu

PHILIPPEVILLE. AMPHITHÉÂTRE. CITERNES

fort pittoresque, avec les fourrés de buissons et de plantes herbacées se dressant partout, et parmi lesquels on voit s'élever du fond des fissures de vigoureux Antirrhinum tortuosum et Lavatera stenopetala. Les murs de l'édifice sont en briques dont le revêtement extérieur a disparu, mais on voit ça et là des maçonneries en grosses dalles équarries, juxtaposées sans ciment.

Si les ruines de l'amphithéâtre représentent à Philippeville un précieux souvenir de l'antiquité, les citernes y ont le double intérêt d'un monument du passé consacré à l'usage et à l'utilité du présent. Ces citernes se trouvent au-dessus de l'amphithéâtre, au nord-ouest de la ville proprement dite, mais cependant comprises dans l'enceinte de la muraille dont cette dernière est entourée. Nous mîmes environ une demi-heure à gravir les hauteurs verdoyantes qu'il faut traverser pour monter sur le plateau très accidenté, où l'on voit deux grands réservoirs de 7 à 8 mètres de profondeur, l'un ayant pour toit une voûte en forme de dôme, l'autre à ciel ouvert, divisé en cinq compartiments communiquant entre eux. Ces deux réservoirs principaux, de construction romaine, mais restaurés et développés par les Français, sont alimentés par des sources situées à environ 2 kilomètres à l'ouest dans les montagnes, et amenées dans les réservoirs par des conduits souterrains. L'eau ainsi emmagasinée est distribuée à l'aide d'autres conduits dans l'intérieur de la ville. Les deux grands réservoirs se trouvent tout à côté de la muraille de la ville, qui suit en montant et en descendant a plusieurs reprises les ondulations diverses, souvent assez brusques, du terrain, embrassant une enceinte propre à contenir une cité trois fois plus étendue que Philippeville, dont la partie supérieure (nord-ouest) n'atteint même pas la muraille. Nous sortîmes par l'une des portes de cette dernière, tout à côté des réservoirs, et pûmes jouir d'un coup d'œil magnifique sur les montagnes. Du côté du sud, l'horizon est limité par des surfaces plus ou moins doucement inclinées vers la baie, surfaces que sillonnent de nombreux sentiers, généralement très commodes à parcou-

rir, objet d'excursions ou de promenades délicieuses dans les environs de Philippeville. Les collines qui longent l'enceinte extérieure de la muraille étaient revêtues d'une luxuriante végétation composée de plantes diverses dont je ne mentionnerai que les suivantes : Scoly mus grandi florus, Galactitesmutabilis,Cirsium giganteum, Genista tricuspidata, Lotus drepanocephalus , Campanula dichoioma, Cyclamen neapolitanum, Festuca cœrulescens.

Le lion et la panthère, jadis assez fréquents dans les environs de Philippeville, le sont aujourd'hui beaucoup moins; cependant le Moniteur de f Algérie (numéro du 19 février 1878) rapporte que, le 15 février, les habitants de la ville furent obligés d'organiser une grande chasse contre une panthère dont les ravages exercés parmr les troupeaux commençaient à devenir alarmants; l'animal tué mesurait 2m,30 du museau à l'extrémité de la queue; M. Tabari, principal boucher de Philippeville, s'empressa d'en faire l'acquisition pour la somme de 250 francs et d'en débiter la viande ; en sorte que le terrible animal, qui pendant longtemps s'était régalé aux dépens des habitants, fut à son tour mangé par ces derniers.

Nous ne voulûmes pas quitter Philippeville sans visiter Stora, situé à 4 kilomètres au nord-ouest de la ville, sur la côte occidentale de la baie. Cette localité, à laquelle conduit une excellente route, est pour les habitants de Philippeville un objet d'excursion très affectionné, c'est en effet Tune des promenades les plus agréables et les plus pittoresques qu'on puisse faire. La route longe le littoral, qui tantôt se déploie en coteaux verdoyants, tantôt plonge dans la mer en rochers sourcilleux, tandis que les hauteurs qui le bordent du côté opposé (au sudouest) sont revêtues de fourrés de chênes-lièges, d'oliviers (en fleur le 11 mai), de myrtes, de Calycotoma spinosa, de lentisques, d'arbousiers (Arbutus unedo), de phyllirea (Phyllirea latifolia et média), etc., au-dessous desquels se déployait un tapis végétal, souvent coloré en rouge par YAntirrhinum tortuosum et le Centranthus ruber.

Tout le long de cette route pittoresque, on aperçoit, sur

Page 1