STOKA. COLONIE ITALIENNE DE PÊCHEURS
les hauteurs qui la bordent, comme sur les surfaces diversement inclinées du littoral, les nombreuses villas des habitants de Philippeville, avec leurs jardins ornés de plantes souvent fort belles, mais parmi lesquelles, toutefois, je n'ai remarqué ni le Phytolacca dioica, ni le dattier, l'un et l'autre si communs à Alger, mais qui ne paraissent pas être cultivés à Philippeville. Au nombre des villas situées sur la côte figure celle de M. Lan don, heureux propriétaire, non seulement du Jardin d'acclimatation que j'avais visité à Biskra, mais encore d'un grand nombre de maisons de campagne dans les plus beaux endroits de l'Algérie et de la France.
Les hauteurs bordant la route sont composées d'un talkschiste tantôt gris perlé, tantôt jaunâtre ou blanchâtre, par suite de la forte désagrégation qu'il subit ; la stratification est peu prononcée, et là où elle se manifeste distinctement, lesplongements varient selon les localités, étant dirigés au nord-estnord, au sud-est-sud et à l'ouest. La structure de la roche présente également de grandes variations ; elle est tantôt schisteuse ou feuilletée, tantôt compacte, ayant alors l'apparence d'un calcaire gris ou bleuâtre, à surface plus ou moins onctueuse ou lustrée.
Stora, pittoresquement situé au pied du massif limitant du côté sud-ouest la vaste baie de Philippeville, est un village d'environ 1200 individus, presque exclusivement italiens (Génois, Napolitains et quelques Maltais), adonnés à la pèche de la sardine. Aux portes de toutes les maisons, ainsi que le long de la mer, on voit hommes, femmes et enfants occupés, soit à réparer ou à tisser des rets, soit à ranger les sardines dans des paniers grillés pour être séchées au soleil (ce qui ne dure pas au delà d'une heure), soit enfin à trancher la tête aux poissons (tâche réservée particulièrement aux femmes) et à entasser ces derniers dans de petites bottes de fer-blanc ou de plomb, qu'on dépose dans les magasins d'où elles sont expédiées à Marseille, Naples, Livourne, etc. Les bottes sont fabriquées sur les lieux mêmes, dans des ateliers particuliers; tous ces divers travaux donnent une grande activité à la petite colonie italienne.
L'industrie de la pèche et de la salaison des sardines est également pratiquée dans le bourg maritime de Collo, situé à 57 kilomètres au nord-ouest de Sora ; seulement cette industrie n'y est pas, comme à Sora, l'occupation exclusive des habitants; ils se livrent en outre à la pêche du corail, et surtout à l'exploitation des belles forêtsde chênes-lièges qui, dans la proximité de Collo, embrassent une superficie de près de 25000 hectares et appartiennent à la compagnie Besson1. On m'a dépeint le littoral compris entre Sora et Collo comme également très pittoresque; d'ailleurs, il est abondamment arrosé par un grand nombre de ruisseaux, parmi lesquels il en est un, TOued-Z'haur, ayant cela de remarquable que, selon le colonel Playfair, juge si compétent en fait d'ichthyologie africaine, c'est le seul cours d'eau de toute l'Algérie habité par la truite, et encore appartient-elle à une espèce exclusivement propre à l'Algérie (Salmo macrostigma) .
[I fallait quitter Philippeville sans retard, et en conséquence, ayant loué une voiture qui devait nous conduire à petites journées h Bone, en passant par les mine3 de fer de Mokra, nous partîmes le 12 mai pour Jemmapes.
1. La pêche du corail à Collo est bien moins importante que celle qui se fait à la Galle (petite ville sur la frontière de la Tunisie), mais qui, malheureusement pour la France, est presque exclusivement pratiquée au profit des Italiens, dont le nombre établi à la Galle dépasse 4000 individus. M. le docteur Bonnafont qui, en 1876, se rendit par terre de Donc à la Galle, voyage pendant lequel sa petite caravane parait avoir eu beaucoup à souffrir des lions qui infestent (ou, du moins infestaient alors) cette contrée, nous apprend (Bull. Soc. d'Acclimaté 3csér„ t. IV, an. 1877, p. 715) que le corail est très abondant dans tout le golfe compris entre le cap Biserle et le cap de Garde. Il fut frappé de la diminution rapide du nombre des corailleurs français, et croit que la déchéance de cette industrie enlève à la France plus de 2 millions de revenu annuel, ce qui représente la perte d'un capital de 16 millions de francs. M. Uonnafnot fait observer, que, parmi toutes les localités où Ton pêche le corail, c'est à la Galle que ce précieux zoophyte se présente à la profondeur la moins considérable qui est de 30, 40 et 100 mètres, tandis qu'à Messine cette profondeur est de 200 mètres et aux Dardanelles de 400 mètres. On consultera avec intérêt le livre de M. Lacaze du Thiers, Histoire naturelle du corail, organisation, reproduction , pèche en Algérie, industrie et commerce, Paris. 1864.