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JEMMAPES. DOUCEUR DE SON CLIMAT

Au sortir de Philippeville nous traversâmes pendant une demi-heure un véritable parc, en suivant une avenue bordée de platanes, eucalyptus, charmes, frênes {Fraxinus australis) , ormes, peupliers {Populus a/#a),robinia, etc. ; leschamps, souvent entourés de haies de cactus, étaient bien cultivés, mais les blés et les orges n'étaient pas encore coupés. Parmi les plantes composant le tapis végétal des diverses surfaces, je remarquai en assez grande quantité le Trifolium isihmocarpum Brot. signalé par Munby seulement dans la province d'Oran; puis Eufrayia(Bartsia L.) viscosa Benth, Bartsia tricolor^ Anarrhinum pedatum Desf., etc. Plus la contrée devient accidentée, plus les chônes-Jièges se multiplient ; malheureusement ils sont ravagés par les incendies, qui avaient étendu un linceul noir sur de vastes espaces jadis verdoyants. Là où les sables laissaient entrevoir la charpente solide de la contrée, on aperçoit d'abord les feuillets redressés des talkschistes, puis des calcaires marneux foncés à couches presque horizontalement stratifiées ou légèrement inclinées au sud-est, enfin des grès jaunâtres plongeant au sud-ouest, mais sous des angles de 60 à 70 degrés.

Après avoir franchi quelques hauteurs peu considérables, nous descendîmes dans une belle plaine arrosée par le Ain-Safar et le Fendeh,et nous suivîmes une avenue bordée d'eucalyptus, qui nous conduisit à Jemmapes où nous couchâmes, bien que nous n'eussions fait ce jour que 25 kilomètres.

Cette jolie petite ville, dont le nom a été emprunté à un village de Belgique où Dumouriez battit les Autrichiens en 1792, est située au milieu de la plaine, sur un petit renflement ayant 92 mètres d'altitude; aussi jouit-elle des conditions climatériques des régions littorales les plus favorisées, et tous les genres de culture activée par une abondante irrigation y prospèrent admirablement; ses nombreux jardins sont pourvus de belles plantes ornementales, et Ton y voit le dattier, presque inconnu à Philippeville. Les champs de blé et d'orge, ainsi que les vastes vignobles n'occupant pas moins de 160 hectares, sont souvent entourés de haies d'opontia qui rehaussent le carac-

1ère méridional du paysage, et dont les hautes tiges, aplaties et glauques, contraslent agréablement avec les formes sveltes et le vert éclatant du feuillage des arbres et des buissons. A ses deux extrémités (ouest et est), la ville se termine par de belles avenues bordées d'eucalyptus, de frênes {Fraxiîias australis), surtout de lilas des Indes (Melia Azedarach), dont les fleurs bleuâtres exhalaient uue odeur suave.

Bien que la population, au nombre d'environ 2000 individus, ne soit pas exclusivement française, puisqu'on y compte 500 Arabes , la physionomie de la ville avec ses larges rues bien alignées et ses jolies maisons, est éminemment européenne; d'ailleurs les indigènes se trouvent groupés dans des rues particulières, trop peu nombreuses pour modifier le caractère général de l'ensemble.

Quand on voit la plaine de Jemmapes si bien cultivée, mais où les taillis, relégués sur les hauteurs, sont très clairsemés, on ne s'attendrait guère à voir de telles iocalités affectionnées parlelion; or, ce carnassier, jadis beaucoup plusfréquent, n'yest cependant pas très rare, surtout dans l'end roif nommé Fontaine-Chaude. En hiver sa voix retentit quelquefois tout près de la ville et fait trembler les Arabes pour leurs troupeaux, moins bien enfermés et gardés que ceux des Européens ; même en été, pendant les nuits éclairées par la lune, il arrive aux habitantsde Jemmapes d'apercevoir leur importun voisin traversant tranquillement la plaine. Aussi la présence du lion dans une campagne ouverte, cultivée et habitée, telle que la plaine de Jemmapes (et tels que plusieurs autres endroits en Algérie fréquentés par le lion et la panthère) prouve une fois de plus combien on se trompe en associant l'idée du lion à celle de solitude et de sombres forêts; c'est plutôt le contraire qui est vrai, car ce carnassier n'aime la forêt qu'autant qu'elle abonde en animaux dont il puisse se nourrir; mais ce qu'il aime beaucoup plus, ce sont les régions bien irriguées, où la présence de l'homme suppose celle du bétail, et où la culture exclut les fourrés trop épais et trop étendus pour empêcher de découvrir la proie et de lui faire la chasse; en un mot, il faudra désormais bannir cette

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